

MARGOTH 5
PDF5
True brutal black jazz
Etienne Pelosoff
Autoproduction
11 octobre 2020 à 08:35:21
Dématérialisé
2018
6 titres Durée : 27 ’54’’
Une petite vidéo:
Avec ce projet, du nom de son géniteur, un homme passionné par deux styles musicaux, à priori sans vraiment de rapport (on en parlera plus longuement via une interview d’ici quelque temps) : le black brutal et le jazz. Alors oui, on fait habituellement plus facilement un lien entre le black et la musique classique. Mais ici, non . C’est si prévisible…
De prime abord, sur le papier, le délire semble quelque peu impossible. Ayant découvert ça par hasard, l’écoute m’a juste bluffé. Car si ce mélange est complètement pété, il faut bien l’avouer que ça marche à fond, car Etienne a une vision très nette de ce qu’il veut. Ne voyez pas un délire pour le fun ici : on a vraiment une grosse entité musicale foutrement cohérente, très accrocheuse et qui va vous menez aux confins de sphères musicales et émotionnelles.
Il faut décortiquer la chose, foutrement dense, les deux styles étant chacun des entités riches (que ce soit musicalement ou culturellement) mais sans trop m’attarder sur chacun. Je vais commencer par le black metal. Juste que c’est un style qui m’est plus habituel.
Ici, Etienne nous propose un black brutal, sans concession, développant un coté presque schizophrène, très agressif mais loin d’être basique et bas du front. Structurellement, on est sur un black très rapide, qui envoie le bois, le charbon, l’essence et le briquet avec. Les rythmiques liées au style sont hyper efficaces, associé à un mur de guitares très agressif mais qui colle complètement à l’idée d’un black brutal. On retrouve un chant typique, avec une voix assez particulière néanmoins, plutôt écorchée, qui se détache des habitudes du genre. Forcément, on retrouve de breaks étonnants, du fait de l’autre style qui est littéralement imbriqué avec le black.
Le jazz n’est pas un style que je connais beaucoup, bien que je fut baigner dans ma jeunesse par la chance d’avoir des parents avec des disques variés, dont certains restent gravés dans ma mémoire et venant surtout du coté de ma mère, qui a fait preuve d’une solide ouverture d’esprit (parce que l’on se partageait la même chaîne et que passer d’un disque de Mike Brant (sa jeunesse) à du goregrind ne la dérangeait pas du tout, pour elle la musique restant de la musique). Notamment du jazz, avec Sydney Bechet, Miles Davis ou encore Louis Amstrong ou le français Claude Nougaro. Alors oui, on reconnaît des éléments propre au style, qu’Etienne maîtrise pleinement, en plus de connaître cet univers musical. Après, la différence entre free jazz, acid jazz… demandez à Etienne. Bon voilà pour la partie facile de la chronique.
Parce que le bougre, comme je le dis depuis le début, mélange les deux styles, totalement imbriqués l’un dans l’autre. Il est très habituelle d’avoir un break jazz après une phase black metal très agressive ou du jazz qui glisse naturellement vers le black sans concession que nous propose Etienne. C’est totalement improbable mais pourtant ça fonctionne complètement.
Si les deux styles cohabitent si facilement, c’est aussi qu’il y a un sacré travail sur des ambiances et surtout sur le ressenti émotionnel, usant de codes du jazz très spécifiques mais assez usuels (si on a déjà entendu du jazz bien évidemment…), auxquels il est ajouté d’autres subtilités, aussi bien musicales que vocales (notamment une voix féminine claire, en solo ou sous forme de chœurs). Les deux chants peuvent même faire une dualité, opposé dans leur nature mais visant le même but.
Il y règne ainsi des passages pouvant être malsains, sombre, engendré par le black mais qui trouve une mise en abîme et en valeur, paradoxalement, par le biais de moments de jazz franchement oniriques. C’est extrêmement ambitieux et compliqué à expliquer si on n’écoute pas cet ovni.
Il y a ainsi des plages de pures poésie de jazz qui se déploient au milieu d’une furie black sans concession, qui vont converger par une transition vers une agressivité à la forme inhabituelle (écoutez donc ‘See-line Satan’, proposant sur une ligne de saxo des blasts, après un passage à des milliards d’années lumière du black). Quand d’autres proposent ni plus ni moins la fusion ultime des deux styles, qui vont de lever les poils du corps (‘Soul power’). Et qui peuvent ainsi proposer une variation du jazz. Voir même un improbable hip hop jazzy par un jeu de rythmiques (mention spéciale à la batteuse Amélie Gerbet, offrant un spectre musicale large et qui prouve que les deux styles sont exigeants).
Le son est juste parfait, rendant hommage aux deux styles, chaque instrument étant audible, dont la basse (que tient Etienne), apportant une profondeur bienvenue et surtout prouvant que les deux styles, exigeants et techniques, peuvent clairement se rencontrer et œuvrer pour quelque chose d’étonnant. Et se faire prendre au piège de ce qui paraît être un délire sur le papier est foutrement logique, le gars nous emmenant vers des sphères inhabituelles qui valent le détour. Alors oui, il faut sûrement un minimum d’ouverture d’esprit ou juste vous forcer un poil, parce que ça vaut nettement la découverte !