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Numidian Killing Machine est un groupe algérien qui s'avère être une découverte très intéressante (de part le concept et l'origine du groupe, les groupes algériens n'étant pas pléthores hélas). L'album que j'avais chroniqué m'a donné envie d'aller un peu plus loin, de voir ce qu'il y a derrière. En contact avec le bassiste, L.I.V.V, celui-ci a pu me donner des infos utiles à la chronique mais a aussi répondu aux questions qui suivent. Merci à lui!

Interview de Benoit

1- Salut à vous ! Comment allez-vous ? On va commencer par la narration de l’histoire de Numidian Killing Machine !

Le projet a été formé en 2017 par moi-même, après une recherche des musiciens ayant un profil correspondant à la formation, une fois que nous avons abouti à un line-up stable et compréhensif du style, nous avons commencé a travailler sur la matière qui a fait l’album Psychotronik Breakdown.

2- Pourquoi avoir choisi ce nom ? Est-ce en raison de ce qu’il peut représenter pour vous, en plus d’être assez direct dans la compréhension de ce qui attend l’auditeur ?

Le but était de réunir le coté historique de l’Algérie antique avec l’univers post apocalyptique du Metal, je trouve qu’il sonne bien et porte aussi une de nos influences à savoir Judas Priest.

3- Quel est le concept derrière l’album et ce dernier suit-il une certaine progression dans une narration ou une histoire dépeinte à travers l’album ?

L’album se divise en deux parties bien distinctes, la première traite de l’histoire de la Numidie (Algérie antique) ses rois, guerres et faits historiques liés asa civilisation, tandis que la deuxième est une projection de la première dans un univers fantastique Post Apocalyptique et futuriste qui reprend des événements identiques.

4- Vous êtes dans une lignée musicale extrême, assez radicale. Un mélange de black, de thrash et de speed metal.
a) Est-ce que c’est parce que vous hésitiez sur la voie à suivre ?

En ce qui concerne la lignée musicale tout était clair dés le début nous voulions regrouper nos racines et influences en un seul répertoire et je considère que c’est chose faite malgré certaines difficultés.

b) Plus sérieusement, ces composantes de votre musique sont-elles des styles qui, à certains égards, permettent d’appuyer des éléments spécifiques que l’on retrouve dans votre album ?

Oui tout à fait, il y’a par exemple des morceaux dont les paroles reflètent le côté épique de la chose qui sont abordés différemment par rapport a d’autres qui sont plus directs, donc on va dire que nous creusons dans notre répertoire de connaissances pour trouver le ton et la musicalité adéquate.

c) Au-delà des styles, vouliez-vous vous laisser une certaine liberté, expliquant la navigation au sein des genres ?

Il y a une petite liberté même s’il elle est moindre, car nous avions travaillé a suivre le concept de la manière la plus fidèle qui soit.


5- Votre album s’ouvre sur un texte en amazigh (je te laisse expliquer ce qu’est cette langue). Au-delà du rôle d’une introduction permettant une immersion directe, quelle est la signification du texte ?

L’intro est en Amazigh Chaoui (du Zénète plus précisément) et c’est la langue la plus proche de l’ancien Amazigh que parlaient les Numides, le titre étant « Tzallitt n’ l guira Uritmiran » c’est une forme de prière de guerre éternelle et continue qui constitue un cycle de renouveau dans le chaos.

6- Du coup, on va aussi faire un peu d’histoire : pouvez-vous expliquer ce qu’est la Numidie (ce sera plus simple pour la suite) ? Avez-vous intégré le fait des deux royaumes rivaux ?

La Numidie est un ancien royaume d’Afrique du nord fondé en 202.av jc, qui est aujourd'hui l’Algérie, et qui au début était divisé en deux parties la Numidie orientale gouvernée par le Roi Gaia et son fils Massinissa et la Numidie occidentale gouvernée par le roi Syphax, a la suite des guerres puniques survenues entre 213 et 203 av jc, les deux s’unifièrent sous l’égide du roi Massinissa devenu désormais le premier roi de la Numidie unifiée.

