

MARGOTH 5
PDF5
Sisters of the dawn
The dawn of Samhein
M&O music
11 août 2026 à 16:16:53
CD
2026
11 titres pour 54'25''
Une petite vidéo:
The Dawn of Samhein est un projet français de metal gothique ésotérique, sous forme de duo. Le gothique, de mon côté, est un genre que je fréquente peu, avec dans ma discographie, au mieux deux groupes et une poignée d'albums (c'est à dire pas grand chose). Donc un genre où je suis limité (quelques titres en tête de Paradise lost, des albums de Type O Negative et un autre de Onirik illusions, ça va vous situer un peu).
Donc je pars sur un album d'un style que je fréquente fort peu, sans apriori, n'étant pas un fin connaisseur de ce style et de l'esthétisme qui peut s'y rattacher.
L'album s'ouvre de fort belle et efficace manière avec le titre éponyme, 'Sisters of the dawn', développant un aspect symphonique posé sur une base vraiment gothique, avec tout ce qui doit caractérisé le genre. C'est à la fois sombre, envoutant, avec une construction musicale qui n'est pas sans évoquer le classique sur certains plans ou laisser des évanescences de black errer. Le titre développe une atmosphère prenante et puissante dans son style, me laissant esquisser l'idée de ce que pourra être l'album. A savoir un album plutôt posé, chargé d'esthétisme et s'appuyant sur une part symphonique, via un chant féminin revenant sur 5 titres, dont les trois premiers, engendrant un esthétisme marqué et une ligne directrice.
Il y a une continuité sur les trois premiers titres, qui s'appuient sur cette mécanique, que je trouve sympa car développant un côté envoutant, transposant une approche ésotérique par les textes mais aussi des éléments musicaux, allant distiller quelque chose qui toucherait en partie au spirituel, sans tomber dans l'archétype du religieux ou du sacré. Les trois titres créent quelque chose qui se tient, comme une sorte de développement du concept, toujours avec un soin à l'esthétisme qui est développé. Et toujours, ici et là, des évanescences de black. On y retrouve une forme de poésie, sombre et quelque chose de plus brut ici et là.
Et c'est à peu près à ce moment là ('Hadassash') que le duo va vraiment refermer son piège sur toi (sachant que l'accroche de base est redoutable).
Car à partir de ce titre, le gothic de TDOS va réellement s'offrir dans sa densité et sa profondeur, en offrant, au fur et à mesure, une approche plus fournie sur les rythmiques, les codes des styles et un mélange des genres qui crée une émulation encore plus accrocheuse.
Il y a plus nettement des éléments venant du black, de manière plus nette mais aussi des choses qui viennent ouvertement du death (certaines rythmiques plus rapides et / ou plus lourdes, un chant guttural plus marqué), permettant de nous offrir une approche qui devient plus sépulcrale sur certains aspects, renforçant pour le coup le côté ésotérique du duo (certains titres regardent vers des domaines spécifiques, qu'une petite recherche sur le ouaib te permettra d'approfondir ou de saisir l'idée derrière l'album). Mais toujours avec un rythme marquant l'aspect gothique et cultivant une forme d'obscurité et de lourdeur, associé parfois avec l'esthétisme symphonique de la voix féminine ('Believers of the holy'), déployant un sens de la mélodie pertinent et efficace mais aussi une vision plus atypique, recoupant à la fois l'aspect spirituel (et pour le coup, plus sacré) et ce côté sombre, avec en ligne de mire quelque chose de brut (passant par le chant principal et des éléments musicaux, changeant parfois les codes en s'en jouant). Le rythme global est assez pesant, servant à donner de l'épaisseur au côté obscure. Et qui n'empêche pas, ici et là, d'offrir quelque chose de plus dansant ou groovy, lorgnant plus vers Paradise Lost (du moins de ce que j'en ai entendu). Cela apporte de la variété en même temps que la sacro sainte cohérence. D'autant qu'ici, certains titres vont dans la densité, presque abyssale parfois, pour sublimer un esthétisme sombre.
