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Conquerors est un trio français de Reims ayant l'aura étrange d'un groupe venant du Brésil, pratiquant un black thrash bien sale et énervé, rappelant une période révolue, quelque part entre les années 80 et le début des années 90. Dans le genre, ils ne font pas dans la dentelle. Mais vraiment pas (sérieux, allez écouter le groupe, ça défonce sévère!). C'est Morty (guitare et chant) qui a répondu à mes quelques questions.
Photo venant de leur Facebook.

1- Bonjour à vous ! Comment ça va, en ce joyeux mois d’avril ? Si on commençait avec un historique du groupe, à la manière du Seigneur des Anneaux ?

Conquerors est un groupe de Brutal Black Thrash Metal originaire de Reims. Nous nous sommes formés en 2013 et avons sorti en 2014 notre premier EP puis notre premier album en 2015. Nous avons tourné sous la forme d’un duo pendant 2-3 ans après le départ d’Ottar en 2014. Anfauglith a intégré la formation en tant que bassiste à partir de 2018 puis en tant que batteur à partir de 2019. Nous avons d’ailleurs enregistré l’abum « Dawn of War », Anfauglith et moi-même, un petit mois après ce nouveau changement. Ottar a repris sa place de bassiste en 2020 et nous sommes enfin redevenu un trio stable. Nous nous sommes engagés avec le label Music Records en septembre 2020, « Stormbringer » a été enregistré en novembre 2020 et sortira en mai 2021 en même temps que Dawn of War qui a été réenregistré en mai 2020.

2- Le nom que vous avez choisi, c’est pour annoncer la couleur : celle de la conquête du monde?

A vrai dire, l’explication est moins épique ! A la base, j’avais choisi « Conqueror », en référence au morceau d’Aura Noir, groupe que je vénère. Mais le nom était déjà pris par le groupe canadien, alors j’ai simplement rajouté un « s ».

3- Plus sérieusement, votre nom évoque cette période oubliée des années 80 début 90 et encore plus étrange, on vous mettrait originaire du Brésil. Comment expliquez-vous donc cette mystification ? Est-ce un tour de force d’imaginaire collectif habilement manipulé pour induire en erreur ?

Je ne sais pas vraiment d’où nous vient cette réputation en fait. J’ai souvent entendu cette remarque, on nous a comparé à Mystifier, Sepultura première période, Sarcofago, … Ca fait partie des groupes que j’écoute, mais ce ne sont pas mes influences principales. J’évoquerai plutôt Bathory, Slayer, …

Après, nous avons effectivement ce côté « gros bordel inaudible » en live qui rappelle la qualité des enregistrements des groupes de l’époque. Anfauglith frappe comme un sourd, Ottar et moi réglons nos volumes complètement à l’arrache (en général à 5/10). Nous ne jouons absolument pas au métronome et préférons privilégier le « feeling », ça permet d’excuser les erreurs.

L’esthétique doit également jouer puisque nous montons sur scène recouverts de clous et de chrome.

4- Est-ce aussi dû au fait que vous pratiquiez une musique bestiale, un brutal black thrash renvoyant à cette glorieuse période, évoquant ainsi une strate de groupes différents ?

Il existe en effet des similitudes entre notre musique et ce qui pouvait se faire à l’époque : c’était une période pendant laquelle la scène death dominait, le black metal (première vague bien entendu) était naissant… La batterie d’Anfauglith, rapide et ultra violente, la guitare et la basse très/trop saturées, ma façon de chanter qui emprunte parfois au death et plus souvent au black, tous ces éléments rappellent forcément ce qui pouvait exister à la fin des années 80.

Il n’est pas question de brutal death, de grind ou de black metal, mais vraiment de haine et de violence pure, un genre de catharsis quelque part. Je pense que nous jouons une musique qui vient des tripes, et ce côté « authentique » doit se ressentir à mon avis.

5- Vous êtes clairement énervés (à trois, vous faites un sacré bordel, c’est fou!). Mais tant de questions se bousculent, donc on va en choisir quelques unes, totalement au hasard (contrôlé).

a) Qu’est-ce qui vous a poussé à aller vers ce style ?

