

MARGOTH 5
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Dragunov m'a bien surpris, avec leur poste metal d'obédience soviétique. Immersif et dense, il m'a semblé que ce serait bien de voir un peu plus loin que la musique. D'où ces questions. L'interview a mis du temps à arriver (vacances et imprévus) mais qu'importe, car la voici enfin, dans toute sa splendeur!
1- Salutation à vous ! Comment allez-vous en ce chaud jour (du moins ici) ? Commencez
donc en nous narrant la belle histoire derrière Dragunov ?
Et bah écoute, merci pour l’invitation à répondre à tes questions. Ca va bien ! Il fait
beau, c’est l’été, on fait des barbecues ! Bon on a hâte de refaire des concerts quand
même à l’automne on espère…
Dragunov, c’est avant tout une histoire de potes. C’est Tristan et Seb, qui étaient tous les
deux batteurs qui sont devenus potes en se revendant du matos de batterie. Puis Seb a
commencé la guitare, et on a tous les deux déménagé à Paris. C’est là qu’on a commencé
à faire des trucs ensemble, en 2013.
2- Alors, ne faisons point de mystère. Derrière Dragunov, il y a un gros concept, tournant
autour du soviétisme.
a) Alors, commençons par la signification du nom. Pourquoi celui-ci (qui est le nom
d’une arme et aussi celle de Sergeï Dragunov, un personnage stoïque et froid de
Tekken) ?
On a choisi le nom, avant de commencer à faire de la musique. On s’est fait une
aprèm Airsoft, et on kiffait le design de ce gun, alors on s’est dit « si un jour on a un
groupe ensemble, ça s’appellera DRAGUNOV ! »
b) Pourquoi le choix du post metal ? Style en adéquation avec l’univers de Dragunov ?
Le post métal nous a semblé très vite évident, d’une parce que Seb joue dans
Abysse depuis bien avant qu’on ait créé DRAGU, et qu’ils font du post-instru. Mais
aussi parce qu’on en écoute beaucoup. Après, on ne se dit pas non plus « on va
faire du Abysse (ou du Cult OF, ou du Russian Circles….) on fait ce qu’on a envie
de faire… si un jour on sort un album de Bossa Nova, c’est que ca nous aura fait
kiffé, mais pour l’instant, on aime faire du gros son !
3- Et d’ailleurs, pourquoi cette thématique (atypique) sur le soviétisme ? Une passion,
l’aura mystérieuse autour ?
La thématique de l’univers Soviétique est venue naturellement avec le nom. On
s’est vite rendu compte que c’était un monde plein de facettes et qui serait pour nous une
source presque inépuisable tant au niveau des sons (les samples) que niveau de l’image.
4- Mais avant d’aller explorer les recoins les plus obscures, une question m’étrille l’esprit :
pourquoi le choix du duo (est-ce d’ailleurs un choix?) ? Pour simplifier la composition ?
Tout simplement parce que vous avez la même vision des choses ?
Comme on le disait au début, on est d’abord pote. Et on s’est dit qu’on ferait de la
musique ensemble. On ne s’est pas trop posé la question au début en vrai. On a pris nos
instrus, on a fait du bruit, ca nous a plu…. Et puis au fil du temps, on s’est rendu compte
que c’était beaucoup plus simple. Nous jouons tous les deux dans d’autres groupes à 4 ou
5 membres, et c’est bien plus compliqué d’organiser des choses que lorsque qu’on est
que deux.
5- Votre album, ‘Arkhipov’, est un mélange de post metal, avec d’autres éléments, assez
froid et distillant un certain mystère (il faut aller chercher les informations, qui ensembles
forment un tout). Le titre fait référence à un officier de la marine russe. Est-ce donc un concept album
tournant autour de cet officier, avec une vision militaire soviétique ?
Le concept de ARKHIPOV tourne autour de l’univers marin soviétique. Pas
spécifiquement militaire, nous ne sommes pas pro-bidasse. Certains morceaux portent le
nom de bateaux d’exploration ou scientifique ! D’ailleurs ARKHIPOV est quand même le
mec qui a sauvé le monde d’une guerre nucléaire.
6- Chacun des titres va explorer à la fois une thématique qui est liée au titre de l’album
mais il semble aussi y avoir une progression, à la fois temporelle et technologique.
a) Pouvez-vous nous éclairer sur cet aspect ?
Les morceaux sont bien évidemment tous lié à la thématique de l’album. On a
effectivement essayé de faire en sorte que les morceaux s'enchaînent logiquement, même
s’ils ont tous leurs particularités.
b) De ‘Horizontal’ à ‘Spas Mir’, il y a une évolution. Mais quelque part, n’est-ce pas une
boucle qui se ferme ?
Il y a effectivement une suite logique dans les morceaux, une montée en puissance
avec 65-76, puis ça redescend jusqu’à Spas Mir qui est plus lancinante et qui selon nous
clôture parfaitement l’album.
7- Il y a un titre qui se détache des autres, aussi bien de par sa durée que par son titre.
J’évoque ‘65-76’ (qui serait référence à une torpille). Pouvez-vous nous en dire plus du
coup ?
65-76, c’est un de nos morceaux préféré à jouer en live. On avait envie de faire un
titre sans sample. C’est le seul de notre discographie. On avait juste envie de délivrer de
l’énergie brute en étant à fond à 100% du début à la fin du morceau.
