

MARGOTH 5
PDF5
The hypercosmic paradox
Chaos over cosmos
Autoproduction
11 janvier 2026 à 10:01:43
Dématérialisé
2025
5 titres pour 33'20''
Une petite vidéo:
Chaos over cosmos est un one man band créé en 2015 par Rafał Bowman, un polonais qui gère plus ou moins tout l'aspect du projet gravitant entre la science-fiction et qui s'entoure de chanteur venant du monde entier, pour à chaque fois, obtenir une collaboration bien carrée. Le projet détient 3 albums (le 3è est chroniqué ici: https://margothpdf.wixsite.com/margothpdf/coin-des-chroniques-1/a-dream-is-ever-there-was-one ), deux projets et une compilation. Celui-ci est donc le quatrième album, cette fois avec Taha Moshin, un chanteur pakistanais.
L'album s'ouvre sur de rapides sonorités évoquant l'espace, avant de nous balancer directement du taping, bien rapide, dans la face et d'introduire des éléments de programmation qui accentuent l'aspect cosmique et va repousser ses éléments dans les extrêmes, associés au jeu particulier de Rafał, qui est à la fois ultra technique et rapide (mais vraiment rapide). Il repose son jeu et ses construction sur du death mélodique, du death technique et du metal progressif, mêlant ensemble les styles pour offrir une musique très dense, aux titres conséquents en terme de durée (à l'exception du premier, 'Nostalgia for Something That Never Happened', qui s'avère être une mise en bouche en même temps que la mise en place d'une atmosphère et d'un système structurel qui va se retrouver sur les titres), permettant de créer des strates et des sous structures au sein des titres. Ca apporte beaucoup de densité, de complexité et d'informations.
Et cela engendre une sorte de chaos contrôlé (Mylène n'accroche pas car pour elle, c'est très chaotique, trop complexe, ce qui peu rebuter des personnes, je le comprends. Moi, c'est le genre d'approche que je trouve stimulante). Mais rester sur cette définition n'est pas vraiment rendre la chose réelle. Ce serait même limitant pour la musique et ce qu'il y a derrière.
Il faut aller plus loin dans la musique et ne pas rester à la surface de celle-ci car sa richesse se trouve en son sein, dans les méandres musicaux des titres, des structures, sous-structures et de l'imbrication totale des trois styles musicaux, clairement indissociables les uns des autres. Et c'est là que la partie simple se termine pour faire place à la partie plus compliquée.
Les codes musicaux des trois styles s'entremêlent, avec une pluralité dans leur caractérisation et leur personnification, certains codes se recoupant, que ce soit le death technique ou le melodeath ou le melodeath avec le metal progressif (jouant avec les gammes, les sonorités, les techniques de jeux...). Un élément qui va revenir souvent est la mise en place de solos, jouant sur la précision, la technique et une vitesse variable qui sert de valorisation à un aspect émotionnel discret mais surtout à soutenir les atmosphères spatiales qui s'exhalent régulièrement. Celles-ci viennent des claviers, d'un système de programmation de la batterie (j'y reviendrai plus loin) , d'un travail sur les sonorités, les textures mais aussi sur certains riffs bien spécifiques, offrant un contraste très net entre différentes parties et / ou éléments. Cela induit des titres qui vont offrir une sorte de stratification qui apporte de la matière, une part de l'immersion mais aussi un moyen de nous perdre, juste ce qu'il faut, pour rejoindre cette idée de chaos et surtout, d'immensité cosmique. C'est un des éléments qui sert aussi à souligner le concept d'hypercosmic paradoxe (peut-être même un aspect philosophique derrière), que l'on va associer à la musique que l'on écoute, à son approche et la vision artistique de Rafał.
Cela engendre des rythmiques très différentes, aux tempos pouvant être plus posés (au regard de la globalité de l'album) à d'autres, ultra rapides, rejoignant le jeu des riffs ou, au contraire, posant une opposition nette (riffs plus lents et batterie très rapide ou l'exact inverse). Mais le rôle des rythmiques n'est pas que celui que l'on attend conventionnellement (structuration, jeu des vitesses) car il s'en extirpe complètement, amenant une approche plus singulière qui regarde directement vers l'aspect des atmosphères spatiales, de la création d'une entité cosmique. Et pour cela, le système passe par des moments où les codes sont cassés volontairement pour être réagencés différemment s'en pour autant que cela tranche et perde en cohérence. Car la musique garde un aspect spécifique de bout en bout, que ce soit dans des moments plus éthérés qu'au sein de phases plus rapides ou violentes, que je n'ai pas vraiment mentionné.
Je ne peux pas ne pas évoquer l'aspect mélodique en profondeur car celui-ci est, quelque part, assez singulier. Il est omniprésent dans les riffs, quelque soit les techniques employées tout comme dans les atmosphères et les claviers (voire même certaines structures rythmiques), allant parfois toucher d'autres sphères musicales, proche de l'électro et d'une techno très posée (en lien avec l'aspect cosmique). Et il y a, au sein de cet aspect mélodique, un usage polyphonique qui se retrouvent dans les riffs et les claviers, ajoutant à l'immersion et renforçant, du coup, l'aspect cosmique et cette idée de paradoxe du titre de l'album (l'hypercosmic paradox par la vitesse, les tonalités, les polyphonies, les structures...). Le côté mélodique est à la fois un des arcs boutants de l'album en même temps qu'une sorte d'entité associée, ouvrant un jeu de contrastes aux essences différentes selon les moments. Et c'est imbriqué, là aussi, au sein de la musique qui mêles les 3 styles de bases.
