

MARGOTH 5
PDF5
Nuit noire
Arbre-dieu
Bitume prods
13 janvier 2026 à 16:12:24
CD
2025
4 titres pour 17'51''
Une petite vidéo:
Arbre-dieu est un one man band derrière lequel on retrouve Adz 'Thy Apokalypse, Reflecting the light, Kaamosmasennus, Salaman Isku...), avec une nouvelle facette de l'artiste et qui va explorer un autre univers.
Une petite mise en contexte avant de faire vraiment la chronique, car c'est une nécessité pour comprendre l'oeuvre.
Le nom renvoie à la Maison Dieu du Tarot de Marseille, avec une signification: l'effondrement, la révélation, la trace laissée après le choc, dégageant forcément une symbolique comme un promesse esthétique. L'Ep lui est une plongée initiatique à travers la nuit et un bad trip en 4 actes provoquée par les graines d'Argyreia nervosa (qui à l'air sacrément vénère) ou chaque titre invite à endosser la subjectivité du voyage (tout ça, bien expliqué dans le kit presse, en mieux).
Un regret est l'absence des paroles, qui m'auraient plus éclairées mais c'est du chipotage en règle.
L'Ep s'ouvre sur 'Graines de la folie', qui nous introduit à la fois l'ambiance, la forme et une partie du fond, en optant pour quelque chose de protéiforme en un raw black et des éléments plus rituels, renvoyant à une initiation. Le titre prend le temps de se mettre en place, du haut de ses 7'29'', à la manière de la montée progressive des effets des graines. La première partie est assez ritualisée, jusqu'à l'apparition d'éléments de raw black, introduit de manière progressive et ingénieuse, jouant sur la forme, la structure et un jeu de rythmique, associé à un contraste entre une guitare puissante et la rythmique lancinante du début du titre. Et à 3'50'', l'aspect pur et dur de l'Ep se révèle, avec un raw black direct, jouant sur des altérations de tonalités, des dissonances et un système de répétitions (dans le riff, amenant un côté massif et entêtant), qui va symboliser clairement les effets des graines. Le titre va déployer une forme de violence qui, au fil de l'Ep, va travailler avec la douleur où celle-ci est une partie du voyage, voire même le voyage lui-même, avec ce qu'il y a autour (lié au concept). Le chant apparait, porteur d'un message qui tient plus de la philosophie, mais sous le prisme d'un état sous substances. Le titre entretient cette sorte de répétition, même dans son final, pour mieux nous confronter au contraste avec le second titre.
'Tourbillon chaotique' joue avec l'idée de malaise, perte de contrôle mentale (le début, avec les sonorités) avant de nous faire un pamphlet de raw black rapide et violent, avec là encore une idée de répétition mais dont la mécanique change un peu. C'est très intense, nous noyant sous un flot sonore (d'informations) avant d'amener une modulation qui revient rapidement à cette violence à la limite d'être complètement débridée (comme une sorte de lâcher prise de la réalité). Le titre est un titre instrumentale, qui va faire un lien avec le premier et le troisième titre 'La vieille femme et le soleil pâle'.
Ce titre va reprendre un élément du premier titre, avec un tempo alternant mid-tempo, plutôt lourd et des fulgurances (symbolisme des hallucinations). Il reprend le rythme particulier avec un mélange diffus entre rituel et raw black, amenant une atmosphère très particulière et prenante. Les riffs offrent une structuration en deux pôles, jouant à nouveau avec une symbolique. Là où le titre va prendre un chemin plus étrange est dans la structure de la rythmique et notamment des patterns de batterie, où certains sont vraiment très étranges, mais dans une logique implacable avec le titre et son rattachement à l'Ep. Mais le titre laisse aussi l'idée de l'ouverture de l'esprit, les hallucinations servant à comprendre le réel. D'où les deux polarités dans le titre et en partie un choix d'une rythmique plus martiale. Mais aussi d'un contraste marqué, au sein du titre, d'éléments rythmiques servant de personnalisation de la vieille femme, avec un jeu de tonalités. Si de prime abord le titre parait assez simple, il s'avère plus complexe que ce qu'il est, apportant une sorte de réflexion interne. Le chant se pose sur des passages très caractéristiques, plutôt sur le mid tempos, laissant les phases violentes nous noyer dans un maelstrom de sons, comme une sorte de chaos sur lequel nous n'avons pas vraiment de prise. Le titre offre vraiment une trame particulière, en logique du tout.
'Mort et renaissance' clôture l'Ep. On retrouve les éléments du début du premier titre, avec des sonorités plus marquées, basées sur un mélange en raw black et ce côté rituel. Le titre est là encore instrumental, portant la durée la plus courte, 3'05''. Ce qui n'enlève rien à son impact, avec une mélodie mise en avant et la force du symbolisme à travers la musique (où la musique est le miroir du titre) et permet de nous mettre face à un contraste que l'on avait pas vraiment saisi depuis le début, avec une signature sonore dans des textures symbolisant la souffrance (car abrasives), glissant, mien de rien, une sorte de mise en abime, nous mettant face à nous-même (et notre rapport aux thèmes évoqués et à l'aspect philosophique qui se dégage).
Le chant est en français (d'où mon chipotage car c'est un peu compliqué de comprendre toutes les paroles - mais ça fait aussi partie de l'expérience sonore qui fait le lien avec l'expérience du voyage sous substance), avec un timbre agressif mais plus dans les basses (évoquant la nuit), ancrant le chant dans l'aspect raw. Mais participant aussi à l'atmosphère de l'Ep et à l'incarnation de l'expérience.
Le son est puissant, un peu crade car volontairement abrasif. Il ancre lui aussi l'Ep dans le raw black mais va amener aussi un contraste avec des sonorités mettant en place quelques mélodies qui vont appuyer l'aspect rituel (en plus de certains éléments structurels). Il y a de la dissonance, des altérations, qui ajoute une dimension plus singulière au projet. Le chant est placé au niveau du son des instruments, jouant sur l'idée de l'hallucination mais aussi comme moyen de servir d'incarnation à des concepts symboliques. On a un contraste accentué sur les graves et les aigus, jouant sur la texture (et en partie la tessiture). Ca complète vraiment le voyage immersif.
Adz dévoile un autre aspect de son art et, en partie, de sa personne avec Arbre-dieu. Là encore, on a une œuvre réfléchie, marquant des symboliques aussi bien dans les textes que la musique. Il nous offre un voyage qui est aussi une mise en abîme et nous met face à nous même, en choisissant un chemin quelque peu différent, avec une musique plus radicale. Et diablement efficace!