

MARGOTH 5
PDF5
Pleonectic
Neo Inferno 262
Necrocosm
2 juin 2023 à 15:25:18
Digipack luxueux
2023
9 titres pour 50'39''
Une petite vidéo:
Neo Inferno 262 est un groupe parisien formé en 2006 dont la structuration des membres est un peu mystérieuse (vraiment pas tout compris avec le livret, qui est dedans et fait quoi mais très sympa dans la présentation: un monument) et qui officie dans un indus black metal. Et qui va pousser le concept loin, en plus d'avoir un concept sur cet album, à ce qu'il me semble. Alors, je serai clair dès maintenant: là aussi, on un album qui n'est pas accessible à tout le monde, cultivant la singularité. Et qui va forcément vous faire réfléchir.
A ma première écoute, au début du titre '4.0.4.2.6.2.' je ne savais pas où j'étais. C'est étrange dès le début, baignant dans un indus protéiforme extrêmement synthétique. Et qui s'avère logique avec son titre (puisque l'on peut faire un lien, entre autre avec les erreur 404 et 262). Le titre a un aspect très froid, mais lié avec une approche informatique, très déshumanisé. Et là, ça va encore. Car vers la minute, le black apparait, pour directement fusionner avec cet indus singulier. Et là, ça part dans quelque chose de très déshumanisé, froid mais aussi complexe, jouant avec les codes des styles et les possibilités qu'offre l'indus, qui est ici repoussé aux limites du styles. Ca va brasser pas mal de choses, comme un côté electro malsain, des choses plus orientées technos (dans des formes plus dures), amenant leur étrangeté (ben oui, ce n'est pas la vision techno conventionnelle) au service d'une entité fortement désincarné et qui, pourtant, arrive à instiller quelque chose de purement humain, mais dans les versions les plus alternatives. Et ce titre amène aussi quelque chose de plus diffus, une ambiance très particulière, qui va nous obliquer un instant vers l'artwork.
Celui-ci est particulier, dégageant un côté désagréable d'une vision d'une dictature post soviétique. Le monument s'impose de façon massive, écrasante (et l'arrière appuie cette idée, en plus de la domination de cette étrange entité. L'utilisation des couleurs n'a rien du hasard, un rouge intense sur des teintes ternes voir grisées. Et cette impression de domination, d'écrasement et de contrôle se retrouve dans la musique. Et celle-ci va loin, très loin, explosant les repères.
Car si l'esprit dominant est un indus black virulent, froid et très déshumanisant, il y a des aspects nettement plus humains qui vont apparaitre (le jazz sur 'SEXES' par exemple) qui vont jouer sur les contraires et les contrastes, renforçant la plongée dans un univers dictatoriale où l'individu (et par extension l'humain) va s'effacer. Et cela se fait par des éléments musicaux venant d'autres contrées (musique années 40/50, jazz, blues) qui vont se confronter à une réalité froide, inhumaine et implacable. Neo Inferno 262 est une putain de dystopie mise en musique, offrant une alternative terrifiante à notre réalité. Et une fois que tu as intégré ça, tu plonges complètement dans le cauchemar et le concept et tout l'ensemble fait sens et te permet d'appréhender l'approche du groupe.
Il y a une ambiance sous jacente, singulière, qui sert en partie de fil rouge et de cadre à l'album. Mais cette ambiance est vivante, se modulant, changeant d'obédience parfois mais gardant pourtant toujours un lien avec le reste, ne trahissant pas le fond, alors que la forme peut être altérée.
L'album va jouer avec les biais du black et de l'indus, qu'il va travailler, aussi bien chacun d'un côté qu'en même temps, allant triturer les deux styles, offrant des moments hallucinants ou complètement fous , qui vont aussi bien nous embarquer que nous marquer profondément, en martelant une sorte de propagande à ce régime désincarné dominant (qui sont à chaque fois des points de convergence en même temps que des moments de bravoures). Il y a un côté martial qui va impacter la musique, que ce soit par le black ou l'indus.
Cet aspect martial va asseoir le concept, écrasant de sa masse l'humanité et l'individualisme. Il y a une approche qui fait que tout doit rejoindre le collectif, n'hésitant pas à briser les codes (mais aussi les esprits. J'y reviens un peu plus loin.). Ca implique une rupture complète des repères et de l'imaginaire collectif. Ca oblige à intégrer leur vision, leur collectif, qui va glisser vers quelque chose, au fur et à mesure de l'album, de nettement plus religieux en même temps que synthétique, amenant progressivement l'idée d'une religion synthétique, informatique. L'humain se délite au profit d'un ensemble purement artificiel, l'homme se retrouvant relégué dans les tréfonds d'un enfer réel fait de silicone et de circuits électroniques. Et cela passe par une confrontation qui va amener la musique à jouer sur les aspects les plus synthétique de l'indus (avec l'apparition parfois de beats techno durs) qui lutte contre un black assez radicale, avant d'être intégré au tout, sans autre possibilité.
