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Gravitational perturbation

Odonata

Les disques du tigre

5 janvier 2023 à 15:00:20

CD digipack

2022

6 titres. Durée: 41'24''

Une petite vidéo:

Odonata est un trio venant de Limoges qui propose ce premier album. La difficulté est de mettre un nom sur ce qu'ils font, offrant une musique inclassable.

Les premières notes qui ouvrent 'Oriental memories', un titre fleuve de presque 10 minutes, ont suffit à me plonger dans leur univers qui leur est propre. On se retrouve face à un ovni musical, prenant la forme monolithique d'une musique mêlant doom, psychédélique et d'autres éléments moins évidents à nommer mais dont le mélange est juste judicieux et équilibré. Ce premier titre prend des virages musicaux évoqués dans son titre, avec cette ambiance particulière qui s'appuie sur des gammes exotiques, avec un côté arabique qui ne manque pas de charme. Le rythme qui s'impose rapidement est assez lent, creusant un sillon allant explorer des sphères qui me sont plus étrangères mais qui, dans l'ensemble du titre, prend son sens et participe à cette plongée qui prend des accents oniriques.
Le titre crée une trame particulière, quelque part entre rêve et un état second, qui fonctionne avec ce rythme très particulier, entêtant, presque mystique. Le trio développe certains aspects qui s'appuient juste sur les guitares et les subtilités de leur jeux, sortant un peu de son carcan mais sans pour autant renier la base qui est l'identité du titre. Les voix apportent aussi une importance capitales, le chant et les chœurs qui l'accompagnent ajoutant au côté exotique, le chant principal suivant une voie plutôt doom. Et ce titre n'est qu'une ouverture sur une approche singulière, qui se poursuit à travers d'autres voies, dans les titres suivants.

'Son of Iron' poursuit sur ce schéma (et une durée conséquente), à savoir ce côté doom rock et ce paysage exotique derrière. Un côté un peu plus brut apparait, marquant plus ce côté rock mais toujours avec cette subtilité des équilibres et cette dominante doom / psychédélique. Le rythme est presque le même que sur le premier titre, reprenant une partie des thèmes mais qui va intégrer des variations de ces thèmes et introduire des éléments un peu plus bruts, amenant l'ouverture vers d'autres sphères qui sont effleurées de manière fugace et subtile. Et cela se fait dans les structures qui vont ainsi avoir des variations, tout en finesse, portant ce mantra psychédélique qui revient en boucle. Mantra qui prend un peu plus d'importance vers les 5'30'', appuyant une ambiance plus mystique et pourtant, plus rock (malgré le rythme lent).

'Red' change de tonalité dès le début, prenant des accents un peu différents. Il y a toujours cette subtilité et cette finesse, d'entrée de jeu. Le côté psychédélique prend des accents plus jazzy, qui vont rapidement prendre un aspect rock et amener un rythme un peu différent, alternant le rythme auquel Odonata nous a habitué à quelques fulgurances plus fondamentalement rock. On quitte la sphère exotique/orientale de façon plus concrète (seuls subsistent quelques notes surnageantes) pour quelque chose qui offre un côté plus crû, plus doom rock accoquiné à une sphère jazz (notamment au niveau du jeu de la batterie). Le chant est aussi différent, étant féminin et offrant ainsi un contraste aux passages résolument doom rock qui arrivent soudainement, apportant une structuration et une ponctuation intéressante du titre. Là où c'est aussi intéressant, c'est que le titre, lui aussi assez long (6'22'') va vraiment marqué les différents passages plus typés, apportant un décalage sur les deux titres précédents (et qui pourtant entretient des liens évidents à l'écoute).

Le titre qui suit, 'Metamorphosis is the path' poursuit cette trame psychédélique, enfonçant un peu plus ce côté là. Le début développe un aspect onirique, se basant sur un duo batterie guitare entêtant, qui prend de la puissance au fur et à mesure du défilement du titre, allant titiller un côté rock psychédélique plus puissant. Le chant est d'ailleurs un des vecteurs assumés (accompagné de chœurs), faisant un lien avec les deux premiers titres. On y retrouve ce rythme assez lent et pourtant, il y a une certaine lourdeur, qui va amener de nouveau un côté onirique. Et le trio dévoile ici d'autres aspects à son univers, avec une musique plus enveloppante, créant une sorte de bulle un peu hors du temps (et qui marque un côté années 70), jouant avec les codes qu'il y institué au travers des titres précédents. Il y a une sorte de métamorphose dans sa musique, le titre puisant pour cela dans sa durée fleuve (9'20''), amenant là encore quelques mantras musicaux qui se recoupent avec le chant. Le titre pousse au maximum cette impression de voyage qui s'inscrit depuis le début, poussant vers une sorte d'apothéose qui prend soin de se poser à la fin du titre.

'A calm valley' renoue avec des sonorités plus rock (prenant les racines du rock et du doom en base), appuyé par la batterie qui insiste sur le côté rock. Les sonorités changent un peu, rejoignant ce côté rock, y allant de façon un peu plus direct, le titre allant à quelque chose de plus essentiel, à travers ses 4'44'' (oui, c'est très court cette fois). On retrouve le chant féminin en dominance mais avec une approche plus subtile, plus posée, qui offre un contraste avec le rythme plus binaire et un jeu à travers des sonorités assumés plus exotiques en contraste du reste de l'album (car nettement plus proche de l'essence rock). Même si le titre est plus rock, paradoxalement, il est plus calme et pourtant, plus direct. Quelques éléments font le lien avec les autres titres, mais de façon plus diffuse, le trio dévoilant ainsi un aspect plus cru et direct mais toujours avec cette subtilité.

L'album se cloture avec 'Oriental memories' qui revient avec une version plus courte (4 minutes), concentrant les effets de la version longue qui ouvre l'album. On y perd un peu en magie ce que l'on y gagne en intensité, l'aspect doom rock se démarquant plus, du fait de la durée nettement plus concise. On y retrouve pourtant l'essentiel du titre, qui ne trahit pas son essence tout en relativisant les aspects psychédéliques (plus discrets) et oniriques (envolés).

Le chant se partage entre deux voix, Fabienne et Steph, au besoin des titres (l'une ou l'autre dominant le titre). L'usage de chœurs ajoutent une dimension onirique certaine, de même que la modularité des chants qui jouent avec les aspects doom et psychédéliques qui marquent l'album.
Le son est dans la lignée de l'approche du groupe, avec un côté chaleureux et un jeu sur les sonorités, lié aux gammes que le groupe explore. Il y a un côté très immersif et enveloppant, qui crée une bulle qui nous isole pour un voyage de 40 minutes hors du temps.

Odonata est un groupe à part, qui trace sa route avec une approche inclassable, restituant juste ce qu'ils veulent, sans contrainte et livrant un disque qui s'éloigne complément de ce que j'écoute habituellement et qui réussit son coup d'être accrocheur et immersif.

© Margoth PDF

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