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Inconsolable

Lugosi

P.O.G.O. Records et Out of Thunes Records

24 novembre 2022 à 14:55:55

Dématérialisé

2022

10 titres. Durée: 42'38''

Une petite vidéo:

Lugosi est un groupe français posé à Paris formé en 2015. Evoluant dans un mélange punk, hardcore et mathcore, le groupe sort en 2016 une première démo. Bim, saut dans le temps. 2022, voici le premier album.
Le groupe met dans l'ambiance très rapidement, le punk apparaissant clairement dans les structures (mais aussi dans l'état d'esprit), auxquelles vient se confronter rapidement une approche bien hardcore. Et là dessus, il y a directement une identité sonore, avec un son particulier, un peu grumeleux et qui laisse se dévoiler une certaine lourdeur (mais pas dans le sens habituel, ici c'est quelque chose qui est à la fois plus diffus et plus brut), amenant l'idée que des éléments sludge sont imbriqués dans l'ensemble.
Au défilement des titres suivant, le doute n'est plus d'actualité: c'est clairement un mélange punk hardcore baignant dans un sludge que l'on a. Mais qui porte son identité en étendard. Et le groupe joue ainsi sur différents biais musicaux, offrant des embardées entre le punk et le hardcore, avec en fond ce sludge qui imprègne le tout. Et quand je dis que le groupe joue, j'entends que les structures, outre d'être parfois tordues, offrant quelque chose de très torturé parfois. Les transitions entre le punk et le hardcore sont à la fois naturelles et pourtant brut, offrant de soudains changements qui donnent un côté chaotique, qui peut se transmettre alors dans la veine punk. Le gros des éléments chaotiques se situent à travers la batterie mais va aussi visiter parfois les guitares, nous donnant alors un jeu sur les sonorités ou les gammes, amenant un aspect qui se révèle technique, moine de rien. Et cela alimente deux émotions qui habitent la musique, se révélant complémentaire: la colère et la mélancolie.
C'est indéniable. L'album porte la marque de la mélancolie (de par les riffs, des structures, le son et l'approche choisie) mais qui est inscrite dans une colère marquée (pas besoin d'expliquer comment). Et cela engendre quelque chose qui peut être radicale dans le genre, en même temps que des transitions entre les morceaux, qui effacent les notions de débuts et fins des morceaux. Cette colère s'exprime par des fulgurances où le hardcore devient presque palpable, quand on a pas un virage qui nous dirige vers la power violence. Le groupe n'est pas là pour faire sourire, bien au contraire. Il y a même une démarche qui semble vouloir nous faire réfléchir à la condition de la société et à notre propre condition, reflet de notre époque, avec un côté cynique. Certaines parties offrent un dépotage en règles, au travers d'un éventail de douceurs: des fulgurances, des breaks vicieux, ce chaos très présent (mais pas omniprésent). Dans ce chaos, il y a de la structuration bien plus aboutie qu'on le croit. Et dans ce chaos, certains riffs ont des relents regardant le death (le début de 'The falling man', qui a une approche singulière par rapport au reste, pourtant dans la logique continuité de l'album).
Mais il y a aussi une certaine poésie dans l'album. Aussi étonnant ou étrange que cela peut paraître. Forcément, cela passe beaucoup par l'aspect mélancolique, qui parfois se démarque plus et va alors exploiter une certaine forme esthétique, pouvant briser les codes (et qui rejoint du coup cet aspect de chaos). 'Inconsolable' est ainsi un court titre mais qui charge énormément (du fait du contraste avec le reste) cette mélancolie. Mais le groupe pousse plus loin cet aspect, à travers un côté plus expérimentale dans l'approche. Et si un titre se démarque, car cochant tous les éléments, il s'agit de l'excellent 'I wish'. Chaos, punk hardcore, colère domine mais le titre amène la mélancolie à travers un riff efficace qui n'est pas sans me rappeler le thème de 28 jours plus tard. Et qui a ainsi une charge émotionnelle très puissante, faisant glisser la violence d'une case à une autre, tout en, fluidité. Et c'est d'autant un paradoxe avec le chaos ambiant.
Et les paradoxes ne manquent pas finalement dans l'album. On se les prend en pleine face à l'issue du titre 'I wish', qui nous donne un soudain recul, plutôt brutal et qui participe à cette notion de chaos. C'est complètement fou et c'est vraiment bien vu. Car là encore, c'est quelque chose que l'on attendait pas, à la mécanique assez complexe du coup, puisque réparti sur l'album et se la jouant infiltrée. En même temps que l'on prend la mesure de la densité des titres.
Le chant est très intéressant. Il se partage entre un chant typé hardcore, totalement habité, pouvant être chaotique (on a forcément Converge en tête avec l'album) mais qui offre aussi un chant plus posé, le chanteur jouant sur les deux émotions, la colère et la mélancolie. Le chant n'est pas aléatoire, bien qu'il puisse baigner dans le chaos. Un autre paradoxe.
Le son est très bon, avec une identité forte. Il y a un son grumeleux, un peu gras, jouant sur des dissonances (hop, coucou le chaos), avec une basse très présente qui apporte à la fois un peu de l'identité sonore et de ce chaos. Il y a aussi une franche différenciation de certaines parties, marquant la mélancolie et la colère mais qui nous renvoie aussi à la structuration globale de l'album. Même si c'est chaotique, agressif, le son dégage aussi quelque chose de chaleureux, paradoxalement et profondément humain, à la manière du titre clôturant l'album 'Maskenfreiheit' qui est à la fois un titre puissant émotionnellement en même temps qu'un excellent résumé de ce son 'et qui fait lien avec 'I wish', en matière de thème).
Découvert pour moi de Lugosi par cet album et une bonne grosse claque dans la gueule. L'album est énorme et je ne peux que vous dire d'aller découvrir ce qui est une pépite.

© Margoth PDF

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