Les aspects death se trouvent facilement, avec des structures nettes, précises (précision qui est là aussi, omniprésente dans l'album), jouant sur les rythmiques typées (des deux aspects death explorés), de certains riffs et de la vitesse mais aussi de la caractérisation du death, qui peut revêtir des aspects un peu différents (n'hésitant pas à regarder, au-delà du death technique ou du melodeath vers un death plus brutal, jouant avec les contrastes techniques et de sonorités, jouant là aussi avec certaines textures particulières. L'aspect death technique est bien présent et se mêle à celui du metal progressif, où la technique différente est complémentaire et qui explique la durée des titres et la structures, parfois alambiquées, de ces derniers. Les titres peuvent être longs en durée ('The Cosmo-Agony: Requiem' est ses 9'45'') mais c'est quelque chose que l'on ne ressent pas, la musique n'étant en aucun cas ennuyeuse car pensée, justement, pour être cohérente et immersive, aménageant parfois des moments plus posés, servant, discrètement, d'éléments structurants supplémentaires.
Et cela nous amène à la programmation de la batterie. Car celle-ci est à l'image de la musique: dense, complexe, avec cette idée de chaos. Il y a différents aspects aspects à cette programmation, rattachés aux codes des styles musicaux, ouvrant la voix à un système rythmique complexe, dense mais, étonnamment, loin d'être rébarbatif, bien au contraire (car parfois les riffs ou les mélodies vont offrir un rôle différent qui transcende l'atmosphère ou un passage bien précis).
La batterie offre aussi des tonalités et des textures qui varient, appuyant les aspects cosmiques aussi bien que de rappeler les codes musicaux, pouvant ainsi offrir des moments très percutants, intenses, à d'autres plus éthérés. Ce qui fait ainsi un lien avec le titre de l'album, jouant aussi bien sur l'aspect chaotique que du paradoxe, introduisant des notions différentes au sein de l'album.
L'album développe une sorte de progression. Celle-ci nous dirige vers une vision sombre, celle de la fin du cosmos mais laisse la porte ouverte à un espoir, celle d'une autre voie, avec le dernier titre (en même temps que cela recoupe l'un des théories de la fin de notre univers et de la mécanique quantique). Au-delà des titres de l'album qui dessinent une trame, la musique impose aussi cette impression, les sonorités changeant de manière progressive et subtile, jouant avec les codes pour nous mener sur un final vraiment atypique avec un glissement (qui est en fait existant depuis le premier titre, mais de manière subtile) vers le titre 'the fractal mechanism' et son approche très électro, posé, proche d'une forme d'ambient. Le titre est court mais laisse l'ouverture vers un autre chemin qui apparait (comme le titre 'meltonin' sur A dream is ever there was one).
Le chant de Taha est un chant death, très guttural. Le timbre est particulier, avec une approche un peu moins conventionnelle. Son débit peut être rapide, avec un travail sur ses textures et tonalités de voix, offrant du contraste au sein du chant guttural (en même temps que le chant contraste avec les aspects mélodiques omniprésents). Le chant est à la lisière d'autres sphères parfois, plus extrêmes. On a Rafał qui fait quelques vocaux secondaires, apportant à la fois une complémentarité et une sorte de contraste de timbres (on reste sur du chant guttural globalement).
Le son est juste monstrueux. Puissant, très net, celui-ci ménage chaque aspect de la musique, ne laissant pas la place à de l'approximation, la précision des éléments musicaux étant un élément clé. Il y a un travail sur les tonalités et les polyphonies présentes, l'accent étant mis sur les extrêmes et cette notion omniprésente de cosmos. Il y a un travail d'équilibre sur les éléments musicaux et les arrangements présents parfois, notamment les sonorités plus spécifiques. On entend chaque instrument, y compris la basse (son côté gras contraste avec les aspects mélodiques) et la batterie programmée n'est pas noyée dans la masse, loin de là, car certains éléments sont essentiels. Les vocaux sont bien audibles, sans efforts (sauf pour comprendre l'anglais, si tu es aussi doué(e) que moi - ce qui veut dire que, quand même, t'es pas au top...).
Chaos over cosmos nous livre un nouvel album très dense, où la technique et la mélodie se concentrent, axées sur des éléments plus extrêmes. C'est complexe, chaotique (mais contrôlé) et intense. Un de ces albums qui me parle, percutant, dont la densité m'est nécessaire. Si tu es de nature curieuse, tu peux essayer. Si tu aimes la complexité, la densité, sans l'ennui, alors ne réfléchis pas plus et va découvrir une nouvelle pépite musicale. Pour moi, ce sera un disque qui va rejoindre impérativement ma collection.