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Prophecy

Muertissima


Fetzner Death Records

15 juin 2026 à 15:41:54

Dématérialisé

2026

10 titres pour 50'15''

Une petite vidéo:

Muertissima est un groupe de death parisien formé en 2017, avec des gens très bien dedans qui a sorti son deuxième album en février. Et c'est justement de cet album que l'on va parler.

L'album démarre directement, sans compromis. Ca va être du brutal, pour les amateurs du genre. Le groupe pose rapidement le décor d'un death old school, dense, allant parfois titiller le brutal death ou sortir de son carcan habituel (j'y reviens un peu plus loin). Si leur premier album 'Inquisition' se voulait plutôt festif, ici c'est nettement plus sombre et l'album semble prendre la suite du premier avec un rapport alambiqué à l'inquisition et se qui s'oppose au christianisme forcé (je schématise à mort, avec un raccourci en ligne droite. Ici, cela est plus orienté et ancré sur notre époque, avec une exploration de facettes de ce qu'il y a de pire dans notre société (d'où le titre 'Prophecy' qui fait un parallèle avec les Incas, volontairement biaisé mais pas autant que l'on croit), égrenant au fils des titres une vision du déclin civilisationnelle lié à l'humanité. Je m'explique au fur et à mesure car mine de rien, Muertissima lâche un album très dense.

Le groupe envoie donc un death violent, à l'ancienne, de celui qui botte les culs de manière absolu, jouant un peu avec les codes du genre (d'où les évocations de brutal death), tissant une trame musicale intense, ne laissant pas vraiment de temps pour reprendre son souffle. Le groupe joue la carte de la vitesse et de la violence, en lien avec ce qui semble être une sorte de concept, poussant mine de rien l'auditeur à cogiter un minimum. Alors oui, c'est violent, intense et sans concession mais ce n'est pas la même chose de bout en bout. Loin de là.

On retrouve, de base, l'identité de Muertissima, qu'il y avait sur le premier album. Mais il y ajoute des choses qui enrichissent leur musique et propose une structuration très riche, là aussi dense, qui permet de nous immerger dans l'album et sur ce quoi il met le doigt.
Leur death vient se mâtiner, selon les titres, de thrash (la version vénère, comme sur 'Rich bitch'), injectant parfois des choses qui peuvent évoquer (brièvement) du black (là aussi, c'est du brutal) et même quelque chose venant du hardcore (brutal, tu l'as deviné... tu es balèze!) mais cette fois distillé habillement au travers des structures et des codes musicaux. Cela engendre une trame particulière où la base est death, enrichie des styles mentionnés, en même temps que la forme est volubile, jouant sur les tempos ou les atmosphères. Il faut bien comprendre que cette fois, Muertissiuma y va à fond mais qu'il y a pourtant de la finesse et de la subtilité (que ce soit par 'Echoes of Attenborough' ou 'Pachacamac' (tu la sens la noirceur diffuse, l'obscurité qui s'immisce?). Et qu'il y va parfois avec des breaks retors, que tes cervicales ou les murs ne vont pas bien aimer. Il y a énormément de mécaniques musicales qui stratifient en même temps qu'elle dessine un chemin au sein de leur musique, jouant parfois la carte de la radicalité ('From undead to oblivion' par exemple).

L'album se structure autour du death mais va intégrer deux parties distinctes (les trois premiers titres, posant les bases du n'importe quoi de notre monde) où le virage se fait avec, justement, 'Echoes of Attenborough' qui est un discours de David Attenborough, ce dernier ayant évoqué le déclin de notre civilisation (je schématise à mort ou tu en auras pour deux heures de lecture). La première partie a une sonorité marquée, plutôt carré, ne laissant pas d'extravagance au sein de la musique (en dehors du mélange de genre). Mais après ce fameux titre, il y a un changement de tonalité. C'est plus sombre et surtout, au sein des titres, des éléments altérés apparaissent (dissonances, notes altérés, modulation de tonalité...). Plus les titres progressent, avec ce que ça implique dans la trame de l'album, plus la structure prend aussi une forme d'altération. C'est très nette dans les rythmiques, souvent soutenues au minimum, qui deviennent parfois plus chaotiques ou vont intégrer des éléments plus posés on va dire. Mais aussi plus mystique (comme sur 'V.I.L. is for vile hate' avec ce chant (de gorge) particulier qui apparait), renvoyant aux incas et à leur calendrier (dont le visuel est une évocation puissante).

