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Le second album de Nothing but real m'avait bien plus. Evènements de vie, changement, le groupe a traversé des temps tourmentés. Tom, l'homme derrière le projet ne voulait pas arrêter le projet (je simplifie très fortement) et a refait une nouvelle version de Lost in the world (rebirth edition). Nouveau chanteur, récriture de certains passages, l'album apporte du changement. Tom a joué le jeu de répondre à quelques questions. (Benoit)
1- Salut Tom ! Comment vas-tu, en ce riant mois de décembre (qui tire sur sa fin) ? Peux-tu faire un résumer de Nothing but real, pour commencer tranquillement ?
Nothing but Real est un projet de rock/metal hybride, fusionnant plusieurs influences et évoluant dans un univers de science-fiction. Il y a une volonté narrative qui s’appuie sur plusieurs médias comme la musique, bien évidemment, l’art graphique et l’animation.
2- Avant de rentrer dans le gras, comment définis-tu le style dans lequel évolue NBR, sachant qu’il y a un savant mélange de genres ?
Nothing but Real mélange le rock, le metal avec une dose d’électro et d’orchestration symphonique par moment. Le tout est accompagné par une voix à la fois pop et saturée.
3- D’ailleurs, quelle signification cache Nothing but real ? Est-ce un clin d’œil à l’idée que la réalité n’est pas nécessairement ce qu’elle est ?
Le nom du groupe peut être interprété de plusieurs façon et il est intéressant d’observer ce que chacun y voit, ce que l’on croit en comprendre.
Nothing but Real vient questionner sur notre rapport au réel, sur notre dualité, nos contradictions. Le regard de Sakar aide, car c’est un être fictif qui aide à changer de perspective. Je te pose la question. Si un alien arrivait maintenant sur Terre sans connaître notre civilisation, comment le verrait il ?
4- La question que toute l’Europe se pose : pourquoi as-tu refait l’album, avec cette Rebirth edition ?
Ahaha… et bien la version de 2022 ne correspondait pas réellement à ce que j’en attendais et j’ai voulu lui donner la forme que j’avais souhaité à l’origine.
5- Il y a des différences entre les deux versions. Cette dernière développe plus un aspect cinématographique, ainsi que l’idée de l’immersion dans la science-fiction (impliquant du fait certains éléments musicaux intrinsèquement liés au tout).
a) Tu vas ainsi loin vers la vision de base que tu avais. Etait-ce une nécessité, un besoin de montrer la véritable essence du projet ?
Oui, j’avais besoin de réaliser pour de vrai, concrètement mon idée. Quelque chose m’a poussé à revenir vers cela.
b) Tu repousses ainsi le concept plus loin. Est-ce un moyen d’ouvrir une ligne directrice vers quelque chose de plus global, touchant à la fois la musique et le concept ?
Tout à fait, cela permet de repartir avec un socle posé et respecter une idée claire. Je peux maintenant développer ce concept et tenter de lui donner toute la profondeur narrative que j’imaginais au départ.
c) Quels aspects as-tu changé de manière fondamentale entre les deux versions ?
Le processus de production et de création a grandement évolué. J’ai repris toutes les pistes et avec Bertrand on a tout décortiqué et tout revu sur l’aspect production, des ajouts instrumentaux et en parallèle j’ai réécrit les textes et les mélodies.
Le champ des possibles s’ouvre avec un vaste champ d’exploration créatif à découvrir.
6- L’importance est mise sur l’immersion et l’inclusion de moments épiques / de bravoures, apportant une structuration narrative à l’album.
a) Est-ce un choix réfléchi ou cela découle-t-il naturellement de l’idée de base ?
Cela découle de l’idée de base et cela a enfin été mis en œuvre !
b) Est-ce une façon d’intégrer l’auditeur, comme si tu cassais le quatrième mur ?
Tout à fait ! Jouer avec les frontières du fictif et du réel afin de ne pas laisser l’auditeur à une place passive c’est un vrai kiff et un challenge.
6- Ton chant est aussi un élément clé qui apparaît. Tu offres un chant varié, qui contextualise certains passages (et renforce cette idée de narration). Comment t’es-tu accaparé le chant et quelle est ta vision vis à vis de lui et celle qui englobe le chant avec le concept ?
La place de chanteur n’était pas celle que je j’envisageais à la base. L’équipe m’y a encouragé lorsque je me suis demandé si je ne devais pas essayer. J’ai tenté et finalement, cela semble comme naturel, normal.
Le chant dans Nothing but Real accompagne et aide à la transmission émotionnelle lors de morceaux. J’incarne un messager qui raconte différents personnages et à travers leur histoire, j’essaie de dépeindre la nuance ainsi que l’ambivalence que chacun d’eux (et nous) porte. Certains textes ont aussi été modifiés dans cet objectif.
8- Avec tout ça, avant d’aller plus loin (avec des questions qui feront mal aux neurones), je vais te laisser expliquer le concept et ses éventuelles implications et symbolismes.
Nothing but Real parle d’équilibre entre deux forces antagonistes : la lumière et l’obscurité, le bien et le mal.
Nous utilisons l’archétype du « héros » qui se nomme « Sakar ». C’est un extraterrestre en exil et extrêmement puissant qui arrive malgré lui sur Terre. Il incarne la quête perpétuelle de vérité et d’équilibre.
