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Orbios

Twisted mist

Music Records

23 septembre 2020 à 13:12:24

Dématérialisé

2020

7 titres Durée : 41’21’’

Une petite vidéo:

Formé en 2014 à Reims et depuis 2016 sous forme d’un duo, Twisted Mist est un groupe de pagan folk mêlant musique médiéval et d’autres choses (pour simplifier un max). Sur le papier, quand j’ai lu le résumé du groupe et ce qu’il propose, le coin de ma bouche à tiquer, mon sourcil droit s’est dressé de circonspection, les influences évoqués n’étant tout simplement pas ce que j’écoute, car ayant tendance à m’ennuyer. Et là, on part du coup sur quelque chose qui devrait quelque peu me rendre chafouin voir, au pire, me faire dire :’Qu’est-ce c’est que ce bordel ?’.

Pour chroniquer, il faut bien écouter et donc, je me suis plier au jeu de l’écoute. Sans surprise : qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Quelle sorcellerie le duo use-t-il ? Comment peut-on faire pareil musique ? Où vont-ils ? Quels sont les traumatismes qu’ils ont vécus ? Sont-ils sains d’esprit ?
Je ne répondrais pas à toutes ces questions parce que déjà, je n’ai pas les connaissances adéquates pour certaines et qu’ensuite, c’est un sacré morceau que ce duo. Alors accroches toi à ce que tu peux, on y va.

Lorsque la lecture à commencé, j’ai cru que j’avais mis groupe médiéval (pas de ceux qui sont d’inspiration médiévale, je parle bien des codes musicaux purs et durs) et tant que ce fasse, le titre ‘Matir’ déploie tranquillement ses 7’02’’, en proposant un préambule dépaysant, bien foutu où le duo amène vers les 2’30’’ les premiers éléments modernes (guitares) avant que le titre prenne son envol et que je fasse alors ‘ah ouais, d’accord… c’est pas mal’. Le pagan je ne connais pas comme style car j’en écoute pas. Ma seule référence est Negura Bunget, des vétérans roumains. Le titre continue à son rythme (rythme qui varie sur l’album, bien évidemment). De plus en plus, je fais un lien avec Negura Bunget mais sur la fin du titre, les frissons arrivent car il est clair que derrière l’étiquette pagan, il y a autre chose. Et putain d’sa mère, il y a de l’agressivité et une façon de construire les morceaux qui interpellent.

Donc, je peux répondre déjà à une question : sont-ils sains d’esprit ? Je ne l’espère pas, j’espère sincèrement qu’ils cultivent un coin de folie. Ce qui m’amène à la question : qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Clairement, mettre une étiquette va être difficile. Ce qui est sûr, clair et net, c’est que dans le genre, ça défonce ! La musique que le duo nous propose va bien au-delà du pagan. C’est très dense, très structuré et ça va t’emmener aux confins de monde musicaux que tu ne fréquentes peut-être pas du tout toi aussi. Et je te garanti un excellent voyage.

L’aspect le plus brut qui se dégage, dans les phases modernes, se situe quelque part aux confins du black, avec quelque chose qui aurait la rugosité d’un death abrasif. Mais qui n’existe pas seul, reposant sur la musique médiévale (et l’utilisation d’instruments typiques de la période) offrant un mélange extrêmement accrocheur, proche parfois de l’ambiant dans l’esprit mais toujours dans le cadre d’une sphère musicale qui brouille les pistes et les repères.

Je vais développer un peu le coté médiévale de la musique car on a tous plus ou moins la représentation cinématographique de celle-ci, en occultant la richesse de cette dernière. Car dans cet album ne se limite pas au seul aspect de la musique de la plèbe ou de celle qui aurait pu se jouer à la cour d’un seigneur. Le groupe explore aussi le coté mystique voir sacré de cette musique. On retrouve ainsi des passages liturgiques, d’autres effleurant un coté païen, en plus des aspects plus communs que l’on peut avoir en tête.
Et c’est là que le duo fait fort et que sa musique prend tout son sens.

Les titres, liants entre eux une ambiance mystique (et sûrement un fil rouge qui m’échappe mais qui est là…), développe un univers commun tout en pouvant exister par eux-même, indépendamment des autres. Il y a à la fois une cohérence et un coté libre, tout en appuyant sur un aspect plus sacré/ritualisé (j’y reviendrais un peu plus loin).

Maintenant, le mélange entre les divers éléments s’avère extrêmement accrocheur et surtout très efficace. Pour vous situer, en plus de Negura Bunget, il y a un aspect qui amène la musiquee du duo du coté d’Ulver, groupe ayant fortement évolué depuis du black à quelque chose de très expérimental, ambient et qui lui aussi cultive ce coté à part, où notre duo le rejoint sur ça. Non seulement c’est clairement à part, limite un ovni musical, mais c’est que la recette fonctionne vraiment.

Le mélange entre les parties résolument modernes (ce coté massif quelque part entre black, avec un truc abrasif death et autre chose, toujours dans une sphère metal mais pas que…) et le coté médiéval est clairement bien pensé. Mélange n’étant pas le mot qui colle le mieux. On va plutôt parler de fusion, dans le sens d’un mélange homogène, cultivant les différents aspects, de manières variés, comme sur le titre ‘La peste soit de ma chair’ où une certaine furie black va jaillir d’une musique ayant un coté rituel/mystique, presque incantatoire. Lors des passages modernes, même si la vitesse n’est pas là (car pas essentielle), le groupe cultive une forme de brutalité, par un contraste intéressant où les deux mondes se mêlent au même instant.

Mais le duo ne s’arrête pas là avec le concept. Car si certains titres sont des instrumentaux créant l’ambiance globale, ceux qui ont un chant servent aussi à creuser le concept, l’étayer et lui donner encore plus de densité. Le chant est aussi un élément clé, se partageant entre français et latin (semble-t-il, je suis limité aux noms des végétaux dans cette langue) et qui rejoint à certains titres l’aspect que j’évoquais plus haut, à savoir un coté sacré/ritualisé, jouant avec les codes des chants liturgiques voir sacrés (un moment dégage des chants grégoriens). Et qui permet au duo de refermer le piège sur nous, pour nous immergé dans un univers musical dense et atypique mais qui fonctionne du feu de dieu (ou du diable, c’est selon ton ambivalence préférée).

C’est très ambitieux comme album, brassant des styles et des univers musicaux que j’ai rarement entendu ensemble (ben… à part les groupes mentionnés plus haut quoi…), alliant la puissance d’un metal puisant dans le black/pagan à la précision de la musique médiévale, nous ouvrant les portes de dimensions auxquelles on ne pense pas forcément. Qui plus est, l’album passe très bien, sans le moindre ennui qui pointe son nez, la richesse des morceaux, en plus des constructions, permettant au duo de balayer toute lassitude, tout en offrant quelque chose d’autres : c’est beau musicalement, dans les passages médiévaux les plus posés.

Et ce qui nous ramène à deux questions posées au début : Comment peut-on faire pareil musique ? Où vont-ils ? Je n’en ai pas la moindre idée de comment ils font (c’est clairement un travail de longue haleine pour offrir quelque chose d’aussi dense et accrocheurs. Ce que j’espère, c’est où ils vont : le plus loin possible, parce que personnellement, c’est l’une des claques les plus efficaces que l’on m’a collé, loin de ce que j’écoute et que j’aimerais du coup découvrir le concept se développer encore plus.

© Margoth PDF

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