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For the dead

Rötual

Remorseless Records

28 juin 2026 à 14:07:10

Dématérialisé

2026

9 titres pour 36'39''

Une petite vidéo:

Rötual est un groupe de joyeux briscards au nombre de 4, formé en 2023, avec à son actif un premier Ep 'Wörms' qui avait fait son effet. Le groupe revient cette fois avec du très lourd: un album entier où le plein potentiel explose. Et c'est peu de le dire.

On est transporté dès le début dans un monde sinistre et morbide, porté par un death-doom à l'efficacité absolue. Point de mystère là dessus. Si tu prends du Cadaverous conditions que tu alourdis en instant sur les ruptures, tout en offrant ici et là, quelques fulgurances malsaines, tu tiens déjà une idée de ce qui t'attends. Mais ajoute à ça une gestion des aspects jouant à la fois la polarisation et la complémentarité, au besoin des titres et une atmosphère qui te prend dès le début, pour ne plus te lâcher.

Après l'intro 'For the dead', qui est une introduction à une histoire qui se développe, avec une histoire horrifique où le groupe va mettre à profit son savoir faire pour nous immerger dans un cauchemar où l'on ne ressort pas indemne. Et nous emmène dans un monde terrifiant, morbide au travers des titres qui vont explorer l'histoire et nous offrir une mise en abîme progressive, nous enfonçant dans un cauchemar devenu réalité.
Chaque titre va ainsi appuyer un élément de l'histoire, amenant une atmosphère globale sur l'album et l'intensifier sur certains titres, glissant des mécaniques horrifique à travers le death-doom du groupe. Cela se déploie de ce fait de manière subtile, en jouant avec les codes musicaux à disposition du groupe. Il met ainsi en avant la lourdeur poisseuse, avec un rythme lent et lourd, offrant parfois un aspect presque théâtrale regardant vers le Grand guignol. Le rythme lent va parfois s'accélérer comme si les gars de l'histoire fuyaient, se sachant pourtant inexorablement condamnés.
L'album tisse ainsi, titre après titre, une trame qui nous fait toucher de manière palpable une histoire macabre, amenant la confusion entre la réalité et le cauchemar. Pour cela, il y a un travail sur les atmosphères, que l'on retrouve avec la musique, les vocaux mais aussi la construction des titres et de l'album, servant de lien entre les titres, assurant une cohérence complète.

L'album prend forcément son temps, posant ses codes, ses règles. Il prend son temps et pourtant, on ne voit pas la moindre longueur poindre. L'immersion est complète car le groupe développe un rythme particulier, au-delà de l'aspect musical, nous glissant discrètement des éléments plus flous qui viennent enrichir l'expérience que l'on a.
Et cela passe par un jeu de rythmiques, se basant aussi bien sur des mécaniques que l'on connait que sur d'autres plus innovantes, passant par une approche où des riffs marquent leur particularité étrange. Et c'est là que la structure de l'album commence à apparaitre, dans sa complexe splendeur, avec un esthétisme macabre, choisissant une approche bien précise, en cohérence avec l'histoire mais aussi l'évocation d'un death-doom puisant dans les origines du genre. Lentement, Rötual nous fait glisser vers quelque chose que l'on ignore, que l'on ne voit pas venir, qui n'est pas palpable, avec une redoutable efficacité.

Au fur et à mesure de l'album, l'efficacité devient encore plus puissante, plus prenante. Car l'album devient plus ambitieux et dévoile alors des titres qui se gravent dans ta tête, de plus leur structures ou la manière dont Rötual amène sa vision. Le premier titre ayant un effet significatif est 'Hel is other people', avec ce jeu sur la rythmique et les tempos contrastants. Un élément qui va revenir dans d'autres titres mais avec une forme différente. Mais surtout, l'album se veut en deux parties: la première, va s'articuler autour de l'horreur viscérale, avec cette atmosphère lourde et poisseuse, plaçant des codes et des jalons qui servent de préparation à la suite. Un rythme est imposé, avec une mécanique précise et surtout, une sonorité qui reste présente jusqu'au titre 'Into the void', qui sert de point de bascule ('Hell is other people', 'Worms', 'Mycelium' et 'Into the void' trace un cheminement vers un point de chute).

