top of page

Outre-rage

Le skeleton band

Ramblin’ Bastringue / Urgence Disk Records
Araki Records

6 février 2025 à 15:57:34

Dématérialisé

2024

7 titres pour 36'04''

Une petite vidéo:

Le Skeleton band est un quatuor montpelliérain formé à priori avant 2010 (date du premier album) et qui livre ici son 6è album. Celui-ci nous change un peu des habitudes, mêlant post rock, blues et folk, le tout avec parfois une explosion d'énergie suintant une forme d'urgence. L'album est sorti en septembre dernier, la difficulté de capter l'essence de l'album se posant.

Car dès le début, il y a une sorte de paradoxe assez cool qui apparait: il y a un côté instinctif, exsudant une sorte de rage latente et une approche atypique, jouant et se jouant des codes musicaux. La difficulté est venue de comment essayer de retranscrire par des mots ce que l'album est et propose, à savoir une sorte de voyage intérieur nimbé d'une forme poétique et onirique.
Car là, je suis à la fois loin de ce que j'écoute habituellement et en même temps (d'ailleurs, des chroniques à venir vont aller loin dans ce sens), je ne suis pas perdu dans leur univers particulier qui s'avère très attachant et chaleureux. Il y a quelque chose qui transpire l'humanité au sein de la musique du groupe, apportant chaleur et réconfort, même si cela peut être parfois plus sombre. Mais c'est assez cohérent que j'accroche puisque que l'on retrouve ici Alex Jacob (passé en chronique avec son projet Glabre, que je recommande).
Et il y a aussi quelque chose de plus personnel, allant titiller une part de ma nostalgie, avec cette empreinte musicale qui évoque Louise Attaque (du fait de l'utilisation d'un violon et de l'approche voir quelques structures proches présentes) et la voix qui évoque aussi Louise Attaque, avec un timbre particulier.

On retrouve certains liens avec Glabre, notamment dans l'approche assez lente, presque doom, qui s'exhale des titres mais qui apportent un côté exotique surprenant, puisque celui-ci va rencontrer des éléments purement blues ou folk. Et en jouer des structures et codes, apposant une approche souvent éthérée, où la subtilité est la clé de voute. Et c'est là que ça devient foutrement compliqué.
Car, quoi qu'il en soit, que ce soit blues teinté de reggae, post rock ou avec une approche retenue et très doom, avec une teinte particulière à la musique, il y a toujours cette étrangeté d'une forme d'urgence protéiforme, parfois plus punk dans l'âme. C'est très particulier et sur le papier, cela pourrait paraître étrange à minima alors que dans les faits, ça fonctionne complétement. D'autant que les chants viennent appuyer certains aspects et plus d'offrir complémentarité et une forme d'opposé (deux chants masculins, dont l'un avec un timbre particulier et un féminin). Ces chants sur l'aspect lumière / ténèbres, que la musique laisse se développer, avec force de retenue et une approche plus poétique venant des instruments utilisés ( mélodica, vibraphone, violon, banjo et contrebasse). Certains instruments faisant écho à la musique.
Il s'en crée une atmosphère particulière qui transcende les limites des genres et dévoile des aspects musicaux qui pourrait bien offrir une extrapolation vers d'autres sphères, comme l'ambient ou la black atmosphérique ambient, apportant des passerelles entre les genres mais surtout qui nous immerge dans l'univers du groupe, du fait de cette étrange énergie déjà évoquée.
Energie qui échappe aux règles car ne se concentrant pas uniquement sur des aspects rapides mais va aussi explorer les chants ou se glisser au sein de mélodie où on ne l'attend pas, ouvrant la voie à une énergie émotionnelle (que le chant féminin va parfois porter au firmament, en complément des autres chants ('Aici Jai', transpirant d'un onirisme à l'énergie croissante est un bon exemple).
A cela s'ajoute que la durée des titres est totalement aléatoire et clairement pas calibré pour passer à la radio et c'est tant mieux. Ce serait dommage que 'Aici Jai' soit amputé ou que 'Les oiseaux tombent' perde de sa poésie induite. Surtout quand le blues va venir s'inviter dans les titres (et je soupçonne des touches plus jazz ici et là). C'est très dense, incroyablement profond et délivre vraiment cette idée d'un voyage interne.
Et tout ça mis bout à bout, on est bien obligé de reconnaître que Le skeleton band est purement un groupe de rock, se foutant autant des étiquettes que des codes, laissant juste la magie de la musique et des émotions diverses guider sa musique et sculpter une approche résolument atypique. Et de livrer un univers singulier mais extrêmement accrocheur.

Les chants sont intéressants, apportant complémentarité, un peu d'opposition mais surtout beaucoup d'onirisme et de poésie. Jouant avec les timbres de chaque personne, il y a une atmosphère prenante qui s'ajoute à la dimension musicale, nous embarquant insidieusement dans l'univers du groupe. Et cultivant son atypisme. Surt
Le son est excellent. D'une grande clarté (nécessaire avec les instruments utilisés), il recèle aussi une énergie marquée, sous diverses formes, parfois plus inhabituelles. Il y a un appel à l'émotionnel, construit avec celui-ci aussi et une réflexion marquée, d'autant que le groupe apporte des structures singulières. Les styles explorés ou intégrés jouent sur la tonalité et la tessiture de la musique, tout en gardant une base qui sert de colonne vertébrale. Les chants sont bien compréhensibles (bon sauf quand en portugais, là, je ne pipe pas un mot) et bien équilibré avec la musique, qui offre aussi des arrangements qui apportent des détails très riches.

Je découvre Le skeleton band avec cet album. Si tu es une personne curieuse de nature ou que tu es quelqu'un qui apprécie aussi sortir de ses habitudes musicales, alors aucune hésitation: fonce! On passe (et repasse) un excellent moment. Et c'est un disque qui rejoindra ma collection.

© Margoth PDF

  • Facebook Social Icon
bottom of page