top of page

Purgatori ignis lucidium

Velka

Base Record Production

1 janvier 2022 à 13:28:38

Dématérialisé

2021

7 titres. Durée: 56'50''

Une petite vidéo:

Velka est un groupe basque espagnol formé en 2020 et ayant déjà à son actif une démo et 2 singles. Et voici leur premier fin novembre. Le groupe possède la particularité de poser l'anonymat sur ses membres, en plus d'un black particulière brutal et agressif, avec certaines caractéristiques qui lui est propre. Et c'est clairement un groupe qui n'est pas pour les personnes sensibles. Et bordel, pour un premier album, c'est diablement dense!

Dès le début de 'Eternal hate awakens', après la courte intro posant une ambiance sombre (revenant à la fin du dernier titre pour fermer la boucle, créant ainsi une boucle), le morceau démarre. Et un sacré morceau, celui-ci durant plus de 9 minutes (aucun des titres ne descend sous les 6 minutes 30).. D'emblée, c'est très rapide, très agressif. Le groupe ne fait pas de concessions et délivre un black vindicatif, laissant penser que Velka est le rejeton illégitime d'une orgie entre Marduk, Emperor et Immortal. Ici on est pas dans un black grand public, pas plus que dans le raw. Bien que le groupe serait plus proche de ce coté de la ligne. La musique est donc très agressive, sur des tempos rapides, envoyant en même que la brutalité une noirceur et un coté mélancolique. Et pour compliquer la donne, dans cette déferlante de brutalité, il y a des lignes mélodiques.

Le groupe vise la brutalité par la rapidité, avec l'essentiel des titres bien bourrins. Si les titres sont longs, ils ne sont pas pour autant ennuyeux ou rébarbatif, chacun déployant des différences. Car le groupe module les titres avec des passages un peu plus posés, pouvant amener de la lourdeur ou un coté ultra mélancolique, tout en laissant en arrière plan cette violence qui caractérise leur musique. Le groupe amène ainsi des structures qui hiérarchisent les titres, leur donnant une colonne vertébrales, en jouant sur différents biais, notamment cet aspect nostalgique qui vient en appuie de la brutalité, offrant un contraste qui offre en finalité une complémentarité avec un autre aspect de leur musique: c'est sombre voire noir. Pas de jeu de mot à la con ici, mais il y a belle es bien un coté sombre dans leur musique, appuyant un aspect délétère et assez malsain, seyant parfaitement à la musique offerte.

Les structures des titres sont essentiellement basées sur ce rythme intense, avec ces quelques variations apportant de la densité, associé à la brutalité et le coté sans concession. Les titres développent ainsi différentes parties, totalement cohérente avec l'ensemble. Mais le groupe utilise aussi une arme redoutable et plus discrète, en usant d'ambiances. Car si certains éléments sont faciles à trouver ( l'église, le bras de pas, le ressac de la mer...), d'autres sont nettement plus vicieux, reposant sur des riffs ou des structures servant à créer cet univers sombre et froid, qui nous submerge dès le début. Une sorte de mise en musique d'une vision d'un enfer (que l'on a sur un passage du titre 'Inner chaos unleashed'), appuyant des aspects souvent agoraphobe ou même encore utilisant des gimmicks du genre, mais avec leur méthode. On aussi des claviers venant ponctuellement, offrant un contraste avec les parties qui défouraillent sévères. Et développe alors un peu plus le coté malsain et presque blasphématoire parfois. On est pris dans un maelstrom de violence, une déferlante de brutalité et pourtant, parfois on va se péter les cervicales ou taper du pied, suivant un rythme soudainement différents dans sa structure, pouvant être martial, binaire ou plus complexe. Et au milieu de cette noirceur, il y a quelque chose de sublime parfois qui sort soudainement, via une mélodie qui fait mouche

Et il y a certains gimmicks typique du black qui se cachent dans l'album. Ils sont pas présents pour se simplifier la vie ou par facilité. Certains sont plus facile à capter, comme des passages avec une approche qui parodierait la musique sacrée, incurvant celle-ci dans la partie occulte. Mais d'autres sont nettement plus subtils, parce que le groupe amène quelque chose qui va nous évoquer des rémanences de titres, nous laissant sentir un scénario qui ne se réalise pas, le groupe obliquant vers sa vision, offrant en même temps un petit tour de force pour brouiller les pistes. Cela se fait par différentes méthodes, appelant aussi bien des parties assumées que des nappes de clavier (rares et bien amenées, juste ce qu'il faut), servant à appuyer les gimmicks et faire des liens avec le coté sombre ou mélancolique. Ces gimmicks servent à diverses fonctions, aussi bien pour ancrer leur black que pour servir de liens entre des éléments distants (on a un écho parfois, bien vu) que pour ciseler encore plus l'aspect délétère de la musique.

