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Journal de BOR

Barbar'O'Rhum

Mannequin Vanity Records

23 novembre 2020 à 15:39:49

Dématérialisé

2020

11 titres Durée: 1h06'40''

Une petite vidéo:

Barbar’O’Rhum, derrière ce nom jeu de mot à tiroirs, ce cache un groupe toulousain formé en 2014, avec à son actif une démo et un premier album, naviguant dans un registre musical bien loin cette fois de ce que j’écoute, mais franchement sur ce coup là. Mêlant punk celtique et metal pirate, le groupe définit sa musique comme du rock’n’rhum. Mais c’est plus compliqué que cela sa musique, il faut bien l’avouer.

Sur le papier, c’est assez intriguant. Que ce soit les registres musicaux ou l’univers du groupe, qui est en lui-même un concept. Je ne ferais point de mystère ni de tergiversions. J’ai du mal à entrer dans leur musique. Ce n’est pas parce que je pense que c’est de la merde, c’est simplement que je n’y trouve ce petit truc qui va me jeter dans leur univers. Il me manque un coté plus pêchu peut-être. En fait, c’est le fait que leur musique me flotte au-dessus. Ce n’est pas pour ça que vous devriez aller voir ailleurs car il y a des éléments intéressants, sans compter le fait que certains titres me plaisent bien voire même me pourrissent la tête(et ça, c’est vrai que c’est cool).

‘Equipage de Barbedrut’ ouvre l’album par un chant typé marin, collant au monde de la piraterie. Et ce titre, à la fois simple et pourtant accrocheur, c’est lui qui va vous pourrir la tête, s’y greffant invariablement. Un simple clavier en fond sonore, un chant clair, précis, avec des chœurs… Ca me rappelle un peu ‘Reel de la chasse galerie’ de B,A,R,F, dans l’esprit, en nettement plus calme. Ca me plaît ce genre d’ouverture, appuyant le concept en nous immergeant directement dans l’univers. Mais les titres suivant m’ont vite perdu, hélas. Car je n’adhère pas avec ce mélange musical, qui est pour moi nettement trop calme et qui m’amène une certaine forme d’ennui. Pour être plus exact, je l’écouterai plus par fragment, un titre ou deux puis plus tard d’autres (mais pas pour la chronique, faut prendre une vue d’ensemble).
Un autre souci est que le punk (ici en l’occurrence celtique) me laisse globalement de marbre. C’est un style qui m’ennuie, lui préférant nettement ses rejetons plus énervés (punk hardcore, crust, street punk… Quand au metal pirate, sorti du concept lié au domaine, je dois dire que là, c’est une sorte de grand mystère pour moi, cet engouement autour (et avec des groupes s’en revendiquant alors que ça tourne souvent autour du heavy (genre qui m’indiffère plus ou moins). Mais...

Mais le groupe maîtrise clairement son sujet et son concept. Il y a plusieurs choses foutrement bien vue, qui servent de moyens immersifs. A commencé par une cohérence de bout en bout, qui rappelle régulièrement le domaine de la piraterie, en jouant avec l’imaginaire collectif créer par des films ou autres (Les révoltés du Bounty, L’Ile au trésor, les références dans Tintin…) mais aussi avec des codes musicaux (que le groupe gère très clairement), des instrumentations spécifiques (je pense à ce qui évoque les Caraïbes ou les îles).
Il y a aussi un jeu intéressant au niveau des rythmiques, oscillant au besoin, pour rappeler la période, en plus de l’utilisation d’instruments traditionnels que l’on peut rapprocher à cette période de la piraterie.
Et il y a évidemment les thématiques, qui collent à cet univers. Mais pas simplement pour être raccord. Celles-ci servent aussi à donner vie au concept, à emmener l’auditeur avec eux dans leur univers fait de sabre, de rhum, de bateaux et de tripots. Car le groupe, au-delà des paroles, va utiliser des mots spécifiques à cet univers, ajoutant une touche de plus à l’immersion.

