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The new mask of humanity

Are we lost?

Autoproduction

19 août 2022 à 15:46:08

Dématérialisé

2022

3 titres. Durée: 30'15''

Une petite vidéo:

Are we lost? est un projet né en 2020, penadnt le confinement, qui s'est mué rapidement en une formation de trois musiciens s'appuyant sur les textes de Magali Cantinot (Arkness). Et né ce premier Ep de trois titres, dont, à la durée, vous comprendrez que l'on nage dans des voies progressives. Mais évidemment, c'est un poil plus compliqué (pourquoi faire simple?).

Are we lost? repose sur un concept autour de la désolation du monde, du devoir d'adaptation et d'évolution de l'humanité. Il se décline sous la forme d'un Ep de 3 titres longs (voir fleuve pour le premier), dépeignant 3 points de vue divergents mais interconnectés. Chaque titre va ainsi explorer une facette.
'The fear of extinction' est le plus long titre (déployant ses 12 minutes) permettant au groupe de tisser une trame de base progressive mais qui va s'appuyer sur d'autres éléments. Une des dominantes est l'empreinte des années 70 qui se fait ressentir à travers un clavier revenant régulièrement sur un thème bien précis. Si au début, il y a un coté qui parait plutôt guilleret, le titre prend rapidement une teinte sombre, jouant la carte de la subtilité et du déploiement de savoir faire. Si ce que j'écoute habituellement de sombre est plutôt dans une teneur brutale, ici c'est tout en finesse, n'hésitant pas à poser des moments presque oniriques, par le clavier et des riffs ciselés. Mais avec un ressenti plutôt sombre, où la joie de vivre n'est pas le propos, posant en musique une des peurs de humanité: celle de son extinction.
Le titre offre des structures intéressantes car si certaines sont bien établies, le groupe ne se fixe pas de limites et part explorer des recoins aux étranges altérations temporelles (de par le clavier, l'esprit qui en découle ou même simplement musicalement). Et cela se fait sentir à travers des rythmiques extrêmement variées, n'utilisant pas la facilité dans ce cas, certaines offrant des alternances plus brutes. Il y a aussi parfois des relents venant de sphères plus extrêmes, puisant dans une veine dark, engendrant une cohésion de bout en bout du titre, car s'appuyant sur certains codes essentiels à une cohérence.
La construction du titre joue sur les codes, qu'elle brasse intelligemment, permettant de nous incorporer au titre, nous incluant dans son développement, étant nous aussi concernés par le thème abordé.
Je disais que le titre est sombre et c'est le cas. La tonalité appuie cet aspect, donnant corps à l'idée à la base plus abstraite. Et c'est là que les différents styles se côtoyant prennent sens, allant vers ce même direction. Et cela se retrouve sur le chant, qui offre un panel assez large, allant lui aussi explorer des styles plus sombres.
Ce titre crée aussi des contrastes, qui renforcent le coté sombre et peut-être même anxiogène qui peut exister par instant, tissant un lien entre concept et musique. L'inclusion d'éléments venant des années 70 est aussi très cohérent, cette période ayant eut aussi une peur qui l'habitait et qui se retrouve dans des pans musicaux à travers le titre. Le groupe a trouvé un moyen de personnifier cette peur et de lui donner une existence à travers ce titre.
'Outer minded' (où une entité pensante et extérieure, qui apporterait son aide en
analysant les actes schizophréniques de l'humanité) , du haut de ses 8 minutes, appuie directement ce coté sombre. Le titre est très contrasté, se basant sur ce coté sombre plus dense et l'apport très progressif d'un rock plutôt typé années 70 dans l'esprit. On a deux ambivalences qui fédère le titre, trouvant parfois un terrain d'entente dans un rapprochement dévoilant une autre facette du groupe, en même temps qu'une évocation très spatiale, avec le clavier qui évoque les films des années 50 à 70 (allant de la SF à l'horreur) très typique. Le groupe joue d'ailleurs sur de la distorsion et de l'altération de notes et garde aussi ce contraste très