7- Vous ancrez l’album donc votre période dans une période historique précise. Est-ce un besoin de faire un lien entre votre culture, notre époque mais aussi de pouvoir une fenêtre sur une réflexion différente ?

Notre idée n’était pas vraiment d’encrer l’album dans une période précise nous voulions juste réunir cette histoire avec le monde du métal ainsi créant une identité propre basé sur l’héritage ancestral.

8- Faites-vous un lien (ou allusion) à notre époque, en offrant un parallèle, le titre de l’album faisant une sorte de lien (et d’ailleurs, pourquoi ce titre) ?

Le lien est bel et bien présent dans l’écriture car la partie du monde post apocalyptique que nous abordons est une conséquence du présent que nous vivons, un peuple qui a perdu ses repaire, qui cherche son identité ailleurs, quant au titre « PSYCHOTRONIK BREAKDOWN » c’est une référence évidente au Psychotron dans l’imaginaire cyberpunk c’est un espèce de super soldat a la forme de cyborg, on a jouté le « Breakdown » pour indiquer qu’il a perdu ses moyens, un cyborg reprogrammé pour servir d’autres idéaux différents que les principes par lesquels il était régi lors de son vivant, et afin de bien illustrer le personnage nous avons choisi la reine Dihya qui est une figure prédominante de notre histoire et qui est désormais de retour sous une forme de cyborg, et par conséquent nous montre que même la reprogrammation ne peut faire oublier l’identité, donc vers la fin cela aboutit à un Breakdown.


9- Vous apportez aussi un peu d’exotisme au titre en intégrant des éléments musicaux traditionnels (ou s’en inspirant, je vous laisse me corriger).
a) Est-ce un moyen de plus pour proposer un lien entre l’album et la période historique ?

Tout l’exotisme se reflète sur le côté théorique et lyrique car nous n’utilisons pas d’instruments traditionnels connus en Afrique du nord tel que la Derbouka ou le Goumbri, donc le lien ici est présent à travers la narration.

b) Est-ce un élément inhérent à vous, avec une identité nette et marquée, d’intégrer des éléments de musique nord-africaine ?

Il est possible qu’au futur nous intégrerons certains éléments de la musique nord-africaine mais de manière assez discrète on va dire.

c) D’ailleurs, cette musique (on va plus parler, je pense, de famille musicale) a-t-elle des liens avec la culture numidienne (et ce qui a pu parvenir jusqu’à nous) ?

Culture « Numide », dans la musique Amazigh plus précisément la musique « Kabyle » les groupes et artistes ont un penchant pour des éléments folk et traditionnels, tandis que la musique « Chaoui » est beaucoup plus dans le rock et la distorsion cette différence d’approche a été primordiale pour façonner la direction à suivre dans notre composition.

10- Là où pourrait s’attendre à du groove du fait de deux styles, vous vous orientez vers la violence et surtout un côté sombre et malsain.
a) Est-ce une mécanique pour structurer l’album, appuyer le côté sombre qui s’en exhale ?

L’histoire de la Numidie est faite principalement de guerres et batailles donc je pense que cet aspect « direct » illustre très bien le récit.

b) Utilisez-vous cet aspect afin de pouvoir offrir quelque chose de cohérent, en plus d’une pertinence évidente ?

Assurément la différence entre les titres est bien apparente mais nous avons fait en sorte de maintenir une certaine cohérence dans le répertoire, on va dire qu’on s’est appliquer pour proposer un contenu homogène en matière de sonorité et de musicalité.

11- Ce que je trouve aussi intéressant, c’est la manière dont les styles sont entremêlés, avec des transitions efficaces ou des placements de structures (s’appuyant parfois sur des éléments comme la dissonance ou les altérations). Est-ce simple de mettre en place ce système, d’autant que les styles ont certains gimmicks pouvant être dissociatifs ?