Mais l'album va de plus en plus loin, au fur et à mesure, injectant progressivement ce qui est de la folie pure, le résultat de la folie des humains. Et cela apporte une sous structuration qui joue avec le titre 'The rain' qui aborde un angle plus posé (ça reste du death), marqué par une ambiance et le semis d'une idée que cette pluie n'est pas bonne, nous glissant très nettement vers un cauchemar et une issue fatale. C'est aussi un titre qui est marqué par des moments plus calmes, voire sereins, sans pour autant être une lueur d'espoir (qui serait pulvériser de toutes façons par la violence de 'Locura'.
'The rain' permet aussi de créer un lien avec les moments où certains titres ont un moments où l'intensité change de forme, passant de l'intensité physique, viscérale à une forme émotionnel. L'album s'avère être quelque chose de très dense dans la forme de l'intensité, jouant sur l'émotionnel autant que l'aspect brut, palpable, organique (qui va vraiment loin plusieurs fois, en terme de violence et de rapidité). Et c'est aussi à ce titre que Muertissima apporte un peu plus de modularité, rappelant que celui-ci a aussi un sens de la mélodie marqué (on le retrouve partout, que ce soit dans les parties sous acides, les évocations incas / sud américaines ou les moments parfois suspendus).
Et d'ailleurs, dans cette seconde partie, j'y retrouve des éléments qui pourraient être présent chez Anthropovore, quelques moments m'évoquant l'approche de ce projet. Ce qui me fait dire que cet album, 'Prophecy' pourrait être une sorte d'extension, plus calme, si tu connais Anthropovore, de ce groupe. Sous un prisme moins frontal, privilégiant une approche plus émotionnelle (en restant dans le death, faut pas déconner non plus).

L'album se construit en suivant un fil rouge, un ensemble de faits absolus, pas d'une histoire narrée. Non, là, c'est plus une dystopie qui serait une possibilité de notre Histoire. Et c'est ce chemin que l'on prend, le groupe abordant, mine de rien, comme si de rien n'était, hop hop hop, la guerre, l'écologie, la folie des hommes... en jouant avec une sorte de parabole, lui permettant de pouvoir explorer le concept en même temps qu'il repousse les limites de leur death. Qui, du coup, nous mène à la fin de l'humanité, en faisant un parallèle puissant et très intelligent, avec 'Pachacamac' évoquant les ruines de la civilisation Lima (plus death metal dans le concept, ça va être dur). Et c'est là que Muertissima y va franco (tant qu'à faire): il s'agit d'un titre fleuve de 8'30'' qui s'avère être un voyage musical immersif, plongeant dans des codes musicaux hispaniques d'Amérique latine. Le titre est extrêmement calme, posé, se partageant deux chants (Simon et Delora), proposant un titre céleste et pourtant, foutrement viscéral. Mais qui est sans équivoque: après notre civilisation, la Terre retrouvera sa sérénité. Je prends beaucoup de raccourcis (sinon, demain tu seras encore à lire) mais globalement l'idée et là: un album de death engagé dans une démarche de questionnement, pour se remettre en question avant qu'il ne soit trop tard.

Simon excelle dans son art, clairement. Il repousse les limites de son chant pour Muertissima (certains accents font vraiment penser à Anthropovore par moments, les plus fous) mais surtout dans son approche plus sereine, posé, avec un chant de gorge ou qui s'en rapproche, notamment sur 'Pachacamac ', rejoignant l'émotion de la musique. Simon livre pour moi une putain de performance, clairement (et on reparlera de lui avec Supplices dans pas longtemps). Et il y a aussi l'idée d'intégrer sur 'Locura' le chant de Steveen de Loco muerte, apportant son grain de folie ici.
Le son est excellent. Pour faire un lien avec le concept de Prophecy, celui-ci est très massif, volontairement plus gars dans les basses, dégageant un côté plus sombre. Il y a une volonté de nous sécher, sans autre forme de procès. Mais l'album recèle énormément de détails musicaux, avec des invités qui apportent leur savoir-faire et un aspect particulier (comme Lionnel d'Impureza sur 'Pachcamac'), permettant d'offrir une immersion plus intense. C'est d'ailleurs avec ces différents intervenants qu'il y a cette trame particulière. On entend bien les instruments (d'autant que certains passages sont sublimes, entre les sonorités hispaniques ou évoquant les Incas), mettant de la profondeur au sein de la musique. La basse est audible (malgré que j'ai dû m'appuyer sur du MP3), avec un son lourd, collant au concept. La batterie est complètement intégrée au tout, avec un spectre marqué sur certains éléments (caisses claires, cymbales). Les chants sont bien à l'équilibre, largement compréhensibles et audibles, d'autant que parfois, c'est nécessaire pour la performance que l'on a. Les arrangements sont pertinents (piano et autre) car apportant, le moment venu, le petit élément en plus qui fait d'un titre vraiment bien un titre excellent.

Muertissima est de retour avec un album juste monumental, avec un concept poussé, repoussant ses limites et celle de sa vision du death. Une brutalité intelligente, avec en arrière fond l'art de nous questionner sur notre civilisation. C'est intense, jouissif et absolument incontournable. Une des branlée de l'année!

© Margoth PDF

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