

MARGOTH 5
PDF5
Workhorse empire
Wire Edge
Autoproduction
15 novembre 2020 à 10:32:57
Dématérialisé
2020
10 titres Durée : 1H06’36’ ’
Une petite vidéo:
Quatuor parisien formé en 2014, Wire Edge a sorti son premier album cet été, quelque part dans un riant mois de juillet. Défini comme jouant du cold metal, ce groupe m’est donc totalement inconnu et brasse diverses influences, raclant large et venant plus des années 90. Pour me faire une idée, j’eusse été voir un clip du groupe. Donc vint le moment de la première écoute, de cet objet qui est loin de ce que j’écoute habituellement. Petite parenthèse : suite à un bug de transfert, l’ordre des titres que j’avais était différent de celui qu’il est réellement. Cela ne change pas l’avis, juste que le repère des titres est différent (et donc, vive Bandcamp pour la chronique), me forçant à une gymnastique cérébrale.
Bon, déjà, les amateurs de parties batterie bien carrées, structurées, vont peut-être tiquer sur le fait qu’ici, on est dans des structures déconstruites, où la structure n’est pas vraiment l’essentiel (qui est bien ailleurs) mais pas non plus non musical. Gardez ça en tête, dans un coin.
Wire edge propose quelque chose de complexe et de dense. D’ailleurs, aucuns des titres ne descend sous les 5’30’’, permettant au groupe d’exploiter pleinement des idées et des éléments qui affinent l’univers musical du groupe. Alors oui, il y a clairement un coté progressif (ce qui explique en partie cette histoire de déconstruction des parties batterie). Et il y a clairement un coté froid qui survole l’album, évoquant la cold wave (rejoignant un autre groupe (avant cette année et la version plus structurée du site), qui avait aussi ce coté cold wave aussi), que l’on retrouve à la fois dans la musique et le chant (mais on y reviendra).
‘End of the road’ ouvre l’album, amenant d’entrée de jeu des rythmiques changeantes et surtout une sorte de dialogue qui sera fait entre les deux guitares, en complément de ces fameuses structures. Et les amateurs de rapidité devront l’accepter : ici, point de passages rapides. Bien au contraire, tout est posé, étudié, métabolisé dans la musique (ce qui n’empêchera pas quelques moments plus rapides ici et là dans l’album). Car le groupe maîtrise bien le domaine des rythmes et du mystères des structures alambiquées. Et des dualités qui s’avère complémentaires, le groupe abordant des contrastes dans son album qui s’avèrent importants. Le titre nous brosse un univers particulier, avec ce coté froid mais, paradoxalement, il y a un coté chaleureux (oui, c’est étrange dit comme ça).
‘Coat of lies’ confirme ce que le premier titre nous a amené : c’est riche au niveau des structures et des rythmes, offrant un large panel qui nous ouvre une richesse musicale. Alors, au vu des influences, ce n’est pas évident que tout le monde accroche car mine de rien, il y a une part inconsciente nous venant de notre culture musicale personnelle et de nos goûts et aussi du coté émotionnel, que le groupe va franchement éclater parfois, jouant sur un aspect plus abscons, propre à chacun. Et pourtant, il s’avère que le groupe peut toucher beaucoup de monde, si on accepte de faire plusieurs écoutes (car en une seule, il n’est pas possible de saisir les nombreuses subtilités que le groupe offre (que ce soit au niveau des rythmiques ou des structures).
Il y a un rythme assez pépère dans l’ensemble, asseyant un coté certes froid, mais sur de lui et affirmé. On est vraiment face à des titres qui sont travaillés, à la recherche du détail et d’une cohérence musicale. Mais si on s’habitue bien à ce rythme, le groupe va nous éviter l’ennui en offrant de soudaines fulgurances, souvent brèves, ici et là, aussi bien en transition de partie de morceau ou dans un refrain, en plus d’avoir un sens de la mélodie qui fait mouche (et toujours avec ce coté qui touche à l’émotionnel, du fait des tonalités). Et cultive donc un contraste entre un coté froid et un autre plus chaleureux et plus enjoué, retrouvant des atmosphères très contrastées dans les morceaux mais qui, justement, fonctionne. On est vraiment dans un milieu où contrastes et dualités sont un élément moteur (associé au dialogue des guitares).
