

MARGOTH 5
PDF5
Vomir à outrance
Woest
Source Atone records
7 avril 2026 à 15:27:47
CD
2025
9 titres (plus un caché) pour 51'19''
Une petite vidéo:
Woest est un groupe marseillais de 4 gaillards tout ce qu'il y a de plus fréquentables (il y a deux ex Filthy charity, c'est gage de mecs cools), proposant un black indus mâtiné de doom, qui nous offre ici leur second opus (après 'le gouffre' en 2019).
En 2019, j'avais fait une courte chronique de leur premier méfait, dont à l'époque je n'étais pas vraiment rentré dans l'album, que je trouvais quand même bien foutu. 6 ans plus tard (une petite éternité et un flots d'évènements ont passé) et voici leur nouvel album.
J'avais vu passer l'info que je trouvais cool et voici que j'ai l'album. Comme j'en suis venu à apprécier les étrangetés et les projets les plus fous, barrés et / ou malsains, autant dire que j'étais plutôt du genre un sourire collé à la gueule. Puis j'ai écouté l'album...
Après une intro dérangeante, assez malsaine, appuyant directement l'aspect industriel (je parle d'un indus sale, froid, malsain, déshumanisé), l'album part sur le titre 'Dyonisiaque' qui pose les bases d'un black industriel violent, sombre et malsain où des circonvolutions doom (pareil, un doom malsain, plutôt méchant) se joignent à la base déjà assez peu guillerette. Le groupe nous propose tout simplement de plonger dans la folie et les méandres de l'esprit humain le plus dégradé, semblant tracé l'esquisse d'un fil rouge qui se retrouve sur chaque titre, chacun explorant une facette particulière, visant l'écœurement pour les personnes les moins averties. Le titre offre aussi un passage narré, jouant sur la trame que l'individu s'adresse à nous. Et c'est cette mise en abime directe, sans prévenir, qui livre le premier choc (la narration va revenir dans certains titres, aussi bien de manière classique que détournée).
L'album va égrainer ce qui pourrait être des formes d'atrocités, issues d'un cerveau, au mieux, malade (au pire à l'agonie). Il va suivre une étrange trame où il va y avoir un déploiement musical étonnant, captivant, du fait de la construction des titres et de l'appui sur les éléments musicaux le constituant, jouant parfois à pervertir la sacré en lui offrant une approche liturgique malsaine, désacralisant le sens même du sacré ('Sous-sol' offre un passage particulier), jouant avec les codes du black. On y retrouve des éléments purement black (qui, justement, joue sur la parodie de la musique sacrée), offrant des variations et des visions différentes, jouant sur la fulgurance où l'indus s'immisce, froid, déshumanisé et apporte un système rythmique qui jongle entre les éléments purement indus et un système plus complexe venant du black. D'autant que l'aspect indus peut être assez minimaliste, offrant un furieux contraste avec le black, plus riche (mais tout aussi malsain) et amenant une sorte de stratification (c'est assez ambigu) entre les genres, selon les titres.
Les titres offrent d'ailleurs des visages différents et variés, y compris dans leur développement, le doom s'y exprimant alors, à travers des lourdeurs poisseuses, poussant plus loin le malaise qui peut s'exhaler de l'album. C'est aussi un moyen de s'enfoncer plus profondément dans la noirceur, dans la décrépitude de l'esprit, exhalant un étrange parfum rance, autour de la création d'atmosphères sombres, se basant sur ce mélange savant entre le black indus et le doom.
On retrouve alors des rythmiques variées, aussi bien martiales que très synthétiques, avec une basse bien présente, offrant une sorte de groove décalé, que l'on attend pas d'un groupe comme Woest. Le black indus qui se dessine est très différent de ce que tu peux avoir l'habitude d'écouter (si tu aimes Mysticum, tu auras quelque chose de très différent). Car Woest construit des moments qui sortent des sentiers battus, prolongeant le cauchemar au-delà des limites et esquissant plus les contours de ce qui tiendrait plus d'une entité.
Les rythmiques pouvant être aussi bien typées black ou doom qu'avoir un côté électro radical, genre une techno sous acides, installant parfois un étrange côté dansant, qui contraste avec le reste, faisant un nouveau lien la folie mais aussi appuyant de nouveau, sous un autre angle, l'aspect malsain et sombre. C'est ingénieux car, mine de rien, on a sur des éléments parfois minimalistes qui contrastent, une richesse et une densité qui ne dit pas son nom, sans que ce soit rébarbatif ou rebutant.
Chaque titre nous enfonce plus loin dans le cauchemar addictif, nous emmenant aux confins des genres et redéfinissant en partie les codes que le groupe va démonter et les restructurer à son avantages et selon sa vision. Et c'est là qu'il y a un deuxième effet qui pointe son nez, au milieu de la violence, du malsain et du dégout: une forme de poésie. Alors, une poésie sombre, torturée, malsaine mais de la poésie quand même (selon Woest). Et c'est là que certains passages plus mélodiques, les parties plus narratives, la variabilité du chant ou même certaines structures plus célestes prennent sens. Woest nous offre une vision poétique décadente de la dégradation d'un esprit humain ou d'un moins, de la vision d'une société décatie, à l'agonie.
Puisant dans chaque genre ce qu'il y a de plus dérangeant et malsain (usant pour cela de sonorités, de tonalités, de contretemps ou d'altérations diverses, en plus de samples qui enfoncent le clou), le groupe va plus loin que sur 'Le gouffre' car cette fois, on explore les abysses et les méandres les plus dérangés. Et c'est d'autant plus marquant que le groupe offre un chant en français (ce qui n'est pas pour me déplaire, car je comprends sans trop efforts), qui plus est avec des textes réfléchis et assez pertinent, cultivant une logique et une cohérence avec la musique et l'univers que Woest nous dépeint.
Le chant en français est complètement fou. On navigue entre chant black, assez plaintif, accompagnés de chœurs évoquant l'enfer (l'album serait-il une sorte d'adaptation de l'enfer de Dante?), une narration et un chant plus posé parfois, adoptant un timbre plus clair, mettant en exergue certains éléments de textes ou des passages musicaux particuliers (quelques samples existent ici et là, ajoutant une dose d'analyse en plus, sous l'angle de la folie et de l'autodestruction, tapant dans la philosophie, comme des éléments de textes mis en avant par moments). Le chant n'est pas nécessairement dans la rapidité, prenant parfois le temps de se mettre en place, avec un côté malsain omniprésent, ajoutant son empreinte au cauchemar.
Le son est excellent. Il a un grain particulier, jouant sur l'aspect black industriel et le doom, avec une mise en avant de l'aspect froid, synthétique où la déshumanisation prend sens, au milieu des samples et des constructions parfois complexes de l'album. Les guitares ont des tonalités différentes, qui varient selon les angles d'approches, gardant une cohérence avec l'ensemble et le concept qui se dessine derrière. La basse est bien présente, offrant deux visages différents, jouant sur la trame black indus et doom, laissant un certain groove apparaître parfois. Une BAR permet d'amener les éléments de percussions, jouant sur différentes facettes musicales, allant effleurer les limites des genres. Le chant est bien audible, même dans les phases les plus floues où la folie se superpose au malsain du black indus.
Woest livre un album qui est jouissif dans le genre. Alors oui, il n'est pas accessible à tout le monde, étant très sombre et plutôt malsain, suintant un malaise particulier. Mais il n'en demeure pas moins d'une efficacité redoutable et est très immersif. A découvrir!