

MARGOTH 5
PDF5
The lowest point
Ice Chemicals
Autoproduction
27 juin 2026 à 14:27:46
CD digipack
2026
10 titres pour 35'41''
Une petite vidéo:
Ice CHemicals est un groupe parisien de 6 personnes ou le chant se partage avec deux personnes (comme d'habitude, ce sera mentionné à la fin), formé en 2018 et ayant à son actif un premier album et deux EP. Le groupe navigue dans un metal alternatif particulier (et en plus, ce n'est pas si évident).
Le groupe nous balance directement dans son univers, à la fois musical et dystopique, en nous amenant quelque chose où se côtoient directement du metalcore burné, du nü metal et des éléments plus industriels, collant aux thématiques et à l'univers déployé. Chacun des ses éléments ayant sur les titres différentes mises en avant, créant une dynamique particulière, qui permet de mettre en place une mécanique qui se tient sur l'ensemble de l'album en même temps que le groupe explore des facettes sombres de l'humanité.
L'album a dans ses entrailles l'empreinte marquée du nü metal, c'est indéniable. Même si c'est un genre qui ne m'a jamais transcendé (ou vraiment intéressé, à l'exception de deux ou trois groupes), ici l'approche est différente, du fait que son utilisation repose sur des connivences avec d'autres styles, comme le metalcore (ou certains éléments sont communs) voire quelques brides plus hardcore. Là où ça devient malin, c'est que le groupe utilise les deux centres (la musique et le chant) comme prisme, glissant ainsi une glissade vers des atmosphères qui s'esquissent parfois, suintant beaucoup le nu metal (des passages ne sont pas sans m'évoquer Coal Chamber) et dont le groupe utilise les codes pour aller plus loin et exposer quelque chose de plus sombre, lié à son univers et ce que l'album aborde (questionnant notre rapport à nos erreurs, en terme de civilisation). Mais qui s'appuie aussi sur les éléments plus industriels, ponctuant les titres et l'album.
Le groupe propose un album qui est du coup très structuré, aussi bien en terme de rythmiques (ce qui est plutôt une nécessité au vu des genres explorés) que dans le développement de celui-ci, suivant un schéma et une progression qui se détache.
Cela fait en sorte que des moments plutôt virulents se partagent l'espace à d'autres privilégiant la mélodie, offrant une atmosphère accrocheuse en même temps que de poser un contraste, aussi bien dans la musique, certaines structures ou encore le chant. Et c'est à partir de ce point que la mécanique liée au styles musicaux devient plus complexe à expliquer, le groupe posant des jalons, qui ici et là, brouillent un peu les frontières et permet à Ice Chemicals de sortir des sentiers battus et à proposer quelque chose qui s'avère plus profond que ce que les deux ou trois premières écoutes suggèrent. L'étiquette metal alternatif n'est pas vraiment ce qui sied au groupe, ne lui rendant pas grâce car son approche est nettement plus complexe et riche, jouant avec les codes. A tel point que parfois, il y a des éléments qui s'accélèrent, devenant plus fous et passant d'un registre oscillant entre nü metal et metalcore à une forte évocation de death ('Social justice' offre un segment qui est clairement du death, dans la rythmique, le chant et la structure).
Et cela dessine une lecture où s'imbriquent les éléments plus qu'une simple juxtaposition de styles différents, engendrant une cohérence logique et indéniable.
Même si l'album est souvent axé sur une approche mélodique découlant du nü metal, associé à une virulence découlant du metalcore burné (et par évolution des codes dans la musique, la dérive vers les éléments death), plaçant un contraste au sein des sonorités, il y a quelque chose de sombre qui s'en exhale, reposant sur une lourdeur poisseuse qui apparait parfois, mettant face à face des éléments plutôt death et d'autres plus industriels. Et cela joue sur la mécanique de la rythmique, offrant un travail percutant avec la paire basse - batterie. Le groupe propose ainsi une approche particulière parfois sur ce point, jouant sur le contraste tout en gardant en tête un schéma spécifique sur la globalité de l'album. C'est du metal, indéniablement, plutôt virulent dans sa forme mais qui offre une modularité dans une forme de radicalité côtoyant un esthétisme singulier qui se retrouve dans les aspects mélodiques ou les moments où le chant est plus contrasté, usant de codes différents.
Et cela induit quelque chose de plus vaste, de plus flou peut-être mais qui crée une entité qui met en avant l'engeance que le groupe pointe du doigt, expliquant cet univers sombre, dystopique (d'où les éléments industriels), qui rendant la musique percutante et presque palpable, tout en créant des titres dont certains se gravent dans l'esprit, rejoignant le formidable et bordélique jukebox que j'ai dans la tête (et qui me permet de m'évader dans mon taf, quand c'est vraiment chiant). Et ça, c'est quelque chose que l'on sent mûri, issu de l'évolution d'un groupe qui explore ses possibilités, s'en extirpant et glissant vers quelque chose de différent, posant peut-être d'autres jalons.
Le chant se partage entre un chant masculin et un chant féminin. Le chant masculin offre du growl, contrastant avec le chant féminin plus axé sur un chant clair, plus tourné vers l'aspect nü metal mais qui sait aussi faire une connivence en adoptant parfois une forme plus agressive (soit dans l'emphase, soit en adoptant un chant saturé). Les deux chants dessinent un schéma qui marque l'album, les deux étant clairement indissociables de l'autre. Le chant de Geoffrey offre des accents évoquant Dez Fafara, apportant quelque chose de particulier. Les chants ont aussi la particularité d'être souvent accrochés aux rythmiques, posant un rythme spécifique aux chants en même temps que cela offre une mécanique atypique qui fonctionne complétement.
Le son est excellent. La puissance est au rendez-vous, associant les sonorités et les éléments rythmiques entre eux et dont les arrangements créent des liens au sein des titres et entre les titres, appuyant la cohérence. Les instruments sont biens audibles, avec des guitares aux tonalités différentes, une plus vers l'aspect nü metal et la seconde oscillant entre le metalcore et les aspects indus présents. La basse est bien audible, percutante, nette, offrant une profondeur marquée là aussi. Son association avec la batterie est totalement cohérente. Cette dernière à des tonalités particulières sur certains de ces éléments, mettant en avant l'aspect sombre qui existe de manière discrète. Les chants sont largement audibles, permettant de saisir la subtilité qui existe en leur sein.
Je découvre avec 'The lowest point' Ice Chemicals. Une excellente découverte, proposant une vision particulière du metal et qui offre une approche très accrocheuse (et peut-être nostalgique pour certaines personnes). C'est vraiment très bon. C'est un album que je récouterai clairement avec beaucoup de plaisir!