

MARGOTH 5
PDF5
Resilience
Sanctuary
Season of mist
15 novembre 2020 à 10:25:54
CD
2020
7 (+1 caché) titres Durée : 48’12’’
Une petite vidéo:
Sanctuary est un trio venant de la région parisienne formé en 2006 (le trio, pas la région, suivez un peu…) qui nous offre un album qui sortira le 27 novembre prochain. Je ne connais point ce groupe, que je découvre avec cet album.
Le groupe nous propose un album à fil rouge, lorgnant fortement vers un blackened death pas piqué des hannetons. Celui-ci traite du cheminement allant d’un trauma à dépasser jusqu’à sa reconstruction (et là, c’est un domaine que je connais).
L’album s’ouvre avec une intro martial sur le premier titre ‘At the gate of dementia’ qui bascule vers ce fameux blackened death assez rapidement. Celui-ci fait appel à une part importante de clavier omniprésent, permettant de créer de véritables atmosphères, collant parfaitement au concept égrainé sur l’album. Alors oui, effectivement, on n’est pas dans quelque chose de foncièrement brutal (la brutalité étant plus du coté de la thématique) mais dégageant un coté sombre et froid indéniable. Froid mais pas synthétique, plus un froid humanisé (rapport à la psychologie, qui est le domaine de base de l’album). La musique s’organise, dans son essence, autour de cet axe, permettant au groupe de pouvoir exploiter intelligemment le concept.
Si on n’est pas dans une musique foncièrement violente, celle-ci reste quand même agressive dans sa définition, offrant un aspect où le black metal se ressent fortement (dans les structures et les riffs), surtout au travers des passages très atmosphériques qui se dégagent de parts et d’autres, jamais aléatoirement. Bien au contraire, ceux-ci sont pensés dans une sorte de logique un peu complexe (logique dans la thématique et dans la nécessité de la cohérence du morceau). Et pourtant, au milieu du flot, le groupe peut proposé quelque chose de très posé, en même temps qu’il y a un aspect plus agressif (‘Rise of the unpossessed self’), amenant différents niveaux d’écoutes se chevauchant et pourtant diablement essentiel à la musique.
Et pourtant, la violence est présente, diffuse et très bien amenée, respectant la trame du concept, aussi bien dans quelques phases plus frontales que dans celles, dominantes, très posées, jouant sur l’aspect émotionnel (et qui rejoint là encore le concept). Oui, c’est vraiment fouillé.
Le travail sur les rythmiques est aussi très important. Celles-ci sont très variées, créant des structures complexes, créant des paysages musicaux que le clavier peaufine, n’hésitant pas à parfois s’éloigner du metal vers des sphères musicales délivrant une certaine part de mystères, renvoyant là encore à la thématique de la psychologie. Le groupe nous promène ainsi dans un univers pas très joyeux certes, mais regorgeant de recoins et d’idées exploitées, révélant un album assez ambitieux. Et cela saute aux yeux (bon, plutôt aux oreilles) de part la structuration des morceaux sur l’album, ainsi que des thèmes qui sont abordés (mais aussi rejoint par la pochette qui fait un lien). Comme sur ‘Where the man shines ‘ qui prend une teinte jazz, tout en transition, renforçant l’aspect blackened death général.
On retrouve bien-sur des éléments death fusionné à l’ensemble, aussi bien dans la musique par elle-même (mais quand même de façon plus subtile que l’aspect black) mais surtout dans le chant, qui se détache clairement du lot. Celui-ci peut avoir un rythme assez rapide, plus en phase avec un coté black qu’accéder à une certaine lourdeur, une lenteur plus pesante, où le timbre de voix renvoie presque à une sorte de doom death blackisé. Certains éléments musicaux sont clairement emprunt de death, sans nuance, tranchant avec le reste, offrant des contrastes nets, appuyant là aussi le concept général.
J’ai très vite été pris dans le maelstrom que propose Sanctuary, du fait de la complexité et de la variété de ce que propose le groupe. Car sur le papier, ça peut paraître simple mais dans les faits, c’est très dense, très riche. Et ça fonctionne très bien, le groupe nous emmenant avec lui, vers quelque chose, qui de froid et sombre, va tendre vers plus de positif et d’espoir, suivant un processus psychologique qui serait mis en musique, regroupant cette fois un ensemble dans un concept (on peut du coup y inclure le nom du groupe, l’esprit étant un sanctuaire).
Le groupe nous offre aussi une reprise de Behemoth, le fameux titre caché, ‘Inner sanctum’, cohérent dans la forme musicale avec l’album que le groupe nous livre mais aussi un complément du concept, vu par un autre prisme.
Le son est énorme, bien équilibré. Si le clavier est mis en avant, dans la musique ou le son (évidemment), les autres instruments sont présents, incluant la basse, bien audible et apportant ce coté profond que j’apprécie. Et qui permet au groupe de pouvoir se balader allégrement dans son univers, nous immergeant dans le concept, de base assez pointu. Je ne peux que vous conseiller de vous pencher sur ce groupe, si vous ne le connaissez pas, celui-ci nous livrant une petite pépite savoureuse !