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Robots - part 1

Fracton

MB Prod

10 mars 2024 à 09:49:44

Dématérialisé

2024

10 titres pour 56'24''

Une petite vidéo:

Fracton est un projet musical de Maxime Baelde (boss de MB Prod) qui propose depuis, à minima 2022, ce qui est plus une aventure musicale ancrée dans la science-fiction où chaque titre est laissé à l'appréciation auditive de l'auditeur, le laissant libre de son interprétation, le projet étant instrumental. Maxime voit sa musique comme une bande originale de livre. Il évolue dans une sphère post metal instrumental (alors, dans le genre simplifié, c'est surement l'ultime du genre) et cet album est précédé de 4 autres Ep ou albums et je viens clairement de boucler la partie facile de la chronique.

L'album s'ouvre sure une introduction qui pèse sur la compréhension des titres qui suivront, posant notamment l'essence de la trame science-fiction. En à peine plus d'une minute, il nous pose là, au beau milieu d'un univers musical à la densité improbable où vont se croiser moult styles, parfois étonnamment surprenant mais ancrant le tout dans la sacro sainte cohésion que j'affectionne. Chaque titre possède cette base de post metal mais va partir dans des chemins différents, sans pour autant paraitre être une œuvre à part. A la manière des chapitre d'un livre, on a la trame de base sur laquelle vont se développer des circonvolutions qui enrichissent et densifient fortement la musique de Fracton. On retrouve systématiquement des éléments qui lient la musique à la science-fiction, jouant aussi bien avec des codes que des sonorités et offrant un travail en profondeur de la composition. Cela induit une grande profondeur dans les morceaux, offrant plusieurs couches musicales nous permettant de plonger dans l'univers musical qui s'apparente à une aventure (ne serait qu'en pensant que c'est la cinquième production de Maxime). On est vraiment sur une musique pensée comme un livre dont on tourne les pages, les chapitres amenant différentes péripéties - et qui est un bon moyen d'accompagné un livre de SF à lire (comme Sol Draconi Septem qui offre la bande sonore de la saga "Hypérion").
Sauf qu'ici, rien n'est rattaché à une quelconque histoire car c'est l'imagination de l'auditeur qui va créer cette histoire ou plutôt l'interprétation des titres, juste guidé par les noms des titres et la thématique éventuelle. Et cela est d'autant plus important que l'album va suivre une progression, les titres imprégnant fortement l'idée de chapitres se suivant, en vue de nous amener à une conclusion ou plutôt un nouveau cycle qui va partir de la trame originelle.

Comme je le disais plus haut, c'est extrêmement dense musicalement, en terme de construction, d'approche musicale, de profondeur et de technique. Et c'est loin d'être évident de pouvoir retranscrire l'âme qui réside dans la musique que développe Fracton. Mais certains éléments se recoupent, ce qui va un peu m'aider.

La construction des titres possède une base commune à chaque titre. Mais celle-ci va offrir de nombreuses variations structurelles et techniques. Les structures vont hiérarchiser les titres tout en offrant des transitions ingénieuses entre chaque titre (la trilogie 'Elijah & Daneel' est l'exemple parfait) mais aussi imbriquées dans les titres eux-mêmes, voire offrir des rappels dans d'autres titres (glissant certains gimmicks très spécifiques, me laissant l'idée dans la tête d'easter eggs disséminés (Maxime me confirmera ou pas)). Tu vas clairement soit remuer la tête ou taper du pied parfois, marquant la rythmique ou bien prendre un soudain recul, te renvoyant à accepter la globalité avec un agencement différent ou une structuration qui se mue en une autre forme.
On se retrouve avec des structures pouvant appuyer quelque chose de simple comme déployer une complexité qui nous relie à la science fiction (avec un jeu de sonorités et de travail sur les sons, de manière globale). Les titres peuvent ainsi déployer des durées conséquentes (de plus de 7 à plus de 10 minutes) mais sans la crainte d'un quelconque ennui. Les développement n'amène pas de redondances mais vraiment un besoin essentiel de développer la trame voire l'essence du titre (faisant ainsi le lien de nouveau avec des chapitres d'un livre). Le post metal va se manifester de diverses manières, en s'appuyant sur ce qui fait ce qu'il est (jouant sur la rudesse comme sur la subtilité), déployant un panel entre émotions et atmosphères. On a vraiment cette sensation que la musique fusionne ces deux aspects bien différents. Mais la manière donc Maxime aborde les structures donnent des passages fort différents, pouvant s'ouvrir sur des moments marquant une certaine forme de brutalité (s'appuyant sur des rythmiques marquées et intenses) ou au contraire s'envoler vers une forme d'onirisme cosmique. Et cela fait écho directement à cette idée d'une bande musicale d'un livre où chaque chapitre va ouvrir des éléments narratifs ou d'histoires différents, essentiels à sa trame. Dans le but de nous emmener dans l'histoire et nous offrir un moment d'évasion. Ici, c'est exactement la même chose: on a un moment d'évasion qui nous laisse libre de l'interprétation, du fait des structures. Mais pas que.