Les antagonistes, les « vilains » sont des personnages qui représentent, chacun à l’extrême, un trait négatif de l’espèce humaine. Ils sont invisibles aux yeux des humains mais influencent leurs comportements.
Le super méchant « Death Wings » est la somme de tous ces traits, c’est la représentation du diable dans notre mythologie.
Sakar est accompagné de trois sentinelles, bases de son pouvoir : « Eveil », « Vérité Absolue » et « Infini » ainsi que d’un « Oracle », un messager capable de communiquer entre le fictif et le réel. Celui-ci est le porteur des mots Sakar, mais aussi des vilains, malgré lui. Il oscille lui aussi entre ombre et lumière.
La scène est le lieu réel qui permet la transmission entre les deux mondes, l’Oracle tente de communiquer avec le public, accompagné des trois Sentinelles.
9- Tu optes pour une version à la fois plus moderne et pourtant plus personnelle de l’album. Peut-on conclure que cette version est une extension de ta personne, mettant en exergue l’aspect artistique et créatif ?
Oui. Je suis humain donc j’oscille entre de bons et de mauvais choix et mes rencontres nourrissent cette réalité et l’imaginaire. Je me demande parfois qui rattrape l’autre : la réalité ou la fiction.
10- Du coup, est-ce que cette version, le concept derrière et la vision que tu as de ta musique sont un exutoire en même temps qu’une volonté d’offrir un axe de réflexion, sur plusieurs niveaux ?
Tout à fait, c’est une façon cathartique de transmettre ce que j’observe du monde et d’ouvrir un espace ou l’image peut aider/accompagner des raisonnements abstraits. La nuance, l’ambivalence et la créativité de l’espèce humaine sont tellement complexes à exprimer qu’utiliser différents médias dans une toile narrative fictionnelle semble être un moyen facilitant.
11- Comme je l’ai dit dans la chronique mais aussi quand on s’est rencontré, ton approche me fait penser à Dusk of delusion. Musicalement, il y a des ponts de convergences, le concept est ancré dans la science-fiction (plus dystopique chez DOD). Que représente pour toi la science-fiction (personnellement, je suis fan de Stefan Wul, avec qui j’ai pu correspondre adolescent mais aussi de Asimov ou Arthur C. Clarkes…) et est-ce pour toi un moyen d’extrapoler des évènements ou des concepts impossibles dans d’autres registres ? Ou je me plante totalement ?
J’adore la SF. C’est toujours très dur d’expliquer ce qui se passe dans la tête. Je préfère mille fois que les gens regardent et écoutent. Mais oui c’est un moyen de m’échapper, de passer des messages, de de transmettre des émotions, relater des faits sans directement les nommer… extrapoler oui aussi en un sens ou en tout cas imaginer des conséquences ou des scenarii.
12- D’ailleurs, quels registres littéraires apprécies-tu, de même que d’un point de vue cinématographique ? Es-tu éclectique ou certains styles / courants sont tes madeleines (en ce qui me concerne, j’aime le fantastique au sens large, de l’anticipation, la SF au gore extrême, hardgore, avec certaines figures mythologiques (qui incluent l’univers extensible de Lovecraft, un de mes auteurs favoris)) ?
Honnêtement je me nourris de beaucoup de choses mais la SF, les anime, les thriller/épouvante, l’héroïque fantaisie,…
La série “Beauty” me parle ces derniers temps car elle mélange plusieurs styles.
13- Vois-tu une possibilité de mettre sur scène le groupe, allant dans le sens de l’esthétisme développé dans les clips, proposant ainsi plus qu’un concert, une expérience à vivre (un peu comme le font des groupes comme Absence of colors ou Dragunov) ?
Oui ! Nous allons travailler là-dessus en 2026.
Je ne sais pas si tu as déjà vu mais, autant que Sakar que chaque musicien, nous avons déjà des tenues de scène.
14- Avec tout ça, penses-tu que tu optes inconsciemment pour un univers ouvert, jouant en partie avec les codes (comme on le retrouve sur l’album) ?
Je ne pense pas que cela soit inconsciemment, il y a une réelle volonté de rester libre dans la création et d’explorer chaque parcelle de cette univers riche.
15- Comment gères-tu les aspects vie privée / groupe / travail et cet équilibre délicat à trouver ? Est-ce en fait un tout qui est lié, étant finalement ce que tu es ?
C’est très prenant, les nuits sont courtes. Il faut être hyper organisé, anticiper, communiquer… mais ce n’est jamais parfait.
Si je pouvais m’abstenir de dormir et manger sans être fatigué, ce serait parfait ahah.
16- Quels sont tes projets pour 2026 ?
Une résidence scénique et la poursuite d’un gros projet que je vais annoncer prochainement ! J’ai hâte de faire découvrir les fruits du travail en cours !
17- Merci d’avoir pris le temps de répondre à mes questions, peut-être parfois un peu compliquée dans la compréhension. Je te laisse conclure cette interview !
Merci à toi pour ces belles questions et j’invite la curiosité des lecteurs à écouter Lost in the World Rebirth edition et le clip de “Doom”.