Il y a parfois des moments plus lourds, appuyant le coté froid et presque titre qu’il peut y avoir, une certaine part sombre et mélancolique. Mais qui ne plombent pas l’ambiance malgré tout, étant contrebalancé par des moments dégageant un éther plus positif, que ce soit par le jeu des guitares ou une petite mélodie brève et un jeu de rythmiques, offrant parfois des instants épiques, pourtant emprunt de nostalgie (‘Workhorse’). Et des titres vont même t’offrir l’envie furieuse de suivre le rythme avec ton pied, découvrant un coté entraînant efficace.
L’album, malgré sa longueur (alors oui, j’ai plus l’habitude d’album courts, voir très courts, dans le genre entre 10 (voire moins, coucou Final Exit !) et 20 minutes, expéditifs), n’impose pas le moindre ennui et nous offre même de purs morceaux de bravoure, avec des titres pouvant devenir catchy. Tu veux un exemple ? Facile : ‘Comedian’. On y retrouve l’essentiel de ce qui fait l’essence du groupe. Et celui-ci cultive vraiment ce coté positif et chaleureux qui peut ressortir, en contraste avec une tonalité de fond qui plus froide. Et qui donne un titre où l’on retrouve vraiment cet aspect émotionnel, avec un refrain entraînant, contrastant avec le reste, plus posé. L’essence du groupe y est vraiment, plus concentrée, donnant ce coté attractif immédiat, étant aussi leur titre le plus court.
Car les titres qui sont plus longs vont vraiment exploiter l’univers du groupe, et même te faire carrément remuer la tête, avec des rythmiques plus intenses, où le coté metal ressort vraiment (‘Plans within plans’), tout en gardant cette idée des contrastes, que ce soit les rythmes ou les ambiances. D’autres titres, comme ‘Empire’ (avec la même charge que ‘Comedian’), enfonce le clou, très nettement, appuyant, selon, plus ou moins sur certains aspects qui sont alors plus exploiter. Et bien sûr, tout cela, depuis le début, dans l’idée de la déconstruction tout en gardant la musicalité, indéniable.
Je n’ai pas évoqué encore le travail sur les ambiances du groupes. Celles-ci sont un des mécanismes utilisés, avec des sons subtils et usés de manière parcimonieuse mais distillés parcimonieusement et de façons vraiment subtiles, la musique restant la clé de voûte. Ces ambiances assoient bien le coté froid (mais restant humain) et cette mélancolie pas si négative. Mais tout ça, là, depuis le début, seul, ça ne fonctionnerait peut-être pas si il n’y avait pas le chant. Et là, on a une pièce essentielle de la réussite du tout.
Le chant est caractéristique. Il évoque sans la moindre ambiguïté la cold wave mais collant pleinement à la musique que le groupe a créé. Le chant est atone, mais sachant néanmoins offrir des aspérités et des variations (mais restant dans un esprit là aussi posé), évitant très clairement un chant linéaire et chiant. Dit comme ça, ce n’est pas évident mais à l’écoute c’est très net. Il y a un vrai travail avec le chant, faisant partie intégrante du tout, permettant à l’album d’avoir cet impact qui s’étire sur sa totalité. Il y a donc ce coté froid, venant du registre musical. Mais celui-ci est compensé par la voix, qui a un coté chaleureux très subtil et un coté un peu rocailleux, avec cette voix assez grave mais sans laquelle je ne pense pas que l’album fonctionnerait pareil. Le chant nous embarque rapidement avec lui, servant cette fois de guide dans leur univers, accompagné par la musique (qui habituellement à plus le rôle de guide dans des albums denses).
Le son est aussi un des atout du groupe. Au-delà du fait du mixage ou de la production (excellente), il y a un travail sur le coté froid et ce contraste avec le chaleureux, dégageant un coté positif que l’on ne voit pas venir. Le son appuie sert d’appui à des mécanismes structurels (et là, il faut écouter pour comprendre, c’est assez abstrait dit comme ça). Il y a un coté carré mais qui laisse la part belle à une émotion pour mieux toucher l’auditeur.
Wire Edge, que je ne connaissais pas avant qu’il me contacte, fait partie des groupes qui me font mentir. Car on est loin de mes goûts mais ce qu’il propose est néanmoins puissant, que ce soit dans certains passages de titres (au hasard ‘flies above us’) ou dans le coté émotionnel. Le groupe va clairement sur des terres peu fréquentées. Alors oui, il faudra plusieurs écoutes, pour découvrir pleinement l’album, fort dense, mais qui valent vraiment le détour, surtout si vous êtes ouverts à d’autres registres et à la découverte de groupes différents. Wire Edge risque de vous mettre sur le cul !