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The lotus legacy

Empire de Mu

M&O Music

19 mai 2026 à 15:22:33

Dématérialisé

2026

11 titres pour 32'08''

Une petite vidéo:

Empire de Mu est un quatuor québécois formé en 2016 fort d'un premier album en 2020 et qui récidive donc avec ce deuxième opus, pour le moins atypique. Car le groupe navigue dans un opératique brutal death, teinté de black. Je t'explique ça un peu mieux plus loin.

On va poser quelques bases. Le nom du groupe fait référence à un continent mythique disparu avant l'Atlandide, situé dans l'océan Pacifique. Un peuple avec une technologie très avancée y aurait existé avant de disparaitre il y a 12000 ans. James Churchward, un écrivain, en parle dans son livre de 1926, se basant des tablettes Naacals (qu'il est le seul à avoir vu et dont les différents récits sont incohérents entre eux). Je passe les détails parfois farfelus. Un terreau idéal pour un concept et une approche pour le groupe qui nous concerne.

The lotus legacy, le titre éponyme servant d'introduction, ouvre l'album, avec une approche posant une ambiance plutôt exotique et grandiose, évoquant une musique de film, avant de bifurquer dès 'Arthefac' vers le style du groupe, à savoir ce fameux opératique brutal death. Et là, il faut placer les choses en perspectives. C'est clairement du brutal death et plutôt vers les extrêmes du genre, barré de violence et de technique (j'y reviens un peu plus loin). Mais là grosse surprise vient du chant, qui est des vocaux alternant chant clair et chant lyrique. Et à partir de là...

On retrouve à chaque titre les codes du genres, poussant les curseurs vraiment loin, repoussant plusieurs fois les limites du styles. C'est très intense, complexe, avec une exécution privilégiant la rapidité et la violence, non sans avoir un sens aigu de la mélodie, qui fait un lien avec le chant. On retrouve les codes du genre mais pas balancé n'importe comment.
Les titres suivent un cheminement (reprenant des éléments mythologiques, des récits de l'écrivain mais aussi un aspect fantastique, qui n'est sans évoquer Lovecraft sur certains éléments) et donc, la construction des titres offre beaucoup de variété. Il y a une atmosphère qui se crée sur l'album, dès le début, glissant insidieusement quelque chose d'un peu malsain, ajoutant une touche plus sombre. Cela joue sur les structures des titres où divers éléments seront mis en avant, à base d'un registre jouant sur la dissonance, les contretemps et des altérations (garde en tête que le technique reste au taquet), induisant des sous niveaux au sein des titres, amenant, au-delà des atmosphère et de la musique, une sorte de volonté de nous immerger au sein de l'univers du groupe.
Brutal death oblige, on a tout un attirail de moments intenses, de brutalité et des mécaniques habituelles bien huilées. Mais le groupe amène des parties où des éléments atypiques apparaissent, que ce soit dans un système de riffs qui différent ou des rythmiques particulières, où les temps semblent être altérés. Cela crée quelque chose d'impalpable mais qui s'immisce au sein de la musique et pose une empreinte indéfinie mais bien présente, glissant une idée d'une entité à part, pourtant intégrée au tout.
Et au niveau de rythmique, on a un grand éventail, jouant sur les tempos. Globalement, la rapidité domine mais il y a parfois des moments où l'intensité se fait plus lente, glissant alors de la lourdeur, permettant de glisser des éléments venant du black. Cela donne une structure rythmique extrêmement variée associé à une cohérence, le groupe glissant des transitions à l'efficacité redoutable, d'autant quand il y a des instants où Arianne parle et glisse quelque chose de théâtrale, fissurant le 4è mur.

Les titres suivent une trame, que la musique dessine aussi, nous amenant dans différents aspects allant plus loin dans l'exploration de cet empire que le premier album (semblant relater l'histoire de l'empire jusqu'à sa disparition), mêlant mythologie, mysticisme et une part de fantastique, suintant l'univers de Lovecraft (celui-ci ayant dans sa mythologie placé des choses dans le Pacifique, entre autres). Les titres font références à divers points (dont je n'ai pas tous les aboutissants) et entretiennent quelques liens avec le premier album, associant le mythe à une mythologie que le groupe engendre. Et pour le comprendre, on est bien aidé par Arianne qui chante en français (et qui pose donc une interrogation pour moi: pourquoi un titre en anglais?), avec des textes profonds, reprenant les éléments que j'ai évoqué.

Et c'est là que je vais développer le chant. Celui-ci alterne chant clair, chant lyrique et spoken words quelque fois. Mais le tour de force est que le deux types de chants, au-delà d'être complémentaires, collent au code du brutal death, le chant lyrique remplaçant le growl. Et cela nous offre des moments fous, intenses et complètement atypique, comme sur 'Naga' où la structure appelle un growl puissant dans un contexte conventionnel du genre mais qui est remplacé par un chant lyrique puissant. Le chant lyrique est une véritable performance de la chanteuse, appuyé par son chant clair très précis, jouant avec son timbre de voix et apportant des tonalités un peu différentes entre les deux chants, approche renforcée par le côté théâtrale des rares passages en spoken words. On a une approche lyrique qui copie le style du chant guttural, étant en tout point cohérent avec le brutal death sans en avoir la nature et cultivant avec bonheur son particularisme. C'est juste un putain de tour de force, d'autant que la première fois, on ne s'y attend pas, créant un effet de surprise étonnant qui s'avère être un choix pertinent.

Le son est puisant, très propre, avec un soin pour les détails sonores. La basse est intéressante car elle descend fortement dans les basses et la batterie offre des toms qui sont raccords avec sa tonalité, créant une strate sonore particulière où le reste est mis en valeur, offrant plusieurs niveaux d'écoutes, et pour le coup, de perceptions. On retrouve les codes du brutal death mais le groupe y glisse autre chose, apportant une aura particulière qui s'exhale à certains passages, s'appuyant sur le chant. Chant qui est largement compréhensible, que ce soit en lyrisme ou en chant clair, celui-ci étant placé en équilibre avec les guitares, la basse et la batterie étant plus en fond (par rapport à une gamme plus lourde). La batterie a néanmoins un traitement particulier care certains éléments sont mis plus en avant, vers des tonalités plus claires / percutantes (caisse claire, cymbales...).

Empire de Mu est une découverte pour moi et surtout, une putain de mandale en pleine gueule. C'est très atypique avec ce chant, offrant un brutal death singulier très pertinent et très immersif, en plus d'être addictif. Si tu es fan du genre, ne passe pas à côté de se groupe (qui rejoindra lui aussi ma collection)!

© Margoth PDF

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