

MARGOTH 5
PDF5
Ermitage
Chiaroscrvro
Autoproduction
23 juillet 2026 à 09:13:14
Dématérialisé
2026
8 titres pour 47'06''
Une petite vidéo:
Chiaroscvro, outre un nom à gagner au scrabble, est un one man band lyonnais formé en 2020, faisant son bonhomme de chemin car nous offrant ici son troisième album, mené par Ombra. Il œuvre dans le black metal (je précise plus loin).
L'approche du projet est particulière car celui-ci mélange trois genres liés au black: du raw black, de l'atmosphérique et du black plus conventionnel. Ajoutant avec cette album une sorte de particularité qui permet de structurer l'album autour d'un axe sur lequel il construit sa vision musicale, avec des contrastes ou des nuances, au besoin des développements.
Ce qui marque dès le début, avec 'Oraison', un instrumental, c'est la présence d'un violon, qui va être une sorte de fil rouge, revenant à des moments particuliers, dans des instants suspendus (mais livrant des moments contrastés intéressants). Ce titre, de par son nom, en lien avec l'album, pose aussi une thématique ou du moins un univers lié à l'idée que l'on peut avoir de l'ermitage et des ermites. Et le violon a donc, quelque part, une fonction à faire ressentir une sorte de solitude apaisante. Ce premier titre, servant d'introduction place ainsi des éléments clés qui vont revenir par divers biais au sein de l'album.
Rassurez-vous, l'aspect black explose dès le début du second titre 'Et des croix à l'horizon' (et en lisant les titres, avec la musique et ayant vu le visuel, on se dit qu'il y a aussi une dimension esthétique, voire poétique), Chiaroscrow propose un raw black violent, direct, jouant sur une modularité qui va lui permettre de glisser un aspect atmosphérique au sein de son raw black, sous-structurant la musique (et ouvrant des titres plus complexes à l'écoute que sur papier), permettant de mettre en avant des atmosphères suintant une sorte de solitude, tirant vers une sorte de plénitude un peu sombre. Et c'est dans certains passages que le raw black va laisser la place, de manière fluide, parfois avec des transitions de styles, souvent avec le violon, à un black plus conventionnel où des aspects changes. Il y a quelque chose qui est induit, jouant d'office sur l'idée qu'il y a ce que dit l'ermite (le raw black, qui personnalise les contacts éventuels avec des visiteur et ce qu'il pense (avec le black conventionnel et en partie l'atmosphérique, laissant se faire un cheminement de pensées). Il est déjà nécessaire, à ce niveau, de préciser que le chant varie sur les aspects, marquant cette impression.
Les titres ont cette vision où le violon se mêle au tout, de manière réfléchie, dessinant, au-delà des styles, quelque chose de plus symbolique. Ils dessinent une trame particulière où des éléments contrastent entre eux ou vont plus explorer une immersion, à travers la structuration et ce violon qui laisse son empreinte. Cela amène des passages ou les tempos et les rythmiques sont très variés, ne laissant pas le moindre ennui apparaître, bien au contraire. Et chaque titre va ainsi détailler plus nettement certaines facettes, mettant en exergue un côté offrant un regard analytique, sur une vision d'un aspect humain à la fois singulier et peu courant d'une figure humaine (l'ermite).
La structure des titres offrent une marque particulière et livrent des passages symboliques ou plus ritualisés puissants, alternant des passages où le raw black est intense, appuyant l'aspect isolationniste du personnage avec ceux où on est dans la réflexion (avec le black classique), l'aspect atmosphérique ajoutant de la densité et une dimension prenante. On se retrouve avec des tempos pouvant être très rapides et soudainement, on a un ralentissement qui va tisser une réflexion interne, exprimant par chaque aspect une émotion forte (la colère, la résignation) ou une forme d'intellectualisation (le questionnement, l'analyse). Les titres suivent ainsi une trame à la fois dense et simple (pas simpliste), permettant une compréhension de l'œuvre.
Mais Ombra est un peu joueur. Et régulièrement, il va nous distiller des ruptures ou des changements de tonalités ou de sonorités, à travers une évolution du tempo ou des mélodies, apportant des éléments spécifiques, comme des chants grégoriens ou des chœurs religieux mais avec une mécanique qui laisse s'exhaler quelque chose de plus sombre, laissant penser que l'ermite va, au fu et à mesure de la progression de l'album, dans ses ultimes retranchements (et en regardant ses deux autres albums, il semble que ce soit quelque chose de chapitré où 'Ermitage' sert de conclusion à un premier chapitre).
Cela joue du coup avec les codes des styles qu'Ombra explore, lui laissant le loisir de développer des atmosphères variées, parfois étranges ou malsaines mais toujours avec un esthétisme rattaché à cet idée commune des ermites que l'on peut partager. En découle des titres pouvant être conséquents, à la trame très structurée et d'autres plus étranges (décadents, malsain), à l'image de 'fumerolles', complétement atmosphérique et très dérangeant, le tout en 2'28''. Et qui semble être l'interlude entre deux parties.