8- Dragunov est un groupe instrumental. Du coup, forcément, il n’y a pas de paroles et
l’essentiel du travail est donc sur la musique et jouer exclusivement avec ce paramètre (et
c’est d’autant plus compliqué d’aborder les thématiques des titres, liées au ressenti de
chacun). Je me doute bien que l’exercice doit être difficile. Outre cet aspect, à l’écoute,
l’absence de paroles n’est en aucun cas ressenti. Quelle diablerie utilisez vous donc pour
ce tour de passe-passe ?
On a toujours composé comme ça alors on ne se rends pas compte si c’est difficile
haha. On a une approche assez « prog » en fait de la conception des morceaux. Il n’y a
pas de couplet/refrain. Juste des riffs qui s'enchaînent et qui évoluent. La présence des
samples apporte ensuite beaucoup pour coller à la thématique.
9- Malgré l’absence de paroles, il y a dans votre musique (via des samples bien utilisé
entre autre) une sorte de dialogue non verbale, avec des éléments répondant à d’autres .
Est-ce venu naturellement cet aspect ? Est-ce un parti pris ? Et du coup, au niveau
composition, quelle en est la difficulté ?
A la base c’est venu naturellement, maintenant, on le travaille ensemble, on sait
que ca marche ! Le dialogue ressort aussi, je pense, de la dualité du groupe.
10- Vous avez un concept qui va au-delà de la musique, compensant l’absence de paroles
par un appuie sur le visuel (que ce soit les illustrations ou lors de concerts, où le code
couleur se retrouve), bouclant une boucle.
a) Pouvez-vous nous détailler ça plus en détails ?
b) Il y a d’autres groupes qui eux-aussi assimilent les aspects musicaux et visuels comme
un tout. Est-ce propre aux groupes rattaché au post (black, metal, hardcore…), lié à une
nécessité d’évolution associé à l’émergence d’autres choses en devenir (ho putain la
question philo ! Hop, pour le bac 2021!) ?
Oui nous travaillons toute l’esthétique du groupe pour plonger les gens dans notre
univers, et c’est très important. Par exemple en live, nous mettons en place avec notre
ingé light sur des ambiances essentiellement rouge/blanche pour marquer le caractère
russe. Et nous portons des masques à gaz pour le début du live qui apporte vraiment un
cachet pour que les gens s’imprègnent ! Le but étant qu’il retrouve l’ambiance des
artworks. On ne veut rien laisser au hasard .
J’avoue que le post met un point d’honneur sur les visuels, ambiance, etc… C’est un style
riche artistiquement. Mais en soit, tout bon groupe doit créer son atmosphère, que ca soit
du post ou du punk ou du black. Les artworks de ces derniers temps en sont la preuve,
c’est très qualitatif !
Les gens veulent vivre des expériences en fait.
11- Le concept soviétique est-il une part de vos existences, en dehors de celle du groupe.
J’entends un intérêt par rapport à l’univers qu’il peut renvoyer, les fantasmes (et
l’imaginaire qu’il peut renvoyer) ou bien quelque chose de lié à vos études ou passions ?
Y aurait-il un lien avec vos origines ou quelque chose dans le genre ? Ou non, pas du tout,
perdu. C’est juste parce que c’est différent du reste et que vous faites les choses bien ?
Hahaha non nous ne sommes pas Russe ! Après, Tristan aime quand même
beaucoup l’histoire et ça le fait marrer de passer des heures sur internet à lire des trucs
sur plein de sujets différents… On est aussi tous les deux fans d’Urbex, tout ça est lié je
pense.
12- En dehors du groupe, vous faites quoi ? Quelles sont vos passions et métiers/emplois
(des trucs incroyable ou pas du tout, genre empaqueteurs de popcorn?) ?
Seb est graphiste, Tristan est prof dans un lycée (pour le moment). On est tous les deux
fans de bières et de bonne bouffe. Et on aime surtout bien se marrer et glander ensemble.
13- Quel est le regard de vos proches sur Dragunov et le concept autour ?
Comprennent-ils l’entité que cela représente ?
Nos frangins à tous les deux sont metalleux, donc ils kiffent et nos nanas kiffent
plutôt bien le délire artistique que le groupe représente. Souvent les gens apprécient, du
fait qu’il n’y ait pas de parole.
14- Avez-vous des groupes dans le style à conseiller ? Avez-vous un groupe honteux
(parce ringards pour beaucoup, creux, [insérer raison absurde], ... ) pour beaucoup que
vous appréciez ?
Niveau groupes non métalleux, on est fan de Soviet Suprem, Little Big et Tommy
Cash. Mais ça c’est notre attrait pour la Russie qui nous fait ça.
Bien sûr, on adore Mantar, le duo allemand.
Ok on est aussi fan de Cardi B qu’on balance à donf dans le tourbus quand on est en
tournée. On assume.
15- Quels sont les projets à venir (compte tenu du contexte actuel) ?
Et bien refaire des concerts parce que ca nous manque énormément. En faire
beaucoup. On travaille à l’heure actuelle sur la tournée européenne de 2021. Et puis on
risque de recomposer de nouveaux morceaux très rapidement car le confinement nous a
donné envie de tester plein de nouveaux trucs.
16- Merci à vous d’avoir pris le temps de répondre à ces questions. Je vous laisse
conclure comme vous le souhaitez !
Merci à toi ! On espère vraiment que la situation va s’améliorer très vite, pour qu’on
puisse refaire des concerts en tant qu’artistes, mais surtout en tant que spectateurs car
c’est ca qui nous inspire aussi. Et puis pour tous les acteurs du monde du spectacle qui en
vivent. Il faut que ca reprenne, vite !