C’est venu naturellement, il y a une vraie évolution quand tu écoutes tout ce que nous avons fait, de l’EP à Stomrbringer. Je me suis toujours dit que le meilleur moyen de se distinguer, c’était de faire de l’extrême : jouer le plus vite possible, gueuler le plus longtemps possible, transmettre le plus d’émotion, notamment la colère, que possible.

b) Pourquoi choisir plus spécifiquement cette forme, qui fait plus primitive et bestiale (mais qui est foutrement jouissive) ?

Là encore, c’est une évolution naturelle : j’arrive en répétition avec un morceau fini, on l’apprend, on le maîtrise ensemble, et le tempo augmente au fur et à mesure jusqu’à ce que nous atteignions la vitesse idéale qui correspond à ce que nous voulons exprimer, à la façon dont nous ressentons la musique et qui mérite d’être « immortalisée » sur un album.

c) Ne serait-ce pas plus compliqué qu’il n’y paraît de jouer ce que vous proposez (compte tenu de certains codes, du contexte d’époque différents…) ?

Notre musique est compliquée dans le sens où il faut avoir quelques compétences pour reproduire ce que nous faisons. Mais ça, c’est de la technique pure, tout le monde peut y arriver avec le temps.

A mon avis, notre marque dépend beaucoup de la spontanéité : le morceau est écrit et en une heure, il est adopté. Nous sommes farouchement opposés au principe selon lequel un morceau écrit devrait être maturé plusieurs semaines, être retravaillé encore et encore.

Nous emmerdons les codes, nous jouons ce que nous avons envie de jouer. Respecter les codes, c’est faire des concessions.

d) Le son que vous avez est aussi très cru, presque raw (appuyant ce renvoie à cette époque susmentionnée plus haut), tout en ayant un coté actuel. Comment expliquez vous ou gérez vous cet aspect essentiel (qui est votre marque de fabrique) ?

Notre marque de fabrique est due au fait que nous avons compris au fur et à mesure comment faire les choses correctement, tout simplement. Notre côté « raw » venait au début d’un manque flagrant de moyens et de compétences. Après 7 ans d’existence, nous avons appris de nos erreurs.

Il s‘agit essentiellement d’aspect techniques qui n’intéressent pas les lecteurs, mais dans l’idée, nous avons juste amélioré notre façon de faire. Music Records a aussi su comment conserver cet aspect old school qui nous plaît tant.

e) Est-ce pour vous naturel, un exutoire nécessaire ou bien, mon garçon, si tu savais, c’est bien plus compliqué ?

Je pense que c’est naturel, mais c’est une question malheureusement trop complexe pour répondre haha.

f) En fait, Conquerors, ne serait-il pas plus un état d’esprit conceptualisé en musique, en même temps qu’en cri d’amour à cette période à l’aura tout particulier ?

Peut-être, mais je risque de casser le mythe en disant que tout est arrivé par hasard…

6- Quand on écoute ce que vous faites, il y a des groupes qui nous viennent comme ça à l’esprit. Pour ‘Dawn of war’, ce sont des groupes comme les vieux Sepultura, les premiers Massacra ou encore Sadistik Exekution que l’album m’évoque et ‘Stormbriger’, en gardant les deux premiers on y ajoute Imperial. Alors, avec une telle introduction de question qui bat clairement les records de longueur, on se demande où j’en viens. Et bien, j’y arrive (putain, ce suspense, hein?) :

a) Quelles sont les influences derrière Conquerors, qui appuient ce coté brut ?

Essentiellement Bathory, Slayer et Aura Noir.

Le groupe qui m’a le plus influencé est Aura Noir, j’ai toujours été impressionné par l’énergie et la haine qui transpirent d’Apollyon, surtout lorsqu’il officie en tant que bassiste et chanteur. C’est pour ça que je fais toujours en sorte de bouger le plus possible en jouant. Je pense que notre attitude et notre jeu de scène doivent beaucoup à ce groupe. Et notre nom aussi. Mais comme « Conqueror » était déjà pris, on a rajouté un « s ».