Les titres renvoient à ce état de fait mais aussi vont poser une réflexion à notre rapport à la technologie. Car finalement, c'est là le concept que soulève le groupe: notre rapport à la technologie qui va causer notre perte. C'est très black comme réflexion mais c'est aussi quelque chose de très puissant pour l'indus, permettant de jouer avec les codes et des briser les acquis. Plus l'album avance et plus les repères disparaissent, laissant le groupe créer de nouveaux repères, bousculant les codes en même temps qu'il glisse une notion musicale nouvelle, engendrant quelque chose qui fait que l'industrial black metal du groupe fait sens ('bleak revolution' pose vraiment les bases nouvelles). Tout ça pour remodeler le ressenti et faire fusionner l'humain et la machine. A coté de ça, l'univers de Fear Factory et la saga Terminator sont des bluettes pour nourrissons.
Et la musique de NI262 va suivre cette ligne qui se crée, poussant le cauchemar dystopique dans une réalité alternative pas si improbable et qui fait un parallèle avec les avancées actuelles, en matière de technologie. D'où la brutalité qui jalonne l'album, cette volonté d'annihiler toute humanité. Et cela se traduit par le côté parfois radical qui apparait, toujours néanmoins avec un style différent pas loin au début puis fusionné avec plus loin. On a même parfois des relents gothiques qui apparaissent (mais très altérés).
Mais il y a aussi cette notion que j'évoquais plus haut de briser les esprits. En effet, il y a un glissement progressif qui se fait dans la folie, dès le début de l'album, qui va à un moment sur un point de rupture où l'esprit est vaincu par la machine. Mais je soupçonne le groupe d'avoir fait plutôt plusieurs points de ruptures, pour faire des liens avec plusieurs aspects liés à l'esprit humain, qui commencerait du côté de 'Cyclopyrrolones'. Car au-delà du concept, il y a aussi une plongée dans l'esprit humain, une sorte d'analyse synthétique, froide, déshumanisée, qui pose un constat et oblique pour la correction de ce qui n'est pas dans l'algorithme. Et oui, il y a aussi quelque chose de lié à l'informatique dans, une partie facilement accessible (les titres, des éléments musicaux de l'indus qui font un lien, avec des codes binaires ou d'autres choses plus proches des lisières technos) et une autre, nettement moins évidente, qui demandera des écoutes, la compréhension des structures ou même la trame musicale à part.
Sans compter qu'avec tout ce qui précède, le groupe amène des notions d'altérations, de dissonances, de ruptures de styles et autres joies musicales, qui ajoutent à la fois au concept mais aussi, évidemment, la musique. Rien n'est laissé au hasard.
Le chant est la aussi à part. Et c'est un aspect assez singulier. Il joue sur les deux aspects des styles, amenant le côté froid de l'indus et brut de l'indus et celui plus brutal et bestial du black. Il joue sur les deux visions qui s'extirpent de la musique et du concept. Il apporte une personnification à l'entité dystopique en même temps qu'il va gérer l'aspect déshumanisé. Le chant black offre plusieurs variations, à moins que ce soit plusieurs chants différents (qui renverraient en partie à la folie et l'incarnation de l'entité dystopique?). Le coté religieux va s'exprimer par des chants grégoriens dans la forme, amenant dans le fait, une sorte de blasphème car amenant l'essence d'une autre religion. Des moments parlés viennent apporter une sorte de recul sur soi, menant la notion de réflexion. Il y a vraiment un travail sur l'aspect des voix, leur place ou leur rôle.
Le son est terrible! C'est puissant, sans aller chercher trop complexe malgré le style. Il y a un travail sur les sonorités, qui joue avec les styles mais aussi les textures et les codes induits. Etonnamment, c'est extrêmement riche, qui plus est dans les passages les plus chargées ou les plus extrêmes, jouant sur l'altération du son mais laissant cette complexité rester compréhensible, en évitant la saturation (qui pourtant arrive par le son de l'indus parfois, glissant l'ambiance étrange). Il y a beaucoup de détails dans le son, qui amènent des niveaux d'écoutes différents.
Neo Inferno 262 livre un album singulier, très dense, complexe, qui n'est pas forcément accessible au premier abord, l'indus black qu'il pratique s'éloignant des choses conventionnelles. Mais si tu as un peu de persévérance, tu plongeras dans un cauchemar dystopique certes mais qui recèle une efficacité incroyable et surtout une vision abouti avec un concept puissant. Ceux qui sont amateurs d'étrangetés vont prendre leur pied assurément!