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Venom within

The losts

Inverse records

24 juillet 2026 à 09:07:16

CD

2025

11 titres pour 44'12''

Une petite vidéo:

The losts est un groupe lillois fondé en 2010, avec à son actif un Ep et deux albums, à travers un concept global. Le groupe navigue dans le heavy dark et a sorti son troisième album courant 2025 (précédent opus ici: https://margothpdf.wixsite.com/margothpdf/coin-des-chroniques-1/mystery-of-depths (avec un effet inception garanti)).

Je ne vous le cache pas: retrouver The losts, c'est un peu retrouver une bande de pote (comme pour d'autres groupes pour lesquels j'ai un attachement particulier ou une forme de tendresse). Pour ceux et celles qui ne connaitraient pas ce groupe, comme dit, celui-ci évolue dans un heavy dark, un sous-genre particulier, empruntant des éléments au doom, au black ou au gothique. C'est déjà singulier de base et ce groupe distille un concept sur ces albums depuis leur début (je pense qu'une interview serait franchement pertinente, du fait de la densité musicale et du concept justement). The losts, c'est aussi un voyage musical, doté d'une expérience singulière. Car on est assez éloigné des clichés du heavy (même si on y retrouve des codes essentiels) et le groupe possède la force de l'immersion dans leur univers.

'A dark place to hide' ouvre les hostilités, avec une courte introduction faite de chants religieux et une mise en place du reste. Et comme pour les précédent, le groupe n'y va pas avec le dos de la cuillère, allant frontalement dans son genre, posant néanmoins certains codes propres à l'album. Effectivement, on retrouve des éléments purement heavy (les structures, les caractéristiques des riffs ou des éléments de chant (parce que là, déjà, ça varie fortement, en jouant avec les codes). On retrouve ce côté entrainant du groupe, avec ce sens de la mélodie et cette construction singulière des titres, utilisant des gimmicks d'autres styles nommés plus haut, signature du groupe. Mais le titre pose aussi quelque chose de différent, avec une tonalité plus sombre et le tissage d'une trame intéressante jouant le contraste de ce que l'on connait du groupe avec quelque chose de plus obscure. Et c'est cette évolution qui va être exploité avec cohérence à travers l'album.
Le groupe propose aussi de nouvelles sonorités au sein de l'album, en lien avec cette évolution mais aussi avec le but d'offrir quelque chose de différent au sein des atmosphères que cet album développe, se tournant plus vers certaines caractéristiques des styles tout en proposant une sorte de restructuration de styles, pour encore mieux les insérer dans sa musique, le groupe affinant nettement sa vision musicale. Et cela se distille au sein de l'album, avec des titres offrant de la variété, pouvant être vraiment rentre-dedans ou, au contraire, développer de la finesse, de la subtilité, toujours avec cette touche onirique qui peut apparaître au détour d'un riff ou d'une structure. Et le groupe ajoute une dominante plus exotique, avec des éléments de musiques s'inspirant du moyen orient (soit distillé dans des titres, soit servant de corps à certains ('Mellene verdeneme'), utilisant ainsi une modulation des éléments découlant des chants religieux, avec quelque chose de plus rituel. Mais aussi glisse, sur un titre, se qui se rapproche d'un opéra heavy dark ('Here comes tragedy'), laissant comprendre que des éléments distillés depuis le début de l'album se rattache à cet aspect.

Et c'est là que le développement de la nature de l'album révèle sa densité. The lots vont plus loin avec la musique, intensifiant des passages où le black suinte à fond (le riff et le chant de 'Muspellsheim Ascent') couplé à cette base heavy sombre ou jouant avec des gimmicks où les titres vont être protéiforme, permettant de déplacer certains codes et d'injecter par moments de la lourdeur. Et là, je ne parle pas de la lourdeur inhérente à la musique du groupe (dans sa nature, son essence) mais bien d'un calcul fait pour poser quelque chose de massif, mêlant doom et gothique, apportant une structuration différente et une ouverture vers d'autres champs des possibles que le groupe se met à explorer.
C'est là que les sonorités qui apparaissent font vraiment sens, au-delà de l'aspect nouveauté ou volonté de se faire plaisir. C'est entièrement lié à l'album et l'évolution qui en découle, avec en arrière plan le concept et son exploration, allant plus loin dans ses profondeurs.
Et avec ça, on comprend les mécaniques mises en place ici et là, différents de celles que l'on connait du groupe, apportant ce côté plus sombre, glissant une sorte d'onirisme obscure, que l'aspect mélodique du groupe ne trahit pas et même, s'en retrouve mis en valeur avec subtilité et efficience. Sachant que l'album creuse un aspect plus sombre du concept, ajoutant l'idée que depuis les débuts du groupe, celui-ci nous offre une sorte d'iceberg où chaque album s'enfonce plus loin. Et ici, la part sombre tient sur la thématique du venin, dans le sens littéral mais aussi dans une symbolique et spirituel, comme certains titres semblent l'évoquer (le groupe me corrigera au besoin).
Et c'est là, avec cet élément, que l'album et son déroulé, prend tout son sens. C'est là aussi qu'il apparait dans son immensité, explorant quelque chose de vaste. Le groupe explore différentes facettes, liées à des domaines à priori différents qui sont en fait liés, par essence, à l'album et au concept du groupe. C'est quelque chose qui apparait au fil des écoutes (car une seule ne suffit pas à capturer toutes les subtilités ou la richesse de l'album, comme à chaque fois), chacune révélant de nouveaux aspects ou éléments qui densifient l'œuvre que l'on écoute.