J’ai appris à « chanter » à partir d’un savant mélange de Nargaroth et de Cannibal Corpse… Nachtgarm de Negator ou Caligula de Dark Funeral ont également joué un rôle très important puisque c’est grâce à eux que je me suis entraîné pour pouvoir tenir la note et lancer des hurlements interminables.

Nos influences générales restent bien évidemment les mêmes que pour tout le monde.

Mais j’admets que l’aspect Slayer/Bathory old school est plus marqué sur Stormbringer que sur les autres albums. On a vraiment eu cette démarche d’essayer de sonner old school, dans la musique mais aussi dans la production, pour que cela corresponde à ce que nous écoutons. Il faut aussi ajouter des influences plus ou moins ponctuelles, mais nous sommes restés dans le prolongement du son Conquerors, il y a une évolution logique dans la chronologie des albums, des éléments ou des sonorités qui reviennent souvent.

b) Est-ce une façon de sublimer ces dernières et de ressusciter en quelques sortes ce fameux état d’esprit que j’ai évoqué plus haut ?

On pourra parler de « résurrection » à la rigueur oui, parce c’est majoritairement ce que j’écoute.

c) Ou alors, je me plante complètement et c’est tout autre chose, c’est incroyable et vous allez révéler des secrets terrifiants ?

Non.

7- Il y a une évolution entre ces deux albums, il y a un coté plus sombre sur ‘Stormbriger’, tout en ayant un son plus profond.

a) Quelles sont les thématiques que vous abordez et sont-elles différentes (ou explorez vous plus loin celles-ci sur ‘Stormbriger’) ?

Je doute qu’aborder les thématiques soit pertinent : j’écris les paroles la veille de l’enregistrement, quand le rythme et la place de chaque syllabe ou cris est parfaitement placé.
b) Depuis votre premier Ep, quelle est l’évolution que vous avez suivie et quels sont les éléments que vous avez voulu intensifier ?

Une évolution naturelle ? Haha

Le but était surtout d’intensifier le côté « thrash » de la musique. J’aime à penser que nous avons réussi, globalement !

8- Un élément incontournable qui vous caractérise est la structure rythmique des titres. Il y a un gros travail derrière (on est pas sur du bourrin pour du bourrin mais sur du bourrin qui intellectualise). Comment décririez-vous justement ce coté là de votre musique et est-ce venu naturellement ou bien aviez-vous déjà une idée en tête, que vous avez mûri ?

Le style de composition a changé dans la mesure où j’ai choisi des structures plus classiques, en général couplet/refrain, et non plus des morceaux qui vont d’un point A à un point B. Je pense que cet aspect plus carré de la musique participe au regain de brutalité et de permet de mettre en avant des riffs qui ne sont plus simplement noyés dans la multitude. La rythmique domine plus, la batterie est également bien plus mise en avant.

La maturité et l’expérience jouent également leur rôle : la musique est plus complexe, moins mélodique, si on pouvait parler de mélodie avant. La violence est mieux maîtrisée, canalisée.

Nous affectionnons particulièrement les coups de couteaux donnés dans certains passages, quand le son s’arrête net pour que tout reparte une seconde plus tard. La majorité des morceaux s’arrête sans prévenir, ça participe à ce sentiment de s’être pris un mur en pleine face !

J’ai également poussé un peu plus loin le principe de jongler entre différents styles de chants selon les morceaux et les passages. Le growl, un chant black grave ou criard, … Chaque passage peut ainsi avoir sa propre identité et on évite de tomber dans le piège de la simple répétition.

L’arrivée d’Anfauglith à la batterie a bien entendu été déterminante : une alchimie parfaite entre nous et un jeu de batterie aussi net que brutal. Il a apporté un soin tout particulier à l’enregistrement et au mixage de la batterie et a mis un point d’honneur à ce qu’elle soit le plus naturel possible. Le côté « old school » de la musique du groupe vient en grande partie de là au final.

9- Les gens aiment bien mettre des étiquettes sur des noms et tout ça (même si c’est chiant et que souvent, c’est plus complexe qu’il n’y paraît).

a) Du coup, voici la fameuse question vache : vers quel(s) pan(s) de la scène musicale vous pensez-vous êtes plus rattachés ?

