

MARGOTH 5
PDF5
Psychotronik breakdown
Numidian killing machine
Fetzner death records
11 février 2026 à 16:33:05
CD digipack
2023
9 titres pour 46'39''
Une petite vidéo:
Numidian killing machine est un groupe d'Alger formé en 2017, navigant dans un subtil mélange entre black, thrash et speed metal. Le temps de stabiliser le line-up et le groupe engendre son premier album en 2023, qui est celui qui nous intéresse aujourd'hui.
L'album s'ouvre sur une intro avec une langue dont je ne suis pas foutu de vous donner le nom* (j'ai un gros gros doute) qui apporte une montée en puissance au fur et à mesure du développement du texte et de l'apparition d'éléments musicaux comme du larsen et de la dissonance. Ca apporte une certaine ambiance qui ne te prépare pas vraiment à la suite. Et il n'y a rien de péjoratif ici.
Car la suite, c'est 'Blood and iron - The reborn kreation' qui déboule sans prévenir avec un mélange de thrash, de black et de speed. La recette est assez simple mais son exécution l'est moins, le gros proposant beaucoup de subtilités dans le dosage des trois styles de bases. Et c'est virulent, allant directement dans le gras, apportant un aspect malsain (qui fait la suite logique de l'introduction ' ⵜⵣⴰⵍⵉⵜⵜ ⵏ ⵍⴳⵓⵉⵔⵔⴰ ⵓⵔⵉⵜⵎⵉⵔⴰⵏ ' dont je vous laisse le plaisir de la lecture). Le titre pose les bases de ce que NKM propose, jouant avec le codes des styles mais en les repoussant dans leur extrême. Le titre ne fait pas vraiment dans la finesse, en terme de brutalité mais sait amener des éléments à priori peu complémentaires l'être. Le titre reposant sur un système de riffs (celui-ci en offre 2 de bases), offrant une construction particulière. Et c'est là que ça devient plus croustillant (déjà que de base, dès le début du second titre, ça capte l'intérêt).
Le groupe s'approprie les styles avec les gimmicks inhérents, certains codes incontournables, qui sont injectés dans la musique. Le thrash regarde, avec le black, vers une vision à l'ancienne. Pour le thrash, cela fait que l'on a quelque chose pouvant être speed thrash ou marqué par une empreinte fin 80 début 90. Induisant du coup un potentiel de variabilité que le groupe exploite (comme pour les deux autres styles, la variable principale étant le dosage des styles dans les titres et la construction avec leur imbrication). Le black est lui dans une forme épurée, regardant lui aussi vers quelque chose de plus ancien, mettant en avant la rapidité et jouant avec la mécanique du malsain que le style peu engendrer, au niveau des atmosphères. Tu oublies, pour les deux styles, le groove ou un côté lissé. Rien de tout cela. Ce qui importe ici, c'est la violence, le côté malsain et une gestion de la rythmique, reposant pour sa part en partie sur le speed metal.
Le speed metal est ici dans une forme qui se veut complémentaire au aux autres, servant de liant avec certains éléments (des riffs, des solos...) typique du speed metal. Là où ce genre m'intéresse peu, ici NKM me donnerait envie de me plonger dans le genre (si des groupes développaient des approches nettement plus méchantes et mordantes).
NKM s'amuse ainsi à créer des structures où le speed thrash / thrash se mêle au speed metal, offrant une sous strate structurelle. Les titres développent ainsi quelque chose de particulier, qui ne peut que s'écouter, à la fois impalpable et pourtant très percutant. Le black y trouve sa place, aussi bien dans des atmosphères que certains placements musicaux singuliers, marquant spécifiquement des passages précis. Le groupe offre une sorte de hiérarchisation polymorphe, qui permet d'apporte de la variété et une approche plus singulière de certaines structures. Et au-delà de cet aspect, il y a la réflexion sur des contrastes, des ruptures ou même parfois un jeu de brouillage des codes, allant jusqu'à poser des plans peu habituel, comme par exemple l'ouverture de 'Marching to Cirta' et ce solo de basse en intro. Si leur musique peut paraitre assez simple de prime abord, au fil de l'écoute il apparait que ce n'est pas si simple et qu'il y a une vision bien définie.