Au niveau des structures, on a une grande variété, se construisant autour d'une colonne vertébrale qu'est le gothic, avec un spectre assez large, permettant des évocations apportant une personnalisation de la musique et même de pousser parfois vers une caractérisation d'une sorte d'entité musicale, reposant sur des sonorités très variées et des gimmicks moins conventionnels. Et sur la globalité de l'album, c'est à la fois un pari de fait et un parti pris, surement casse-gueule. Mais pas ici. Loin de là. Il s'en dégage une identité puissante, rejoignant cet aspect un peu brut (parfois même brutal dans la forme, avec des contrastes de sonorités, des ruptures assumées ou quelques moments plus rapides (sans non plus faire n'importe quoi).
Et on y retrouve cet esthétisme omniprésent, marquant de son empreinte la musique et le chant. Et même parfois, allant créer une sorte de nostalgie, nous ramenant vers une période plus floue, vers les années 80, entre gothic et post punk / dark rock ('Bloody summer rain'). C'est là que l'on mesure la force du duo et un savoir faire certain. Et qui permet au groupe de m'embarquer dans son univers qui se révèle foutrement crédible, vivant et surtout, foutrement émotionnel.
Car c'est un point que je n'ai pas évoqué, me paraissant couler de source: il y a une part émotionnel puissant et percutant au sein de l'album, touchant à la fois l'esthétisme et la nostalgie, cultivant une approche presque viscérale, qui prend aux tripes et nous emmène vers des abysses de beautés et de solennités. Et d'apporter des aspects très différents dans les titres, comme une charge émotionnelle ou de proposer un côté épique, plein de bravoure ('Rising like a dying sun'). Et c'est là, mine de rien, comme si de rien n'était, que le duo fait très fort car tout est mis en corrélation pour nous immerger dans son univers à la densité incroyable.
Le chant est un chant masculin, offrant de la variété, avec un timbre particulier qui lui permet d'aller se promener aux confins du gothic, du death et du black, livrant une palette vocale assez impressionnante. Mais en dosant l'ensemble avec finesse. Un chant féminin vient sublimer certaisn titres, apportant à l'ensemble un côté plus symphonique (et même baroque sur 'Rising a dying sun'). Il n'est pas utilisé à outrance mais à bon escient, sachant que les interventions de la chanteuse rejoignent l'idée de la pertinence.
Le son est excellent. Il est très clair, avec une puissance retenue, afin de coller à l'esthétisme que le duo crée, jouant sur les sonorités des instruments, ainsi que les possibilités offertes (comme sur 'Hadassash' avec une guitare à 12 cordes en introduction). Les guitares sont très mesurés, avec des éléments venant de diverses sphères dont les codes se retrouvent dans le son, en lien avec la cohérence du tout. On entend bien la basse, apportant de la profondeur et par moment du groove. Elle a ainsi deux rôle, un lié à la rythmique (et associé à la batterie dont les éléments sont largement audibles, laissant la finesse des réglages se faire entendre) et le second, plus à quelque chose qui se tient dans l'essence de la musique et du côté sombre. Il y a un contraste avec des sonorités plus sombres ou grasses face à d'autres où la courbe monte dans les aigus et l'idée de l'élévation spirituelle. Le son embrasse la vision de l'ésotérisme, dans divers arrangements. Les chants sont bien audibles (et mon regret de ne pas avoir les paroles, mon niveau d'anglais n'étant pas fou fou...).
Je découvre The dawn of Samhein avec cet album. Du gothic très bien ficelé, puissant, sombre, chargé d'une forme de poésie mais surtout très immersif, crédible et chargé émotionnellement. C'est un album à découvrir, d'autant plus pour les personnes curieuses. Un véritable bijou dans le genre doublé d'un voyage dans un univers caractérisé.