La scène underground qui englobe le death, le black et le thrash, tout simplement.

b) Quelque part, dans l’urgence de votre musique, n’y a-t-il pas un coté punk, qui apporte ce petit plus ?

Eh bien pas du tout ! C’est juste la course à l’extrême !

10- Ce qui est aussi intéressant, c’est que vous allez au-delà de la musique, en travaillant outre le son, les visuels sont importants et renvoient eux aussi à cette fameuse période et à cet état d’esprit.

a) Est-ce un élément essentiel pour vous ?

Bien évidemment, c’est l’identité du groupe qui est en jeu. Notre comportement sur scène, notre allure, notre imagerie, c’est aussi important que la musique, c’est certain.

b) Et qui est derrière le travail visuel ?

Simon, alias KingLizard, est la personne qui se charge de nos artworks depuis Dawn of War. Je lui donne toujours un maximum d’informations par rapport à mon projet, j’essaie de dessiner un « croquis » ou même trouver des photos qui représentent exactement ce que je veux et il parvient toujours à nous satisfaire, tout en gardant son style bien entendu. Ca le fait vraiment sortir de sa zone de confort puisqu’il n’avait pas l’habitude de dessiner des choses aussi sombres. Avec le recul et en écoutant notre musique, je pense qu’il arrive de mieux en mieux à visualiser notre univers. Et je vais bientôt commencer à lui parler de la pochette du prochain album !

11- Avec tout ça, on comprend bien que vous êtes à l’écart des groupes actuels et que c’est assumé. Dans le monde d’avant, est-ce que cela vous permettait de tourner avec des groupes très différents (mais cultivant ce même état d’esprit), en espérant que ça revienne rapidement quand même ?

D’après ce que les « anciens » du public nous disent, on aurait effectivement pu avoir notre place à une autre époque haha !

Mais bon, je pense que l’esprit est toujours là, il suffit juste de savoir où chercher et où assister à des concerts, tout simplement.

12- On vous a déjà dis que ça faisait très brésilien votre nom (alors que, bordel, vous êtes de Reims) ? Fierté ou alors, je dois prendre rapidement mes médicaments ?

Franchement, aucune idée !

13- A coté de Conquerors, que faites vous ? Avez-vous des métiers liés à la musique ou bien au contraire, des métiers improbables ?

Nous sommes juriste, manipulateur en électroradiologie médicale et technicien itinérant expert en instrumentation d’automatisme.

14- En mettant de coté le contexte actuel, est-ce facile de pouvoir concilier Conquerors et vos métiers ?

Aucun problème : boulot en semaine, répèt’ et concert le week end !

15- Quels sont vos goûts musicaux (car oui, on peut avoir des goûts différents qui nourrissent la bête), littéraires et cinématographiques (des surprises (mais pas un truc genre Oui-Oui va à la montagne)?) ? Influencent-ils votre musique (même indirectement) ?

La fantasy, pour notre imagerie, et la science-fiction, pour l’esprit des paroles et des morceaux, ont bien évidemment une influence particulière ! Je pense qu’on peut parler d’un enfant bâtard entre le Seigneur des Anneaux et l’univers de Warhammer 40.000.

16- La question groupe (ça fait hyper longtemps que je ne l’ai pas faite elle) :

a) Quels groupes recommanderiez-vous ?

Plein de groupes… Mais je pense qu’il est toujours bon de maîtriser les fondamentaux, savoir d’où l’on vient !

b) Quels groupes vous apportent des difficultés d’accroche à ce qu’ils font ?

En général, il s’agit de groupe qui proposent des styles que je n’apprécie pas, donc je vais éviter de tirer sur l’ambulance.

c) Quels groupes sont un mystère insondables pour vous ?

Conquerors.

19- En tenant compte du contexte, quels sont les projets à venir (putain, vivement le retour des concerts) ?

Sortir un nouvel album l’année prochaine !

20- Merci à vous d’avoir pris le temps de vous poser sur le pavé. C’est à vous de conclure comme vous le souhaitez !

Merci à toi pour tes chroniques et ton boulot !

Conquerors

© Margoth PDF

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