

MARGOTH 5
PDF5
Tears of snow
Another Age
Autoproduction
21 avril 2026 à 14:16:09
Dématérialisé
2025
8 titres pour 48'35''
Une petite vidéo:
Another Age est un groupe de power metal progressif formé en 2013 entre Montpellier et Nîmes et foret d'un premier album en 2018 (The crossing) qui m'avait déjà, à l'époque, tapé dans l'œil, malgré le fait que le power metal ne soit pas mon truc. Fin 2025, le groupe est revenu avec un second opus, qui est justement le sujet de la chronique (quel heureux hasard, non?).
Alors, sans mystère, on a du power metal mais sans les clichés liés aux conventions du genre et des thèmes exploités habituellement. Et ici, Another Age apporte une vision différente, intégrant des choses un peu différentes au sein de leur musique (d'où le terme progressif).
L'album s'ouvre 'Dead nucleus', qui pourrait faire très certainement un lien avec leur premier opus, du moins dans le flou de mon esprit. Le titre va poser ce qui caractérise le groupe (et rappeler le premier album) mais aussi des éléments propres à celui-ci, avec des parties spécifiques ou certaines structures bien différenciées. Si le titre adopte une approche assez simple dans sa forme et son fond (en tenant compte du style), il n'en recèle pas moins une certaine densité que l'on va retrouver bien évidement au sein de l'album.
Ce qui accroche de base, au-delà de l'aspect mélodique indéniable (on touche plusieurs fois au sublime), c'est l'aspect rythmique, bien marqué, avec une construction très nette, percutante et qui adopte une forme asse polymorphe, permettant d'amener différentes phases en terme de tempos et rythmiques. L'ennui n'est clairement pas au rendez-vous, encore moins un quelconque aspect redondant.
Another age nous propose en fait, tout simplement, un voyage au sein de son univers. Et qui, ici, va poser un contraste de tonalités et de couleurs, dans son approche, avec le premier album. Si 'The crossing' était plus sombre dans son fond, en plaçant un point d'espoir, ici c'est plus lumineux, l'album explorant cet espoir, appuyant des passages qui engendre un côté très positif.
Structurellement, on retrouve ça avec un changement de rythmiques, des placements d'éléments bien spécifiques et surtout un jeu de tempos modulés qui vont jouer souvent avec le clavier, lissant une atmosphère à chaque titre mais aussi une ambiance globale plus générale, plutôt lumineuse par rapport au premier opus. C'est aussi des parties plus différenciées, plus nettes au sein de l'album, avec des titres plus forts, jouant justement sur l'aspect rythmique liant la basse et la batterie, les deux recélant des éléments complexes, que les fans de complexité devraient apprécier. D'autant que les titres adopte un schéma de base qui sert de squelette au déploiement des titres, avec une exploration de différentes facettes.
Et ces différentes facettes servent à nous immerger au sein de l'univers du groupe, à l'identité forte et à l'efficacité certaine.
Parlant d'efficacité, comme je le disait, la rythmique y a un rôle prépondérant, associée à l'aspect mélodique (j'y reviens plus loin) et va offrir des titres très riches mais aussi, et cela est plutôt une bonne surprise, des moments intenses (à part de l'aspect émotionnel), du genre de ceux qui vont faire bouger une salle ('Resilience' est une bombe rythmique, un contraste de deux aspects bien différents servant de liant au titre et qui dépote vraiment dans le genre). L'efficacité vient aussi de la durée des titres, qui reste très sage, entre 4'20 et 6 minutes, faisant un choix de concision dans le genre pour garder une sorte d'impact.
On retrouve sur chaque titre un soin à la rythmique, avec une puissance et une efficacité très nette, une réflexion sur la nature et l'usage de celle-ci. Rien n'est aléatoire, chaque structure ou élément est placé avec précision et va livrer une structuration en strate ou plus profonde, gardant en tête une cohérence structurelle, avec un recul intéressant car l'album garde toujours un certain retrait sur un aspect émotionnel, afin que celui-ci garde son aspect brut mais qui va aussi plus toucher l'auditeur et faire mouche, induisant une puissance supplémentaire sous le prisme de l'émotion.
L'album suit un cheminement, nous guidant vers quelque chose de grandiose, nous emmenant vers un paroxysme. Les titres, au fur et à mesure, développe cet aspect, de plus en plus marqué. Et c'est là qu'il faut parler de l'aspect mélodique.
Le groupe apporte un soin particulier à la mélodie et développe un sens particulier de celle-ci. Comprends que celui-ci sert à mettre en valeur les mélodies, qui vont appuyer des émotions ou servir à peindre des paysages sonores où le sublime est présent, le plaçant un peu comme une entité ou peut-être, un autre membre, impalpable.
Et la mélodie passe aussi bien par les riffs des guitares que les parties des claviers (qui jouent avec des tonalités), chacun des instruments ayant par moments une importance plus marquée. Que ce soit un appui, un contraste ou pour souligner un élément dimensionnel particulier. Mais la mélodie est aussi associée à des parties rythmiques où l'émotion devient la clé et prend une tout autre dimension. Et cela va aussi crescendo au fur et à mesure du développement de l'album, servant aussi bien le concept qu'il y a derrière que d'avoir ce rôle de vecteur de voyage, de cette immersion qui nous emmène là où le groupe veut nous mener depuis le début.
Et qui n'est autre que 'Tears of snow'. Et là, l'album prend son sens, le pourquoi des titres et leur structures, les appuis mélodiques... Tout ce qui est avant n'est qu'un prélude à un titre fleuve de 9'30'', une ascension vers un sommet où l'émotion et la mélodie fusionnent et le groupe montre l'étendu de sa maitrise en terme de rythmique, gestion de tempos et construction. Le titre offre, au-delà de l'immersion, une vue d'ensemble mais apporte aussi la raison du développement des titres et de leur différentes facettes. Et ce titre est un festival de bravoure dans le genre, sans déconner. Le groupe y met tout ce que les autres titres ont distillés depuis le début de l'album, servant aussi de lien avec le premier titre (et faisant une passerelle avec le premier album). D'un point de vue émotionnel, le titre est véritablement un chef d'œuvre, où les autres titres servent de vecteurs.
Le chant est un chant clair, forcément. Mais il recèle là aussi beaucoup de subtilités et approches de aspects parfois plus bruts, plus directs, laissant Thomas sortir de sa zone de confort et aller plus loin. Ce qui apporte du contraste mais aussi une évolution vers des aspects plus polarisés, en accord avec certains passages musicaux spécifiques. Il y a une modularité nette, réfléchie là aussi.
Le son est excellent. On entend clairement chaque instrument, incluant la basse, qui apporte de la profondeur au son (et joue un jeu intéressant avec la batterie, dont chaque élément est audible). Le clavier y trouve naturellement sa place, respectant les tonalités et les tessitures particulières qu'il peut y avoir. Le son est très riche, servant les mélodies et permettant au chant d'être à la fois mis en valeur et parfaitement audible. Les arrangements sont discrets, en cohérence avec les sonorités. Le son est dense mais très soigné.
Another Age livre un second album qui fait monter la puissance du groupe. Celui-ci est complément immersif, avec un point d'orgue sublime. Même si je ne suis pas un amateur du genre, Another Age me fait mentir de nouveau. Ce disque va rejoindre ma collection, pour le plaisir de le récouter à loisir.