

MARGOTH 5
PDF5
Until the last breath
Primal Age
WTF records
24 août 2025 à 13:53:31
CD
2025
10 titres pour 33'03''
Une petite vidéo:
Primal Age est un groupe normand de metal hardcore que l'on ne présente plus, actif depuis 1993 et qui nous est revenu avec un nouvel album en cette faste année 2025.
Bon, je ne ferai pas de mystère. On ne change aps une recette qui fonctionne. Après une intro concise permettant de poser un contraste et le sujet de l'album, ce dernier démarre à fond, sans faire de concessions. C'est très direct, mettant en exergue les deux aspects plus marqués que jamais. Primal Age maitrise clairement son sujet et le montre. Et cela, en offrant un voyage à travers les différentes facettes que les deux styles constituants sa musique offrent.
Je pourrais dissocier les deux aspects mais cela serait absurde, étant complètement imbriqués l'un dans l'autre. Les deux styles sont en effet complémentaires et pouvant jouer des oppositions, en posant leurs caractéristiques propres dans les compositions. Amenant un côté très contrasté parfois, notamment dans le jeux des structures et de certaines rythmiques (rythmiques souvent marquées ou soutenues), permettant de pouvoir renvoyer plus de puissance aux oreilles.
Le rythme est généralement rapide mais Primal Age sait y faire pour bien nous amener des moments soudaines plus lents ou lourds, jouant avec les codes du metal en glissant de redoutables ralentissements portant une lourdeur très nettes, induisant un aspect plus sombre à l'atmosphère que développe l'album depuis l'intro de celui-ci. Les codes inhérents au metal apporte aussi un jeu sur la stratification de la musique, qui va glisser souvent vers le hardcore de manière fluide, bien qu'ici et là, des éléments plus sombres coexistent, ici une fulgurances qui évoque le death (on est vraiment sur quelque chose de très bref, de l'ordre de quelques secondes, apportant un impact plus net) ou du thrash hardcore.
L'aspect metal permet d'avoir des riffs vraiment incisifs, tournant pas mal autour du death ou du thrash hardcore, laissant ici et là des moments où ce serait plus heavy thrash, toujours dans cette idée de la concision, pour un effet maximal de dépotage. Primal Age ne laisse pas les limites le bloquer, loin de là. Et sait aussi poser parfois un moment de répit ('Madness'), glissant à la fois un moment posé et quelque chose de poétique, plus fin, comme une plage de sérénité. Mais aussi une transition dans l'album (j'y reviens plus loin).
L'autre aspect qui découle du hardcore est plus frontal, forcément. On aura un hardcore qui va regarder vers le beat down et offrir des breaks intenses à te décrocher les cervicales, le hardcore ici étant celui qui ne fait pas de concessions. Les rythmiques plus marquées, bien typées, viennent apporter une autre densité et poser une sorte de regard différent, sentant le hardcore brutal, avec le but d'être la suite logique de l'aspect plus metal qui s'y mêle. Certains passages typés hardcore vont assez loin, flirtant avec des formes plus extrêmes du hardcore. Le groupe est clairement en maitrise des genres et de sa musique. Ce n'est pas évident à expliquer mais à l'écoute, c'est indéniablement ce qui se passe. Le groupe offrant des passages où les mélanges des deux genres œuvrant pour des moments très intenses, où les limites deviennent floues.
La musique se veut à la fois sombre et cathartique, le mélange des deux axes n'étant pas omniprésent mais plus différencié. Cela passe par une différence légère de tonalité et de construction avant et après 'Madness'. Il y a une vraie réflexion posée derrière la musique et Primal Age l'utilise comme moyen d'expression percutant. L'album ne laissant pas de temps mort, même 'Madness' faisant sens dans la cohésion de celui-ci.
Au-delà de la musique, l'album est un cri de rage et aussi un acte de résistance. Celui-ci semble dessiner deux parties différentes, la première étant peut-être plus sombre, mettant le doigt sur certains points critique de notre société alors que la seconde, après la pose qu'offre 'Madness' se voit plus cathartique, comme une marche en avant avec de la résilience. C'est là que la musique prend sens avec cette approche efficace et logique, allant de fait faire un bond en avant au groupe et aussi de marquer les esprits d'une manière nette et sans fioriture. L'album suit ainsi une progression et une avancée, nous emmenant là où Primal Age veut nous amener. Je développerai cet aspect sur l'interview à venir, le groupe ayant des thèmes forts et surtout un sens inné de la composition, aussi bien de la musique que des paroles. Mais aussi parce que je n'ai pas les textes à disposition et mon anglais à la volée est plutôt pathétique (plus simple à lire pour moi).
'Madness' est une sorte de transition entre les deux parties de l'album mais aps dans le sens auquel on s'attend. C'est plus singulier, mettant les deux parties, par le côté posé, en exergue et contraste tout en glissant l'élément de la cohérence à notre attention (cohérence présente de bout en bout mais mise en valeur par ce titre).
Le chant de Didier est toujours ancré dans le hardcore mais il semble glisser quelque chose qui regarde vers le thrash hardcore parfois (voire même certains passages flirtant avec le death), lui permettant d'explorer d'autres facettes et d'offrir une exploration de ses possibilités. En plus d'enfoncer l'aspect intense et sans concession de l'album. Un petit tour de force à souligner. Les chœurs hardcore sont pertinents, présents au bon moments et parfois glissent vers autre chose, de plus sombre.
Le son est massif, très puissant, s'appuyant vraiment sur les codes du hardcore et du metal. Les tonalités sont plus sombres, avec des renvois vers le death ici et là alors que l'aspect sonore du hardcore, dans des riffs ou des sonorités plus typiques évoqueraient un étrange beat down sous acides (oui, clairement plusieurs acides). Le son offre à la fois une cohérence et une structuration qui rejoint la stratification, comme une sorte de hiérarchie, que l'on retrouve chez Prima Age. Cela ouvre différents niveaux d'écoutes de la musique mais renvoie à cette idée de s'absoudre des limites des genres. Les instruments sont bien audibles, la tonalité de la musique permettant à la basse d'avoir un positionnement plus exotique, comme une autre guitare mais liée à la batterie. Batterie au passage qui laisse chaque élément clairement audible. Le chant est à l'équilibre, audible (dommage pour mon niveau d'anglais) avec des chœurs placés légèrement en retrait, jouant sur l'idée de quelque chose de plus sombre.
Primal Age, malgré ses plus de 30 ans, est toujours là, plus efficace que jamais. La preuve n'est ni plus ni moins que cet album qui est un véritable brûlot, une leçon de violence de trente minutes, indispensable à tout fan du groupe ou du hardcore en général.