Et dès 'Chant d'automne', on a un changement de tonalités, une sonorité différente (qui ne renie en rien le death-doom mais va venir, au contraire, l'intensifier). L'aspect doom devient plus lourd, déployant un aspect plus sombre et va intensifier aussi cet esthétisme qui se dessine depuis le début. Le groupe fait aussi le choix de titres en français, amenant quelque chose de subtile, plus percutant et qui met en avant l'atmosphère qui devient plus épaisse. Le cauchemar devient la réalité, ce que les autres titres vont confirmer, ne laissant guère d'espoir. C'est plus sombre et l'aspect émotionnel en devient plus fort. D'autant que certains éléments appuient l'aspect horrifique, en jouant sur le fait que c'est palpable, viscéral (la fin de Chant d'automne, avec le bruit de la pelle qui creuse et la fête foraine au loin).
A partir de là, on est dans une fuite en avant et 'de profondis clamavi' l'incarne, offrant en même temps le titre le plus rapide et celui où le death est plus marqué, plus essentiel au titre, mettant le doom comme une impression. Et qui n'est que le prélude au paroxysme que l'on trouve sur les deux derniers titres, l'excellent 'L'horreur du vide' (et son refrain dévastateur et attractif) et 'To live is to röt', fermant la boucle en même temps que le titre pose des codes appuyer sur le doom dans son essence la plus pure, teinté de death et ce chant singulier sublime, que l'on attend pas, livrant un titre avec un esthétisme différent des autres titres. Et servant en réalité de mécanique qui ferme la boucle, permettant de reprendre du premier titre, la mort n'étant pas la fin (en très gros).

L'album s'articule autour de la variation d'un death-doom excellent, d'atmosphères réfléchies mais aussi de cette histoire qui s'écrit, s'appuyant sur les symboliques (l'automne, la mort ou la non mort, les symboles ou ces évocations) et surtout, sur une vision réfléchie, découlant d'une réflexion murie où la pertinence est essentielle. Et de créer une histoire crédible, sorte de livre audio horrifique aux codes détournés.

Le chant est un aspect essentiel là aussi. On retrouve ce chant death-doom regardant vers les origines, glissant parfois des passages en chant clair, apportant alors une atmosphère différente. Un chant secondaire vient en renfort parfois, créant une strate ou servant d'appuie pour mettre en valeur certains aspects du chant principal, pour appuyer un élément de l'histoire. Il y a une alternance entre l'anglais et le français. Et dans mon cas, je dois bien avouer que les titres en français sont foutrement redoutables d'émotions mais aussi pour glisser cette notion horrifique subtile (le groupe n'y va pas frontalement).
Le son est juste excellent. Il y a un travail sur les sonorités et les tonalités, s'articulant notamment sur les deux parties. Les guitares jouent la carte du contraste, avec une plus claire que l'autre, qui est essentiel dans les mécaniques que le groupe déploie. Il y a quelque chose qui diffère aussi dans la tessiture. La basse est bien présente, apportant sa lourdeur et un son rond et gras, avec quelque chose d'un peu oppressant mais aussi chargé de groove. La batterie est largement mise en valeur, du fait des patterns et des rythmiques. Chaque élément de celle-ci est important, avec un travail de tonalités là aussi. Le chant est à l'équilibre, largement audible sans couvrir la musique. Et les arrangements, ici et là, apportent aussi quelque chose de plus à l'atmosphère singulière de l'album.

Bon, tu l'as bien compris. Cet album est juste excellent, offrant là aussi une pépite du genre. Le groupe a peaufiné son approche depuis 'Wörms', poussant son concept à son maximum, en n'hésitant pas à sortir des sentiers battus. Un album indispensable qui rejoindra ma collection!

© Margoth PDF

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