Les titres ne laissent pas de place au hasard aux structures et à leur colonne vertébrale musicale, livrant au fur et à mesure que le groupe veut aller au-delà d'une simple cohérence, semblant suivre un fil rouge. Dès le début, on sent qu'il y a un objet de progression, une involution vers quelque chose de très particulier, dont l'essence se révèle l'âme de l'album.

Les gars sont aussi de redoutables musiciens, avec un sens de la mélodie imparable, qu'ils utilisent de deux façons différentes globalement. d'abord, classiquement, par les riffs posés sur des passages moins soutenus, plus atmosphériques pour les ambiances que le groupe crée. Ca c'est facile. l'autre est plus subtil en même temps que plus retors car le groupe va poser des mélodies dans des phases où on est dans une brutalité assumée, avec une virulence extrême. Et le tour de force est que ces mélodies ne viennent pas pondérer la violence mais l'amplifier, de façon jouissive. Elles renforcent le coté sombre tout en apportant la densité et une certaine aération à des phases très intenses, aussi paradoxale que cela puisse paraitre.

Tout cet ensemble crée un univers très sombre, malsain et froid, où les paroles du groupe apportent aussi leur pierre à l'édifice. On est sur des thématiques très sombres, correspondant à tout ce qu'il y a de plus sombres dans l'humanité, s'attardant en détails sur 7 éléments clés. Chaque titre n'est pas placé par hasard, correspondant à une progression, livrant un élément clé de l'album: il s'agit d'un concept album, du coup assez ambitieux et qui explique la cohérence. La noirceur de celui-ci se puise dans le pire de l'humanité et des titres font ainsi écho à l'illustration de l'album, ce qui est à signaler. Et des paroles on glisse alors vers les chants.

Les chants car oui, il y a deux voix dominantes dans l'album (et je vous fais grâce des chœurs). Le plus important est un chant black agressif, au timbre un peu éraillé, collant parfaitement au black que nous propose Velka. Celui-ci se voit adjoindre les services d'un autre chant, plus guttural, offrant en même temps un contraste, une opposition qu'une complémentarité et appuyant symboliquement les aspects hétérogène de l'humanité évoqués dans les titres. Mais aussi pour enfoncer l'aspect sombre et mélancolique existant. L'utilisation des chants est complètement imbriqué à ce que la musique va dégager, les deux servant de contrepoint à l'autre (et rappelant les contrepoints dans la musique elle-même).

L'illustration, j'en parlais un peu plus haut. Celle-ci est d'ailleurs un des premiers indices concernant l'album, rejoignant l'idée des gimmicks du black en même temps que subtilement, cela va plus loin. Il est rare que j'évoque une pochette mais celle-ci apporte différents éléments en lien avec la musique, que ce soit l'image en elle-même que le traitement graphique. C'est clairement ambitieux de la pochette à la musique.

Le son est excellent, avec un petit grain subtil tout en étant propre, permettant d'entendre chaque élément (les samples d'ambiances ponctuels) et instrument. Les claviers qui arrivent parfois ne sont pas noyés dans la masse et ne vont pas suppléer les autres. Ce qui est cool aussi, c'est que l'on peut profiter de chaque élément de la batterie. Et aussi on a le plaisir de pouvoir entendre la basse, malgré la densité musicale et l'approche radicale du groupe.

Velka est une putain d'excellente découverte, livrant un concept album dense et complexe, en même temps qu'un brûlot de black, sorte d'exutoire et de crachat à la face de l'humanité. Clairement pas un album pour les gens sensibles mais pour les fans d'extrême, sans la moindre hésitation! Foncez découvrir cet album et le groupe en même temps!

© Margoth PDF

  • Facebook Social Icon
bottom of page