

MARGOTH 5
PDF5
Précipice
Maudits
Autoproduction
24 décembre 2025 à 16:11:05
CD
2024
8 titres (dont un ghost track) pour 57'38''
Une petite vidéo:
Maudits est un quatuor parisien formé aux alentours de 2020, navigant dans un registre plus sympa, à savoir un post metal instrumental cinématographique. C'est un album sorti en 2024 (oui, un des gros retard) mais il vaut mieux parler de celui-ci en premier (puisque son successeur attend son tour, bientôt).
C'est un voyage immersif que nous offre Maudits. Dès le début du premier titre, on plonge dans un registre plutôt posé où la puissance vient plutôt de l'aspect cinématographique qui nous enveloppe aussitôt, associé à de l'ambient qui finalise cette immersion. Le groupe va développer un univers puissant et attrayant, jouant notamment, sur 3 titres, le jeu de la durée (on est sur du plus de 10 minutes, flirtant avec le quart d'heure). Mais une durée qui ne fait pas fuir car celle-ci permet au combo de structurer et d'offrir des titres vraiment denses, s'arquant sur l'aspect cinématographique (qui ressort en premier) et des codes propres au post metal. Et c'est là que ça devient plus complexe.
Car le groupe joue avec les codes du genre, s'appuyant sur la polarisation entre des moments de sérénité (amplifiés par l'aspect cinématographique et cet ambient, qui vient ajouter une atmosphère aux titres) et des instants plus fulgurants, jouant aussi bien avec la rythmique et les tempos qu'apportant un jeu de distorsion et de dissonances avec les riffs, proposant un jeu de contraste et de textures. La puissance passe forcément aussi par ici et va imbriquer une notion émotionnelle elle aussi chargée de puissance. Ce qui place leur musique à des niveaux d'écoutes et de compréhension différents.
Sur les titres prenant le temps de se développer et des développer une atmosphère où l'ambient la glisse vers quelque chose déployant parfois une forme d'exotisme musical, jouxtant l'aspect cinématographique à un angle plus personnel. Mais toujours en cultivant cette structuration particulière, jouant avec les styles et les codes, parfois sur le fil du rasoir. Et c'est ça qui fait que l'accroche se fait.
D'un point de vue purement post metal, au-delà de la puissance et du contraste, il y a aussi une approche un peu différente qui pallie l'absence de paroles. Le groupe n'oublie pas où il navigue et certaines rythmiques (voire certains plans complets) sont clairement identifiables au genre, ne laissant aps de doutes.
Et c'est là déjà un tour de force car cette absence de chant n'est pas gênante du tout (c'est d'ailleurs une différence avec le nouvel album où des voix apparaissent, avec une réflexion de leur rôle). La musique et la construction des titres pallie cette absence, laissant les mélodies prendre un peu se rôle et permettre de stratifier des éléments musicaux, où l'émotion est bien ancrée, tout en déployant une maitrise de celle-ci, en utilisant des instruments comme le violon, à différents moments.
Cela induit aussi une écriture des titres qui va chercher à sortir des sentiers battus et nous emmène avec eux dans un univers où la densité n'explose pas de suite. Bien au contraire, le groupe cultive une forme de subtilité qui rejoint l'approche en finesse et le côté ambient existant. Mais les titres offrent aussi une structuration plus globale, tissant une sorte de trame globale. Et va écrire une sorte d'histoire sans paroles, reposant juste sur l'émotionnel et les codes des genres explorés.
L'album développe des aspects parfois assez différents et certains vont plus toucher une certaine nostalgie, jouant la encore une sorte de contraste avec l'aspect cinématographique. A certains moments, le groupe implique une sorte de jeu temporel, aussi bien avec la musique en elle-même, par sa structure ou son écriture que par un contraste avec des éléments modernes (sonorités, structures) qu'une approche ouvrant vraiment le chemin de la nostalgie. Et tout ça, c'est à regarder de manière global l'album, où le titre de celui-ci prend sens: le groupe nous emmène dans des profondeurs que l'on attendait pas, allant déployer une musique bien plus protéiforme que ce que l'on pourrait lire sur le papier. Le tout en gardant une cohérence (des éléments et des gimmicks revenant dans les titres).
Le son est puissant, très propre. C'est une nécessité, au vue des instruments apparaissant dans les titres et de l'écriture de ces derniers. Si les instruments de bases sont bien là, usuels, il est apporté un soin aux tonalités, notamment sur des éléments de batterie (les crashs cymbals), surtout quand le groupe va toucher l'évocation de films (Vielä siellä n'est pas sans m'évoquer sur son final une variation du thème de 28 jours plus tard, avec la charge émotionnelle que ça implique). C'est un son très riche, avec des arrangements subtils où la pertinence reste la ligne de conduite, du fait du jeu de l'émotion et de l'aspect cinématographique.
Si tu ne connais pas Maudits, cet album est une excellente mise en bouche, le groupe posant des bases de ce qui est son identité (que l'on retrouve sur 'In situ' à venir bientôt en chronique). Si tu es de nature curieuse, fais toi plaisir!