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Dua Min

Birtawil

Autoproduction

31 mars 2026 à 15:43:33

Dématérialisé

2026

6 titres pour 42'08''

Une petite vidéo:

Birtawil est un one man band instrumental basé à Bordeaux, derrière lequel œuvre Xavier Godart (Mortuaire, ex-The Great Old Ones, ex-Spectrale, pour les personnes que ça aide à situer) et qui a été formé en 2013, ayant une évolution dans sa forme depuis ces débuts. En ce qui nous concerne, pour cet album, on plonge dans un registre qui m'est assez inconnu, à savoir le drone mâtiné d'industriel. C'est atypique, avec une approche singulière que je range au côté d'Absence of colors (mais avec un forme différente).

Dua Min offre 6 titres, avec des facettes différentes, se basant sur la base évoquée (drone et industriel), qui vont prendre le temps et aller aussi titiller les confins d'autres genres, comme le doom. Les titres sont assez lents, alternant une certaine lourdeur et une oppression, laissant largement le temps à la musique de se déployer, marquant aussi la présence d'électro. Et là, c'est la phase simple de l'explication. Car à l'écoute, il y a une densité abyssale qui apparait, jouant avec des atmosphères sombres, poisseuses, reposant sur des mécaniques variées et intéressantes, notamment dans la construction des titres, qui change de paradigmes sur ce point. On est dans une vision singulière, jouant sur le fil entre construction atypique et approche désacralisée de la musique, arguant une approche parfois plus déstructurée de celle-ci.

Il existe forcément un côté dissonant à l'album, collant avec l'approche qui est parfois très minimaliste, mettant alors une valeur des atmosphères plutôt célestes, offrant un contraste avec l'aspect plus brut de l'indus et certaines mécaniques propres à la musique (et peut-être au genre). Qui ne se dévoile qu'au fil des écoutes successives, drainant sa simplicité une complexité émotionnelle, couplée à des éléments de construction où les instruments sont parfois rendant à quelques notes ou éléments bien spécifiques. Comme pour la boite à rythmes (ce sera BAR, pour faire court), qui va prendre son temps sur un titre, avec des séquences minimalistes qui vont, par la suite, devenir un peu plus complexe, nous tirant d'un espace vide vers un univers plus chaotique, gardant en ligne de mire ce côté lent, lourd, qui est systématiquement associé à l'aspect sombre ou oppressant. Tout en cultivant un aspect plus étonnant pour le genre (du moins, pour moi, j'y reviens plus loin).

Le drone vient principalement des sonorités bourdonnantes ou de notes répétitives, mettant en avant un son dans les basses, parfois redondant, parfois jouant avec les codes en les altérants, pour mieux dessiner autre chose (laissant l'émergence de vagues remugles doomisant), laissant se dessiner une forme et une approche d'agressivité dont la conception m'est assez inconnue. C'est étonnamment surprenant, d'autant que l'efficacité et là, avec un côte immersif qui enveloppe. Le drone se joue aussi avec la forme structurelle de la BAR, qui échappe complétement aux schémas conventionnels, mettant en avant des patterns parfois étranges mais collant avec l'ensemble. A l'image de 'Konfirmon' où la forme et le fond évoluent de manière différente pour mieux apporter un impact particulier lorsque la batterie se complexifie, apportant des codes provenant alors du metal, que Xavier associe alors avec le drone le plus épuré et un indus froid et lent, assez dépouillé, créant une atmosphère et une ambivalence étonnante, donnant corps à quelque chose qui serait plus une entité, allant au-delà de la simple musique.
La BAR a d'ailleurs son approche qui oscille entre les deux mondes, évoquant une sorte d'oscillateur musical, dessinant une mécanique que l'on va retrouver aussi dans les synthétiseurs et leur gestion au sein du titre 'Pacon'. Et La BAR va souvent dans les extrêmes du genre, que ce soit par un élément répétitif ou une sorte d'altération structurelle et de brouillage de codes, nous emmenant parfois dans des paysages vraiment étranges.

L'indus vient avec les synthétiseurs, certains éléments constitutif de l'aspect rythmique vraiment singulier mais surtout de ce côté froid, qui parfois, va fusionner avec le drone ('Pacon' offre un passage où les deux s'entremêlent). Il apporte une sorte de désincarnation, prolongeant un aspect cauchemardesque oppressant au-delà des limites que l'on attend, nous enfonçant plus loin dans les abysses. Tout en appuyant vraiment sur le côté sombre et oppressant mais toujours avec cette approche lente, écrasante, jouant sur la déstructuration et des altérations sonores et structurelles.
L'indus trouve ici un usage cauchemardesque et amène aussi, au fil des titres et des atmosphères, quelque chose de plus cinématographique, avec une approche clairement expérimentale mais qui fonctionne complètement. Cela dessine des schémas musicaux particuliers (avec les sonorités, les contrastes de notes...) qui n'est pas nécessairement accessible à tout le monde. En ce qui me concerne, c'est exactement le genre de chose que je trouve fascinant.

Et tout cela laisse aussi s'exprimer aussi quelque chose de particulier. Au sein de tout ça, derrière les dissonances, les déstructurations, les altérations, la distillation du malaise et l'esquisse de la noirceur, la puissance des mélodies apparait soudainement, apportant une autre forme d'agressivité, en appuyant une sorte de saturation émotionnelle, jouant sur le surplus, en plus de tout le reste. Il y a indéniablement quelque chose de sublime qui existe au sein de l'album, accréditant vraiment l'exploration de genres à leur confins, dessinant un univers accrocheur, hypnotique où la noirceur devient un élément esthétique essentiel. c'est juste bluffant, permettant à Xavier d'exploser les limites et d'explorer de nouveaux champs du possible et de lier son projet à d'autres univers, tout aussi sombres ou malsains mais avec une approche totalement différente.

Le son est excellent. Riche, claire, mettant en avant aussi bien les aspects dissonants ou du drone, laissant le côté froid de l'indus être présent, travaillant le contraste des textures et tessitures avec les synthés ou les guitares, drainant un son particulier clairement identifiable. Il y a une exploration des univers sonores qui se fait, contrastant les nappes de synthés au saccadé de la BAR. Cette dernière offre d'ailleurs plusieurs aspects de tonalités, amenant une opposition avec des moments où la musique, pouvant au plus loin le minimalisme, devient atone un instant, disséminant alors notre perception sur plusieurs niveaux.

Birtawil est une sacré découverte pour moi. Ce n'est pas fait pour tout le monde mais les personnes les plus aventurières, curieuses ou adeptes d'étrangetés dans les extrêmes, y trouveront leur compte. C'est clairement un album qui rejoindra ma collection. Et un projet que j'aimerai voir en live.

© Margoth PDF

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