Il y’a beaucoup de clins d’œil, je suis sûr que tu as reconnu beaucoup de références de groupes allemands et européens liés à la vague thrash des années 80 et un peu la first wave of Black Metal, nous avons joué sur ces éléments afin de maintenir la cohérence que tu as souligné, pour cela nous avons passé bcp de temps sur la recherche lors de la composition.

14- Comment votre album a-t-il été reçu en Algérie et ailleurs ?

L’Album a été très bien reçu dans le milieu underground, et beaucoup ont été surpris d’écouter un album venu d’un groupe Algérien, beaucoup de zines, radios et labels nous ont contacté suite a la sortie, nous avons opté pour le label Allemand « Fetzner Death Records » pour la production des copies physiques (CD, K7).

15- On va s’éloigner un peu de l’album pur et dur et allez vers des aspects plus personnels et humains, avec mon regard de la rive nord. Que faites-vous dans la vie ou avez-vous la chance de vivre de la musique (via différents domaines possibles) ?

La musique est notre passion mais pas notre gagne-pain, nous avons des jobs et une vie à côté, chacun est dans un domaine différent, moi je suis dans la culture, certains sont dans l’industrie ou l’archéologie.

16- Est-ce simple en Algérie de jouer du metal ou bien les contraintes ne sont pas évidentes ?

Disons que l’on se débrouille pour trouver des scènes car ce n’est pas un style qui est très populaire dans notre pays.

17- Comment vos amis et proches perçoivent ils votre musique et le choix du style de celle-ci ?

Certains apprécient a 100% d’autre n’aiment que certains titres, nous avons un environnement a la fois varié et riche en termes de gouts musicaux.

18- Comment est la scène algérienne (connaissant quelques groupes comme Litham ou Lelahell) ? Est-elle ouverte à différents styles ou plus axée vers les styles extrêmes ?

La scène Algérienne a connu son âge d’or a la fin des années 90 et la début des années 2000, elle a subi un recul a partir de 2006 bcp de groupes ont splitté et la qualité s’est largement détérioré, néanmoins certains projets comme LELAHELL ont pu faire connaitre le Metal Algérien au niveau international, ensuite vers 2016 un peu d’activité a été observée avec de nouvelles formations qui ont abouti a l’organisation d’évènements vers 2018 qui ont réuni du public, suite a cela un léger regain d’intérêt pour le style a commencer a se développer.

19- Auriez-vous des groupes à conseillez de découvrir ?

En dehors de LITHAM, il y’a aussi le groupe précurseur de la scène metal d’ici a savoir RASCASS que peu malheureusement connaissent.


20- Culturellement et socialement, le fait de jouer du metal implique-t-il des difficultés ou malgré cela, ça peut allez ? Est-ce simple de faire des concerts ?

Comme précisé plus haut, le metal n’est pas un style populaire en Algérie donc la demande est absente et pour ainsi trouver des scènes, les organisateurs doivent faire des entrée et des recettes, ce qui n’est pas évident avec ce style en Algérie.

21- Est-ce parfois difficile entre ce que vous jouez et votre éducation, la culture et les paradoxes liés (comme à toutes les cultures, à des degrés divers).

Il y a beaucoup de personnes qui ont disons trouvé un compromis en ne jouant pas de styles metal jugés « Obscurs » afin de satisfaire leur entourage ou par peur d’être moqués, en ce qui nous concerne nous sommes totalement libérés de cette idée et NKM n’a que faire de ce genre d’idéologie rétrograde.

22- Quels sont les projets que vous avez liés au groupe ? Pouvez-vous envisagez des concerts vers l’Europe (compte tenu du contexte particulier) ?

Stay Tuned pour la suite 😉

23- Merci à vous pour la découverte de Numidian killing machine et du temps pris à répondre à ces quelques questions. Je vous laisse le plaisir de la conclusion !

Merci a toi d’avoir pensé a nous et surtout pour ton soutien sur Margoth Zine !

Numidian Killing Machine

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