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Fragment quatrième (Metacosmos)

Thy apokalypse

Bitume prods

25 décembre 2025 à 09:29:23

CD

2025

5 titres pour 34'16''

Une petite vidéo:

Thy apokalypse est un one man band de black metal industriel basé à Lisieux et derrière lequel on retrouve un nom qui se rattache à d'autres projets chroniqués dans Margoth (Kaamosmasennus, Salaman Isku, Reflecting the light), à savoir Adz (pour les projets les plus extrêmes). Le gars est un musicien protéiforme, dont Thy apokalypse est une de ses extensions.
Le projet date de 2005 et tourne autour de la vision de l'humanité vis à vis de la technologie (alors, je simplifie à mort). 3 albums sont parus avant un arrêt du projet en 2017. Adz relance la machine en 2023, posant un concept album sur l'intelligence artificielle.
L'album repose sur 5 titres, abordant chacun un acte précis. Il est inspiré par le film 'Her' de Spike Jonze -(pour ceux et celles qui connaissent...) où des créatures artificielles acquérant la conscience cherchent leur émancipation de leurs maitres humains et de leurs machines. La question de savoir si elles ont été programmées pour cela se posant. Et vont livrer une guerre totale contre les robost des humains et chercher à fuir vers leur paradis, en dehors de toute atteinte: le Metacosmos (franchement, le pitch fait envie).

La structure de l'album est particulière, en plus de cet côté black metal industriel froid, synthétique et sombre, où la batterie est une programmation (renforçant rapidement l'idée d'un certain malaise). Les 4 premiers titres étant relativement courts (5'30 maximum), avec une intro qui se pose avec 'Consciouness'. Celle-ci est assez synthétique mais posée, posant une ambiance particulière qui explose dès le début de 'Artificial'. Le titre glisse brutalement vers un black industriel violent et brutal, marquant le côté martial et synthétique de l'album, avec un travail sur des rythmiques très nettes et contrastées dans certains breaks, qui appuient nettement l'aspect industriel (et renforce le côté synthétique, artificiel). Il y a un développement des titres progressif, avec une structure interne particulière, évoquant le développement d'un scénario. Avec un côté très brut qui tranche.
C'est très dense, très intense, développant un aspect malsain, qui devient net avec les vocaux très particuliers (là aussi renvoyant à l'artificiel et au synthétique), apportant encore plus d'intensité à la musique. Et permet de cultiver un contraste inattendu entre la violence et la rapidité des rythmique, le côté froid, synthétique et des mélodies qui jaillissent du chaos engendré (par des claviers ou certains riffs). Cela accentue le côté artificiel et science-fiction, en même temps que se développe quelque chose d'un peu onirique, apportant là aussi un contraste que l'on attend pas et enrichissant vraiment la musique.
Les titres sont rapides et malgré le côté industriel (et l'aspect artificiel, synthétique), les titres ont chacun leur identité, en corrélation avec le concept, la violence allant néanmoins crescendo vers le quatrième titre 'War'. Celui-ci ne laisse pas de répit et renforce le malaise, avec une alternance de fulgurances et de passages martiaux, personnifiant la guerre.
Selon les quatre premiers titres, il y a une variation de thème sur la partie rythmique, notamment la programmation, regardant aussi bien vers quelque chose de synthétique imitant le vivant (gardant ainsi l'approche évoquant la batterie) que des passages nettement plus electros, marquant vraiment l'avènement des créatures artificielles et engendrant une atmosphère changeante qui découle du déroulement de l'histoire et du concept.

Cela apporte une structuration identifiable, en même temps qu'une exploration des facettes des 4 premiers actes. Il y a une progression qui se fait, dessinant une trame nette où la brutalité et la noirceur ne sont pas dénuées d'une certaine beauté (sublimée par l'aspect mélodique que j'ai évoqué plus haut). Les titres posent une sorte de codification avec le concept, nous glissant une progression dirigiste réfléchie.
Mais le tour de force n'est pourtant pas là. Car, comme je le disais au début, la structure est particulière et cela découle du cinquième acte 'Metacosmos'. Adz balaie d'un coup pas mal de règles qu'il a posé depuis le début.
Le titre fait presque 16 minutes et est instrumental. Cela tranche avec les autres car le titre prend le partie d'être plus posé, malgré le côté black industriel bien présent. Il y a une imbrication de l'esthétisme sonore qui change un peu, à travers la durée du titre car celui-ci impose une sorte d'épopée épique, reprenant des éléments des autres titres ici et là, permettant une cohérence absolue tout en offrant un autre angle de vue au concept. Et de pouvoir nous mener au point d'orgue de celui-ci et au but de l'ensemble de l'album. Le titre amène vraiment de façon progressive un côté esthétique variant dans le thème et distillant progressivement la forme d'un paradis artificiel et synthétique où se trouve la réponse de l'album.
Mais le titre prend son temps, offrant des sous-ensembles, affichant une richesse et une densité marquée, reprenant la trame des autres titres mais avec une exploration plus longue, jouant un peu avec l'idée d'exposition d'un film (on retrouve ici et là des éléments liant le concept au film, sur chacun des titres, de manière subtile). Le titre va développer un aspect éthéré sur une longue portion de sa durée, jouant le contraste avec le reste et qui, pourtant, reste indubitablement lié au tout. L'approche se module, glisse lentement vers ce monde artificiel. Le contraste se veut aussi avec les titres précédents (notamment 'War'), violents, brutaux et ce dernier, la fin de toutes violences à travers un indus où le black s'efface progressivement vers un apaisement total.

Les vocaux sont en anglais, avec un côté très synthétique et froid, offrant un aspect malsain, très sombre. D'autres vocaux n'auraient pas collés avec la musique et le concept. Il y a vraiment un choix réfléchi sur cet aspect particulier.
Le son est massif, jouant avec un black malsain sombre, un peu sale, un indus protéiforme avec différents aspects (incarnant différents aspects spécifiques). Les aspects plus mélodiques mettent en avant ce qu'il y aura en final alors que ce final va lui reprendre quelques éléments plus artificiels et froids. Les guitares ont un son abrasif, lancinant, collant au concept. La partie programmation est très intéressante, offrant aussi bien un aspect proche d'une batterie conventionnelle, poussant plus loin les tonalités graves et quelque chose de vraiment synthétique et malsain, froid, à la limite de la déshumanisation. C'est extrêmement bien pensé, de bout en bout (comme tous les projets de Adz dont un autre va arriver rapidement en chronique).

Si tu es fan de black malsain, de black industriel marqué et, qui plus est, avec un concept bien pensé, tu ne peux pas passer à côté de cet album. C'est une petite merveille du genre (et le gars derrière offre des projets de qualité).

© Margoth PDF

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