Car entre 'Oraison' et 'Aux crépuscules', on a des codes rythmiques bien définis mais, surtout, une tonalité à l'identité forte. Oscillant entre les trois aspects du black, il y a un équilibre de créé, posant une sorte de repères au fil des titres, avec ce violon qui revient, servant de marqueur de certains aspects hiératiques, avec une sorte d'itération discrète mais ouvrant aussi la porte à quelque chose qui n'est pas vraiment exprimée.
Et après 'Fumerolles', on a un changement de tonalité, avec une domination plus nette du raw black, laissant imaginer que l'ermite est perdu, son esprit brisé par la solitude. C'est plus sombre, jouant beaucoup sur la rapidité, avec un jeu de batterie qui diffère un peu de la première partie, s'appuyant sur des tons plus sombres, un son plus caractéristique de la noirceur. Et d'amener une structuration qui diffère, avec un raw black devenant parfois lent et lourd où va s'immiscer le violon, créant une atmosphère vraiment différente, en gardant des aspects sonores de la première parties (chants liturgique...). On glisse vers une forme plus épurée aussi, laissant la noirceur se développer, avec ce qui semble incarner une folie. Les titres sont certes plus épurés mais il n'en ont pas moins une efficacité redoutable, mettant en forme ce qu'il y avait de plus sombres et les non-dits de la première partie, en laissant aussi voir plus nettement la déliquescence mentale (et physique?) de l'ermite. Les trois derniers titres offre d'ailleurs une symbolique du déclin, aussi bien par la musique que par l'aspect temporel, les titres devenant de plus en plus courts ('Aux glaces futures': 8'27'', 'Chaos rocheux': 5'53'' et 'Dernier refuge': 3'23''). Le chant est aussi plus marqué, appuyant le raw black, tout comme dans les textes plus sombres, laissant la colère être incarnée avec la folie. Les tempos sont marqués, plus bruts, ne laissant guère de place à des moments de répits (lesquels ne sont en fait qu'un prétexte à nous enfoncer plus loin dans le malaise de l'ermite).
'Dernier refuge' est un titre instrumental qui rejoint 'Oraison' mais sous un angle plus sombre. Lui aussi se base sur le violon, de manière plus exclusive, offrant un titre puissant émotionnellement, suintant de mélancolie et tristesse, jouant sur la symbolique de ce qu'est le dernier refuge est la mort, clôturant de manière nette mais poétique l'album.
Le violon, au sein de l'album, n'a pas un rôle de décorum. Il a un rôle important, étant une entité à part créant la réalité de l'album mais aussi de celle de l'ermite, jouant sur divers aspects (la solitude, la méditation, la perte de réalité...), avec des apparitions à des moments clés de l'album, ne laissant pas de doutes possibles. Le violon est intégré au sein des titres de manières naturelle, permettant de créer des atmosphères très prenantes ou de poser des moments soit plus solennels soit suspendus, laissant un instant de répit (surtout dans la première partie de l'album). Le violon est intégré comme un personnage inamovible de l'album, l'un ne pouvant pas exister sans l'autre.
Le chant est très intéressant car il utilise les codes du raw black et du black, avec un chant en français. Il appuie sur les codes des deux chants, marquant avec la musique la scission des deux aspects incarnant la parole et la pensée. Il y a aussi un chant clair qui apporte une dimension narrative, structurant l'album comme une histoire narrée (avec la possibilité d'un acteur extérieur ou simplement par l'ermite (induisant l'idée de folie)). Le chant apporte de la profondeur et une lecture intéressante de l'album, véhiculant les émotions fortes et les incarnations des méandres de l'esprit de l'ermite.
Le son est aussi un élément intéressant, avec deux aspects différents, notamment dans la tonalité. De manière globale, que ce soit dans l'aspect raw, plus brut ou par ceux du black conventionnel, on a un soin d'apporté (avec les codes inhérents aux styles bien sûr) permettant d'avoir un son cohérent et audible, nous donnant la possibilité de l'immersion. Forcément, la guitare, la batterie et le chant son des éléments mis en avant. Dans la première partie, le son se veut plus lumineux, traversé par plus de contrastes, avec des textures biens différenciées. L'aspect raw domine, à l'opposé, dans la seconde partie, avec une tonalité plus grasse et plus sombre, en corrélation avec le développement de l'album. Sur les deux parties, le chant est audible, même si parfois, dans le flot, il faut être un peu concentré mais sans vraiment d'effort à faire. Le chant est traité d'une manière particulière, donnant corps à la crédibilité du thème exploré. Le violon est bien présent, du fait de son rôle particulier et de sa nature plus fluctuante au besoin des titres.
Je découvre avec 'Ermitage' le projet Chiaroscvro et une vision portée assumée. Un côté atypique par l'approche (avec cet axe particulier et l'usage d'un violon) mais d'une efficacité absolue, avec un côté immersif puissant, nous emmenant dans les tréfonds de l'ermitage. Une excellente découverte et un album qui va rejoindre, lui aussi, ma collection. A découvrir absolument!