Et du coup, les mécaniques avec le jeu des styles, incluant l'idée de déstructuration ici et là pour mieux réinterpréter les styles selon la vision du groupe, deviennent pertinentes et s'avère cohérente au regard de l'album mais aussi de l'œuvre du groupe, distillant au fil de l'album, quelque chose de plus fin, peut-être caché au sein de la musique et du concept. Le groupe offre un album plus sombre, très mature mais joue de nouveau avec les codes. Car il y a un changement au sein de l'album s'opérant discrètement vers 'The Headless Cross Reloaded', induisant un changement qui prend sens vraiment après plusieurs écoutes: malgré l'aspect plus sombre, il y a un glissement vers quelque chose de plus céleste, avec cette part de noirceur mais qui lie aussi le concept à la spiritualité, laissant une interprétation plus profonde qu'il n'y parait, apportant une autre lecture et qui explique les éléments présents ici et là, comme les chants religieux ou des mécaniques se rapportant à la musique sacrée (quelque soit l'origine géographique) mais aussi à ce côté opéra qui apparait. Au niveau de la construction, je trouve ça très malin et cela ajoute une dimension plus vaste, pouvant interpeler chaque personne écoutant l'album.
Le groupe joue avec les codes et nous emmène, sans que l'on s'en rende compte, vers des sphères auxquelles on ne pense pas, nous préparant à quelque chose d'autres, l'idée de l'iceberg laissant entrevoir que ce qu'il y a de plus sombre est peut-être une voie vers un univers plus lumineux.

Le chant est excellent. On retrouve un chant navigant dans le heavy, avec des moments où l'aspect dark prend le relai. Yann explore aussi des phases nettement plus sombres et extrêmes, à travers un chant black présent parfois dans des structures exhalant le genre, tout en gardant une part sombre sur le chant (même avec un chant heavy traditionnel). Il offre une modularité incroyable et une maitrise de son art, qui est sublimé par les chœurs, venant des 4 membres du groupe. L'immersion se partage parfois la scène avec l'exotisme, offrant une nouvelle dimension. La présence d'invités apporte sur deux titres une nouvelle dimension (l'exotique 'Mellene verdeneme' ou sur le titre opéra 'Here comes tragedy', rejoignant d'ailleurs l'univers du heavy de manière efficace).
Le son est excellent et il vaut mieux du fait des nombreux éléments présents, que ce soit par les styles ou les mécaniques nécessaires à l'album. Chaque instrument est largement présent, que ce soit les guitares (aux tonalités différentes) ou la basse (avec son vrombissement qui apporte un aspect plus sombre et un contraste avec les guitares). La batterie laisse chaque éléments bien audible, permettant d'avoir une vision sur les patterns, parfois assez alambiqués ou exotiques. Le chant est à l'équilibre, avec les chœurs, permettant sans le moindre doute aux anglophiles et anglophones de suivre sans efforts les paroles (alors que je suis une brêle de ce côté là...). Les arrangements présents ne sont pas qu'esthétiques, ils participent à la trame de l'album, apportant un habillage sonore qui transcende l'album et le sens de la mélodie, sans équivoque, du groupe.

The losts livre un nouvel album magistral. Comme je l'ai dit au début, comme avec d'autres groupes, j'ai l'impression de retrouver des potes. L'album est très abouti, ambitieux et ne pêche pas pour moi. Le groupe y explore une facette particulière de son concept, offrant un album mature plus sombre mais très pertinent. C'est dense, c'est riche, il y a un esthétisme bien présent, avec cette approche musicale différente. Un indispensable pour moi, de ces groupes qui me font mentir quand je dis que n'accroche pas au heavy.

© Margoth PDF

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