

MARGOTH 5
PDF5
Protosapien
Jupiterian
Transcending Obscurity Records
30 décembre 2020 à 10:53:50
Dématérialisé
2020
6 titres. Durée: 35'41''
Une petite vidéo:
Jupiterian est un groupe formé en 2013 qui nous vient du Brésil, de Sao Paulo, dont les membres se nomment R, A, V et P et qui n'ont strictement rien à foutre des chemins tracés par des illustres groupes comme Sepultura, Rot, Ratos de Porao ou encore Krisiun. Qui sont bien trop joyeux et rapides pour nos 4 gaillards. Car ici, avec Jupiterian, on part sur du très lourd, très lent, très poisseux, très obscure et pas très joyeux, avec un sludge doom death. Qui s'avère idéal un soir d'hiver bien couvert, avec un bon bourbon au coin d'un feu mourant.
Après un instrumental préparant le terrain, en proposant quelque chose ayant autant de gaieté qu'une procession funèbre lors de la grande peste, le groupe nous balance alors 5 titres où tu peux clairement oublié la joie de vivre et toutes ces conneries de festivités.
Bien que les titres ne soient pas vraiment trop longs (dans le genre), oscillant entre 5'38 et 7'14'', il est très rapidement clair que l'on va s'enfoncer dans des marécages puants et vaseux (au moins jusqu'à la taille, voire le cou si tu es de taille plus modeste). Ici, point de fulgurances, bien au contraire.
Le groupe appuie sur la lenteur, la lourdeur, amenant des passages très lents, accolés à des moments où les guitares ne seront que seules à bord, dans un riff déchirant de solitude. Ne suffisant pas pour nos amis, ils cultivent avec ça un coté très sombre, allant puiser dans l'occultisme, qu'ils élèvent au rand d'art musical mais en cultivant cet aspect décrépi, malsain et ultra glauque. Car oui, il est clair que c'est foutrement malsain et glauque, jouant aussi bien avec les codes musicaux qu'avec la production (on en parle plus loin).
Le groupe nous emmène au mieux sur des rythmes pachydermiques, où le sludge est élevé au rang de déité, allant allant forniquer avec un doom death déjà pas très festif à la base. Le groupe nous entraine alors dans son univers de noirceur, de tristesse et de monstruosités (le groupe cultive un univers mêlant Lovecraft, occultisme, horreur, cosmologie et mythologie), tissant une trame très dense qui demandera pas mal d'écoute pour pouvoir percer tous les mystères enfermés dans ses arcanes (bien que dès la première écoute, le groupe arrive à nous attraper, de part sa vision musicale.
Le groupe joue la carte de la lenteur, amenant une sorte de cycle monstrueusement écrasant, qui nous mène aux confins des styles qu'il pratique, allant même au-delà de ceux-ci. L'aspect doom death leur permet de pouvoir moduler cet étrange requiem, explorant les différentes possibilités de lenteurs ou d'obscurités, appuyés par un sludge d'une incroyable densité, proche d'une mélasse sonore. Et pourtant, le groupe nous arrive à nous surprendre, en évitant l'écueil de la répétition ou de l'ennui. Car sans que l'on voit venir le coup, il y a soudainement des accélérations très death, pur et dur, brèves mais qui apportent un contraste saisissant, en même temps qu'une bouffée d'oxygène avant de replonger dans les eaux noires et marécageuses d'où le courant nous a sorti.
Le groupe nous offre aussi des rythmes parfois complexes, ne choisissant pas la facilité (qui plus est au regard de sa musique). Car même si c'est lent voire très lent (l'ai-je dit?), cela n'empêche pas le groupe d'aller loin dans la complexité de sa musique, offrant là aussi un contraste entre le registre et l'exécution, nous montrant qu'il maîtrise complètement le sens de la mélodie (quelque soit le rythme où celle-ci arrive). Et cela donne un coté assez poignant, qui nous tire encore plus dans leur concept halluciné et torturé (parce que oui, effectivement, c'est torturé dans le genre).
Tout l'album développe une sorte d'ambiance délétère, où l'on navigue sans le moindre contrôle et sans la moindre vision, l'obscurité découlant de celle-ci étant très épaisse. C'est un lien qui se déploie au long court, imprégnant chaque titre de cette essence lente, malsaine mais néanmoins puissante. Car il faut bien le reconnaître, malgré le registre, le groupe offre une musique puissante, allant taper dans les émotions et une efficacité certaine. Le groupe crée des boucles qui appuient cet aspect d'atmosphère gluante, glauque mais qui s'avère être le seul vrai point de repère pour nous guider, nous rendant captifs et en même temps complices.
Et le chant n'est pas en reste de tout ça. Celui-ci suit forcément le rythme mais en étant très caverneux, avec un coté glaireux assumé. Il ne varie que peu mais va alors presque vers une sorte de murmure guttural que l'on pourrait retrouver dans une cathédrale en ruine, hanté par des corps éthérés oubliés. Ce chant s'avère être assez propre au groupe, semblant être indissociable de la musique que le groupe nous balance sans sourciller. Le chant appuie très clairement ce coté malsain, cette sensation de malaise impalpable qui inonde l'album, renforçant la noirceur du tout, le rendant à la fois monstrueux et pourtant, si humain.
La production est vraiment excellente, jouant elle aussi avec les codes des genres, pour en donner le meilleur (bon ici c'est vive la noirceur et le malaise). Elle insiste ainsi sur les basses (et donc une basse omniprésente), sans noyer les guitares. Elle offre un son très profond, gras mais loin d'être dégueulasse, bien au contraire. La production vise à apporter sa technique pour pouvoir nous immerger dans ce monde où tu oublies toutes joie de vivre. Elle appuie sur la noirceur, le coté angoissant.
Et pourtant, aussi fout que ce soit, cet album fait du bien. Car son coté très sombre nous permet de faire ressortir ce qui est en nous de plus malsain et obscure, nous donnant un exutoire pour se sentir bien. Le groupe nous livre rien de moins qu'une catharsis musicale. C'est osé mais c'est vraiment bon.
Amateur du genre, foncez! Curieux, tentez ce voyage, presque initiatique.