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To another sun

The great procession

Autoproduction

5 septembre 2026 à 17:27:30

Dématérialisé

2025

10 titres pour 43'36''

Une petite vidéo:

The great procession est un groupe nantais assez mystérieux, formé à minima entre 2021 et 2022, avec à leur actif un album en 2022 ('the great procession') et qui est revenu en 2025 avec un nouvel album. Oui, un des albums en retard, en ce qui me concerne. Et il vaut clairement mieux tard que jamais dans ce cas. Le groupe propose un post metal efficace, pour simplifier à mort (et qui me frustre un peu, je te dis pourquoi à la fin).

Le groupe nous balance sans prévenir un poste metal donc, avec un son caractéristique, se construisant sur un côté raw et abrasif et des contrastes plus lumineux. Dès 'Where the sun forgot to rise', le groupe pose à la fois les bases (du moins en partie) de son approche et d'un univers qui a la faculté, quand on lit les titres, que l'on écoute la musique, de sembler nous plonger dans une science-fiction sombre (alors que c'est bien plus profond que ça, j'y reviens plus loin). C'est à la fois sombre, traversé par des luminescence, brut, violent et chargé d'émotions et possédant un indéniable sens de la mélodie. On retrouve les codes d'un post metal agressif, portant en lui des éléments plus étranges ou étonnants, dont, ce qui revient assez, du post hardcore (cohérent avec l'aspect post metal et l'univers du groupe - qui est loin de ce que je croyais, tu comprendras plus loin). Et au fur et à mesure des titres, le groupe va allez plus profondément, s'absoudre de certains codes et proposer une vision juste jouissive (d'autant que je n'avais pas le véritable sujet jusqu'à ce que je percute sur un titre en particulier). Avant d'éplucher ça, je vais plus me focaliser sur la musique en elle-même.

Donc, à ce post metal teinté de post hardcore (et dans les deux cas, pas dans la lignée des plus agressif, très sombre), les titres révèlent des codes ou des éléments musicaux que l'on attend pas, nous enfonçant plus loin dans les abysses et les méandres de leur univers (où j'étais persuadé d'un univers SF hardcore, introduisant des niveaux de compréhensions différents). Et certains traits apparaissent alors, revenant ensuite dans les structures, étant déjà chaotique de base et marquent une vision plus profonde et l'envie de proposer clairement quelque chose de différent. On retrouve ainsi des éléments indus, par un clavier, posant des atmosphères spatiales ou des ambiances sombres, presque délétères, tissant une trame de plus en plus singulière, qui s'immisce jusque dans le chant parfois.

Le groupe commence à déliter les codes musicaux au fur et mesure des titres, tout en gardant l'essence du genre. Il va ainsi amener des aspects parfois cinématographique (et toujours ce ressenti spatial, cette idée de voyage dans un cadre SF), ajoutant des étrangetés jusqu'au moment où il est clair que de la noise se planque dans l'ensemble, ajoutant son chaos et sa dissonance au sein de la musique, déjà torturée et sombre. Celle-ci se complexifie, devenant de plus en plus dense en même temps que des codes s'estompent ou apparaissent, nous emmenant aux confins de genres différents (et rejoignant cette putain d'idée de voyage spatial dans un cadre SF - les titres, les éléments musicaux, des altérations, des constructions vont dans ce foutu sens). The great procession dessine quelque chose de résolument profond, dense, réfléchi où la noirceur, le chaos domine mais laissant voir la lumière jaillir parfois de l'obscurité (sur des passages de certains titres, comme ' Madness lethargica', 'The great reboot'), nous menant à une idée (fausse, du moins dans mon cas) mais combien sublime, où la complexité devient un écrin au sein de laquelle le chaos, la noirceur et la réflexion se côtoient.
D'un point de vu rythmique, c'est intense, forcément complexe, jouant sur les thèmes cinématographiques et les aspects noise, en plus des codes post metal, tournés vers l'obscurité. Ca dessine quelque chose, jouant entre la brutalité et la finesse, usant de manière habile des contrastes et engendrant ce que l'on écoute, une sorte d'entité musicale presque improbable et crée une certitude absolue. Jusqu'au moment où 'Odeur de vie', le titre le plus singulier arrive.

Aux premières écoutes, le titre dessine un interlude en français, où les paroles, en les écoutant à la volée, sans trop y prêter d'attention, amène un changement discret, en faisant une sorte de charnière au sein de l'album, qui continue ensuite. Et c'est là qu'est la clé. Car si on écoute attentivement les paroles, tout l'album, tout le foutu album, prend un autre sens. Fini la SF, on est en réalité, depuis le début, sur quelque chose de philosophique, de psychologique et de symbolique. Car la trame du voyage spatial sert d'écrin en réalité à des thèmes puissants, parlant d'humanité, d'introspection ou de peur. La notion du voyage spatial sous forme SF n'étant qu'un niveau de compréhension, pour mieux nous amener, de manière subtile, face à la réalité de l'album. Et qui explique grandement, en plus de la vision artistique, les éléments présent au sein de la musique, cette structuration parfois complexe et cette singularité qui s'exhale de la musique. 'Odeur de vie' m'a dressé les poils, quand j'ai vraiment écouté le titre, du fait de la charge émotionnelle et symbolique, à travers les paroles (frôlant la poésie) et de l'aspect mélodique qui s'altère progressivement.
Et c'est vraiment là, que j'ai pris une claque, une vraie. Les premières écoutes, pourtant puissantes, n'étaient que des tapes sur la joue, tant que tu n'as pas saisis la véritable nature de l'album. Et c'est là que tu peux dire 'Bordel'.

Le chant se partage entre chant clair (surtout sur 'odeur de vie') et chant saturé (post metal / post hardcore), souvent en anglais (quelques moments où du français apparait, en dehors du titre 'Odeur de vie'), amenant divers aspects dans le chant mais aussi à travers les émotions véhiculées, notamment via des moments où le chant peut osciller en post et noise. Quelques chœurs parsème l'album, sublimant le tout. C'est foutrement réfléchi, sans le moindre doute.
Le son est excellent. Massif, volontairement intense, il oscille entre un aspect sombre (un côté abrasif des guitares, presque raw) et des luminescences, jouant sur les contrastes que l'on retrouve dans la musique. Mais il a aussi des caractéristiques venant de l'indus (par le clavier, certaines phases, des effets) ou de la noise (l'aspect ultra chaotique qui peut jaillir soudainement ou les altérations sonores, les dissonances). Les guitares installent des niveaux sonores différents, par un jeu de tonalité. La basse, bien présente et profonde, les rejoint sur cet aspect, tout en apportant une identité forte en installant un ressenti différent et ouvre un jeu complexe avec la batterie (dont chaque élément est percutant). Le clavier apporte des éléments indus ou cinématographique, pouvant apporter des atmosphères (sublimant parfois des riffs de guitares subtils), nappes plus spatiales ou, au contraires, des choses plus concrètes, plus mécaniques, nous ancrant dans la symbolique. Le chant est à l'équilibre, parfois mis en valeur plus nettement, par nécessité ('odeur de vie'). La cohérence règne au sein du son.

Je découvre The great procession avec un album juste un putain d'album, à la puissance évocatrice impressionnante en même temps que celui-ci offre des niveaux de compréhension différents. L'album est intense, brut et pourtant, déploie clairement un esthétisme singulier. C'est bien foutu, très accrocheur. Et ce qui me frustre du coup? Il n'existe que sous forme dématérialisé, comme son prédécesseur.

© Margoth PDF

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