

MARGOTH 5
PDF5
Spire of fear
King Yosef
Bleakhouse
24 août 2025 à 14:54:28
Dématérialisé
2025
11 titres pour 36'04''
Une petite vidéo:
King Yosef est un projet né en 20107 du côté de Portland, en Oregon. Totalement inconnu en ce qui me concerne, je découvre celui-ci avec cet album. Et dans le genre, ça fait très mal, comme si tu te prenais en pleine gueule un train de marchandises australien à fond (et que fous-tu sur une voie ferrée dis donc?).
King Yosef est donc le géniteur d'un Ep, d'un premier album et une lignée de singles. Ceci est donc son second album. La particularité de ce projet est de naviguer dans un genre à part, à savoir le hardcore indus, le tout teinté d'electro (et pas que...). Voilà pour la base.
Musicalement, on est dans ce qui au confins des genres, offrant une approche extrême en cultivant au sein de sa musique des extrêmes. Jusqu'au-boutiste le gars. Et là, c'est la fin de la partie facile de la chronique car ça va devenir un peu plus compliqué.
L'album commence dans la violence et la colère mais pas de manière frontale. C'est plus vicieux et assez pernicieux. Il mêle en effet une violence directe, primitive presque, clairement instinctive avec des aspects poisseux, lourds, malsains. Cela induit forcément un contraste qui amplifie la violence, tout en cultivant un aspect très sombre, malsain en jouant avec des constructions musicales qui vont brouiller joyeusement les pistes et engendrer un brave bordel sonore fortement jouissif.
Le côté hardcore s'appuie aussi bien sur le hardcore que l'on connait, associé aux instruments classiques mais dans sa forme la plus brute allant vers les limites du brutal hardcore et le hardcore lié à l'electro, avec ses codes, ses boucles et une violence froide et robotique. Cette base ouvre déjà un mélange étrange, mettant en exergue une sorte de déshumanisation qui contraste avec les aspects très humains qui sourdent des moments plus posés ponctuant l'album, au fil d'une structuration assez étrange mais qui pose au fil des titres une logique implacable.
L'industriel, quand à lui, est celui qui est le plus déshumanisé. Froid, synthétique. Il vient amplifier le malaise, avec des sonorités glaçantes, mettant en place une atmosphère suffocante où les machines règnent en imposant une soumission absolue. C'est mécanique, parfois martial, là aussi malsain. Mais joue aussi avec les facettes indus metal et indus techno.
Et là dessus, King Yosef introduit des éléments purement electro (gabber, techno, ambient), apportant une mise en abime d'ambiance plus sereine, glissant un contraste dans les beats ou les structures marquant le côté hardcore industriel. Il apporte ainsi une curieuse densité et une stratification singulière qui donne un rythme particulier et offre un jeu de construction violent, étrange et pourtant étonnamment humain dans son aspect synthétique. Comprends que King Yosef joue aussi un contraste dans les atmosphères, arrivant à passer de l'émotion dans des passages totalement déshumanisés ou dénués de toute empathie, créant un paradoxe où sa musique semble trouver un substrat pour croitre.
Cela apporte beaucoup de modularités et de variations dans les titres et l'album, lui permettant de poser ses propres codes et de jouer avec ceux des styles qu'il explore largement. La sérénité peut ainsi suivre la furie mais cette sérénité s'inscrit alors quand un contexte ambivalent malsain. Surtout qu'il y a aussi un autre élément qui vient se joindre à la fête et complique encore plus la donne.
Je ne peux pas faire l'impasse sur l'aspect noise qui explose parfois, que ce soit par les altérations sonores, les dissonances ou certaines déstructurations, parfois assez extrêmes. King Yosef ne met pas ça là par hasard ou pour ajouter un quelconque ingrédient. La noise est une part réfléchie de sa musique,. Et avec la noise, il peut ainsi aller plus loin dans les extrêmes et l'explorations des confins musicaux. Et si la musique est globalement dans une teinte violente et extrême, les parts electros teintées d'ambient apporte une sorte de poésie au sein de la musique, offrant une facette à l'opposé du reste, que la structure, s'appuyant sur l'idée de la noise, se voit être altéré ou erratique. Ca permet de glisser des atmosphères feutrées, livrant une facette plus subtile et une bonne branlée quand les aspects violents reviennent au détour d'un moment posé.
Mais cet aspect posé, presque poétique, que ce soit un instant ou sur un titre ('Walter' par exemple) fait pourtant miroir avec les aspects violents et extrêmes, parfois en détricotant les codes posés depuis le début, comme le titre que j'évoque. L'intensité n'est pas nécessairement dans la violence et la densité mais parfois dans un mélange étrange, pouvant paraitre abject au premier jet, qui vient rabattre les cartes musicales et qui, habillement, intègre résolument la noise à l'équation.
Ce n'est clairement pas un album qui sera accessible à tous le monde, celui-ci se posant à l'équilibre de différents genres et cultivant une singularité bienvenue.
Le chant joue la carte de ce mélange, s'offrant beaucoup de variations, en lien avec les circonvolutions que la musique nous offre. Il entretient une cohérence forte avec la musique et induit parfois un contraste désarçonnant entre l'émotion et l'aspect déshumanisé.
Le son s'appuie sur les codes des chaque genre, mettant en place une étrangeté bienvenue là aussi. On peut entendre aussi bien des riffs de guitares, une basse puissante, évoquant Rob Zombie (le riff sur 'Everythings point of origin'), jouant sur l'aspect froid et martial, une batterie très indus mais aussi des beats technos, des boucles synthétiques et la noise se manifestant dans le traitement du son, dans des altérations ou la tonalité et la texture sonore qui s'effrite parfois. Le son s'avère être très identitaire pour King Yosef.
King Yosef est une découverte pour moi. Une véritable tuerie dans le genre, repoussant les limites des genres. L'album ne sera peut-être pas accessible à tout le monde au premier jet mais mérite que l'on s'y perde (en ce qui me concerne, l'accroche a été directe), recélant beaucoup de détails et une densité importante. Un moment étrange mais à l'efficacité indéniable.