Les paroles tissent une trame narrative, laissant se développer un univers très riche, avec de nombreuses ramifications (des titres faisant échos à d’autres), donnant une sorte de temporalité qui donne corps à ce que le groupe nous propose. D’ailleurs le temps semble être un élément important (qui est rappelé par des rythmiques ou des structures plus spécifiques). Il y a une sorte de fuite en avant, une poussé vers l’exploration et ses mystères, avec des points d’ancrages / de repères.

On retrouve aussi des samples discrets qui nous rappellent régulièrement que le monde de la piraterie, c’est aussi celui des marins. Il y a une continuité dans cet aspect, en plus d’offrir des codes plus ciblés à ça (par les chœurs déjà évoqués, le chant qui va s’adapter en conséquence ou même des mélodies qui nous renvoie directement à ça (associé à ce fameux imaginaire collectif).

Musicalement, même si je n’accroche pas trop, il faut bien l’avouer qu’ils mènent bien leur bateau les brigands ! Les titres prennent le temps de se développer, le sens de la mélodie (et toujours avec ce détail de la cohérence de l’univers) étant bien là, à la fois puissant et en même temps, me frustrant un peu (les mélodies prenant vraiment l’essor sur le reste parfois). Car il y a des fois où j’espère que ça va aller plus loin (mais non… ce qui est normal au final), comme avec par exemple l’instrumental ‘Boire, occire, rire’ dont je trouve que quelques vocaux dessus auraient tout défoncé, le morceau en lui-même ayant un coté catchy.
Car croire que le groupe ne se limite qu’au punk celtique et au metal pirate, c’est une erreur. Le groupe va en effet beaucoup plus loin, explorant d’autres sphères, intégrant celle-ci dans leur musique, lui apportant une certaine densité. Et c’est avec cet aspect que le groupe a des titres qui me plaisent bien, aussi bien le premier, que ‘Birdy’, très entraînant et cultivant un coté oriental dépaysant mais qui fonctionne du feu de dieu. Presque un cri du cœur à un pirate ayant existé ! Ou encore ‘la chasse au Kraken’, proposant quelque chose d’épique et de soutenu mais avec une touche subtile qui nous glisse vers la mythologie maritime et toujours un coté immersif et dépaysant.

Un autre élément sympa aussi, à reconnaître au groupe : une certaine folie. ‘Le rocher des pirates’ en est un bon exemple, s’ouvrant sur une mélodie style 8 bits (master system ou NES) et dont le titre va tourner autour de la mélodie, prise en ritournelle et dont le groupe va broder autour quelque chose de plus déjanté (mais toujours avec un lien et jouant l’explosion d’une sorte de 4è mur, en intégrant le groupe dans le morceau). Comme ils le font régulièrement d’ailleurs dans l’album.
Cette folie est plus diffuse et distillée sur le reste de l’album. Et c’en devient même drôle lorsque l’on écoute ‘Frère de bitte’ à fort volume dans sa voiture, les vitres baissées… Car mine de rien, le groupe distille aussi un humour sous-jacent, avec des seconds degrés ou de façon plus abstraite, comme avec ‘Les p’tits rafiots’, mixant du Vivaldi avec de la musique plutôt irlandaise, comme si les Corrs avaient pété un câble.

Même si j’ai du mal avec le groupe, dont la musique est loin d’être dans les sphères que j’apprécie, je me disais bien que c’était sûrement en concert qu’il prend toute sa dimension et que son univers devient alors palpable (et les vues de photos avant de commencer cette chronique me le confirme). Je pense que Barbar’O’rhum est un groupe qui prend toute sa dimension en concert, mettant en scène et donnant vie à leur univers. Et franchement, si le groupe se pointe sur Montpellier, j’irais bien voir ça car c’est à ce moment là que prendra sûrement corps leur musique en ce qui me concerne. Les amateurs de ce style devraient en tout cas ce pencher sur ce groupe, qui développe quand même un certain coté innovant qui, même si j’ai du mal, et ben c’est foutrement pas mauvais du tout.

© Margoth PDF

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