Car Maxime avec cette base post metal aborde le côté progressif de manière précise et nette. C'est là qu'entre en scène des éléments très différents, puisant ici et là dans d'autres sphères. Et que l'on retrouve dans certaines structures ou parties parfois plus marquées par le style emprunté que le post metal, tout en gardant la cohérence de mise.
Et si dans les parties metal il y a moments intenses, c'est avec ces autres styles qu'il glisse que l'on peut avoir un côté épique ou distiller une forme d'urgence. Et Maxime n'hésite pas à bousculer les codes, passant du post metal au jazz, en passant par la musique classique (s'appuyant sur un piano par exemple mais aussi les structures du genre) et de nous emmener au plus profond de la science-fiction avec quelque chose entre electro et synthwave ('Bentley'). C'est là que Maxime distille une grande partie de la magie que nous offre Fracton. Bien que celle-ci soit aussi présente dans des passages nettement plus typé metal. Il amène un équilibre subtile qui va enrichir les structures et les trames des titres, s'appuyant sur les éléments clés des styles explorés.
Mais il va même plus loin, en glissant carrément des gammes très différentes, n'ayant que peu de ressemblances avec le contexte mais dont la réflexion à l'amener autre une logique indiscutable. Il n'est pas rare ainsi d'avoir une gamme arabisante ou du jazz (par exemple) qui apparait soudainement. Mais pas de manière isolé du reste: c'est imbriqué dans le tout, s'intercalant dans les différentes couches structurelles des titres, permettant de nous laisser le loisir de suivre l'une ou l'autre voie puis, à une autre écoute, prendre un angle différent de compréhension ou encore de simplement se laisser porter par la musique. Ce n'est pas quelque chose de simple à mon avis à mettre en place mais il est clair que Maxime réussi ce tour de force où chaque écoute, même si elle est du même album, laisse le loisir de découvrir d'autres facettes tout aussi intrigantes et intéressantes. Car l'intérêt est omniprésent dans l'écoute.
Maxime nous amène mille variations de thèmes mais aussi des essences protéiformes, qui ont toutes le lien à cette idée de science-fiction et de notre libre interprétation de la musique et de l'album.
Maxime s'appuie sur le ressenti de chacun, plaçant un pari risqué qui fonctionne complètement, car se laissant le loisir d'explorer sa vision (qui a du vraiment s'affiner depuis le premier album fin 2022).

C'est là que l'on capte que Maxime amène la technique nous pas pour elle-même mais pour donner cette densité nécessaire et des éléments qui donnent vie à son concept mais aussi de pouvoir offrir une densité importante, nécessaire pour ce lien à la science-fiction (la technique faisant le lien avec la technologie généralement avancée du genre). Il nous offre ainsi un parallèle pertinent et discret mais qui se révèle néanmoins. Et qui renforce mon idée d'easter eggs implanter dans la musique.
La technique laisse aussi le champs libre à la magie, à l'onirisme qui s'exhale de la musique (et qui renvoie à l'idée de l'espace, des dimensions spatiales) mais sait aussi être mis en œuvre pour offrir des moments intenses (aussi bien dans l'émotionnel que dans une soudaine raclée musicale, lié au metal).
La technique sert aussi a maitrisé la densité que nous offre l'album. Car Maxime aborde la technique aussi bien dans le sons que le jeu mais aussi les structures et qui, là encore, fait le lien avec le concept de science-fiction. Et ferme la boucle d'un univers très dense (ne serait-ce que sur cet album).

Le son est excellent. Et celui-ci est vraiment important, du fait des styles explorés (le classique, le jazz, le blues...) et des codes des styles musicaux. Du fait de la richesse musicale, il offre une clarté nécessaire à la compréhension musicale, tout en offrant une densité à celle-ci, s'appuyant à la fois sur les caractéristiques des genres que des instruments et les possibilités liées (codes musicaux, techniques de jeux...). Les instruments sont très présents, bien audibles, que ce soit les guitares (avec un travail sur les tonalités et les tessitures), la basse bien présente (dont le rôle fluctue de manière intéressante) et les autres instruments (saxophone...). Le son est très riche et joue aussi avec les contrastes entre un aspect plus gars et d'autres plus subtiles, aériens, liant la aussi la musique au concept de science-fiction. Il y a une grande richesse de détails, que le mixe met en avant, apportant une profondeur incroyable mais nécessaire à l'essence de la musique et pour créer cette entité unique.

Fracton est une découverte pour moi, avec un post metal à l'angle d'approche très différent de ce qui se fait habituellement. L'idée de laisser l'interprétation de la musique à chaque personne écoutant l'album est brillante, surtout en la rattachant à cette idée de bande musicale de livre. Si tu es une personne un minimum curieuse, n'hésite pas! C'est clairement un voyage que nous propose Maxime via Fracton.

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