Les titres vont ainsi avoir chacun une identité et laisser une empreinte particulière, créant une entité globale qui va nous emmener dans un univers singulier, mêlant mythologie et monde dystopique, entre autre. Et qui permet d'expliquer le choix de l'approche, qui est assez violente. Mais la violence n'est pas uniquement axée sur la rapidité et le côté malsain. Elle découle aussi de la manière d'amener certains titres, avec des contrastes (de la lourdeur côtoyant la subtilité d'un riff de solo sublime, une lenteur succédant à des fulgurances), un jeu de dissonances et de disharmonies, d'altérations sonores et de notes et, bien évidemment, la manière où les titres entremêlent les trois styles de bases. Et si tu crois que NKM s'arrête ici, tu te plantes.
On retrouve ici et là des choses plus extrêmes, dérivants clairement du death (certaines structures, des rythmiques particulières, certains passages vocaux ou encore certaines transitions caractéristiques). Mais ce n'est pas le plus intéressant. Ce qu'il faut penser, c'est que le groupe est algérien, impliquant forcément une culture différente et une approche musicale avec une richesse particulière. Le tout s'appuyant sur des atmosphères (certes assez simples) se rattachant à l'univers du groupe. Et c'est là qu'apparaissent des éléments que je n'ai pas encore évoqué, comme les gammes nord africaines qui apparaissent parfois (et qui peuvent se retrouver au sein des lignes de basses aussi) ou vont se mêler au riffs speed metal / speed thrash), certaines structures ou constructions particulières (expliquant l'intro), engendrant un flou contrôlé qui parfois, navigue d'un monde à l'autre, nous emmenant bien plus loin que ce que l'on s'attend. Et d'amener certains codes exotiques auxquels on est peu habitué (et que l'on peut retrouver dans chez certains groupes du Maroc à l'Asie mineure, avec d'autres systèmes de gammes). Cela laisse aussi une empreinte dans la musique de NKM, glissant des repères pour naviguer dans l'univers que dépeint l'album.
Les titres offrent ainsi une approche parfois plus singulières, renforçant la violence et le malsain tout en créant un monde tangible, cohérent et de pouvoir placer, ici et là, des moments suspendus, inattendus mais diablement efficace. Le groupe développant sur un ou deux titres quelque chose de plus épique, basé en partie sur le speed metal et l'aspect culturel inhérent au groupe. Cela apporte de la densité, sans non plus nous submerger de trop d'informations, évitant ainsi de nous perdre en route. Et de pouvoir disséminer, au sein de l'album, des jalons qui nous guide et servent d'esquisse à quelque chose de plus grand, qui nous permet de faire un lien avec le visuel de l'artwork (qui déboite) et l'univers du groupe, une mythologie qui prend vie au travers de quelques clips disponibles sur youtube. Une mythologie qui reposerait en partie sur la folie, expliquant l'approche singulière et malsaine qui est parfois marquante sur certains passages de titres (et qui fait écho au regard de la reine sur l'artwork).
Le chant est lui aussi intéressant. C'est un chant saturé au spectre large, allant loin dans les extrêmes. Il a un timbre particulier, qui lui offre la possibilité de naviguer à travers les styles (notamment le black, black thrash et des éléments vocaux death). Mais le chanteur apporte aussi du malaise quand son chant va osciller vers un chant plus clair où sa hauteur de voix change, apportant une étrange modulation qui fonctionne, celle-ci étant utilisée avec parcimonie et réflexion. Le chant reste agressif, adoptant parfois un débit plus singulier. Et il y a, en arrière plan, ce rappel de l'old school dans le chant, en miroir à l'approche de la musique. Sur le premier titre servant d'intro, on a une voix particulière, dans une langue à deviner, avec un timbre singulier et une approche posée, allant alors monter en puissance, poussant une sorte de colère (un peu comme sur le titre 'Synopsis of Ignorance Within the Society at Large').
Le son est excellent. On a une charge puissante, avec un son assez gras, mettant la basse à l'honneur. Le son est massif mais très propre, permettant de pouvoir entendre les deux guitares (et ce système de riffs singuliers) mais aussi les harmonies ou les gammes plus exotiques, que j'ai évoqué. La batterie est bien présente aussi, avec un soin à laisser chaque élément être audible, d'autant que le son veut aussi être immersif et nécessite de se moduler sur certains passages. Le chant est largement audible, à l'équilibre avec le tout.
Si tu cherches un groupe qui va te mettre une branlée, ne cherche pas. Numidian killing machine le fait très bien, proposant un album riche, ravageur et permet de découvrir un groupe algérien. L'album va directement dans ma collection, aux côtés de quelques autres groupes algériens. A découvrir absolument!!
* ayant eut l'information du groupe, la langue est de l'amazigh (berbère) tendance numide. Ce qui me permet d'ajouter que l'album traite de l'histoire de la Numidie (la Numidie étant l'Algérie antique avant l'arrivée des Arabes et de l'Islam).