particulier, lié au titre; Le poids du clavier s'avère essentiel dans ce titre, appuyant les moments plus forts, comme un battement. Et cette idée est appuyé par un passage très particulier, s'appuyant sur peu de musique et des paroles accompagnées d'onomatopées, créant un moment hors du temps, renvoyant directement au coté sombre. Et le titre instille clairement cette idée d'entité à travers la musique, la personnifiant à travers les moments où le clavier est présent. On a un contraste musical et un autre, à travers les personnifications de l'entité et de l'humanité. Je trouve ça malin, d'autant que le groupe n'abuse pas des gimmicks et contrôle aussi bien la construction du titre que sa durée, qu'il a volontairement réduite, pour créer un impact et éviter de tomber dans un piège de redondances.
'The new mask of humanity' aborde l'invitation de l'homme a évolué vers une branche singulière. En un peu plus de 9 minutes, le titre est celui qui marque le plus une approche puisant des éléments venant du dark. Que ce soit par les riffs ou certaines rythmiques, comme le chant, qui appuie plus sur cette voie (mais aussi à travers une teinte venant plus du gothic, offrant une lecture plus singulière de l'approche du chant). Les rythmiques sont clairement plus marquées, avec un tempo qui est plus rapide. Si le clavier est toujours présent, il est plus discret, amenant plus des ambiances ou cette évocation SF, à travers des tonalités qui rappelle parfois le thérémine (et qui ont une force d'évocation très puissante). Si le titre est clairement sombre, il n'en demeure pas moins qu'il amène par la suite, après un passage flottant (comme pour mettre en vie une hésitation), quelque chose de plus positif. On le ressent à travers la construction qui va de l'avant, voulant nous pousser avec elle vers autre chose. Mais gardant sous le coude une dernière carte sombre, en dévoilant dans un final très rapide pour le genre, appuyant vraiment le coté dark, la seule possibilité d'évolution: devenir des insectes. La note finale s'avère alors, paradoxalement à son coté très calme et posé, quelque chose de très violent, en terme de solution. Et cette fin est diablement logique, quand on regarde l'ensemble de l'Ep et que l'on se prend un petit vertige que les 3 titres sont clairement liés entre eux.
Le chant de Nicolas est très riche, allant d'un chant conventionnel et allant explorer des chants très variés, offrant de la textures dans son chant, en même temps qu'un apport aux ambiances et teintes que la musique dépeint. On est face à un chanteur avec un sacré niveau et une capacité d'adaptation. Son chant pouvant aller vers des sphères très oniriques ou s'appuyant sur des éléments d'un chant saturé, au besoin (et qui fait un contraste là aussi entre une brillance à travers le chant sur une musique plutôt sombre. Intéressant comme idée).
Le son est excellent. Aucun instrument n'est mis de coté. Le clavier a toutes ses subtilités d'exploitées, ne laissant rien au hasard. La basse est très présente, bien audible (elle apporte aussi, au-delà de sa simple utilisation une notion sombre là aussi, tout en cultivant d'autres aspects musicaux).
Ce premier Ep est quelque chose de très dense mais qui retient l'attention, car le groupe ne s'est pas limité aux possibilités existantes. Bien au contraire, il a exploré son concept, n'hésitant pas à sortir des chemins battus et ce, sans créer un seul instant d'ennui ou de redondances. De plus le concept est intéressant et disséqué avec intelligence, créant une entité tangible. Un vrai plaisir d'écoute dans le genre. Et le groupe explore même son concept jusque dans les clips, donnant vie à celui-ci. Il y a aussi quelques éléments symboliques ou qui prennent appuie sur la philosophie, apportant une richesse en plus, avec un travail de réflexion.
Les amateurs de musique complexe sortant des sentiers battus devraient y poser une oreille attentive et les curieux aussi, car bien que d'obédience progressive, son ADN a vraiment quelque chose en plus.

© Margoth PDF

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