

MARGOTH 5
PDF5
Double double
Seum
Autoproduction
3 février 2023 à 15:18:24
Dématérialisé
2023
8 titres. Durée: 32'46''
Une petite vidéo:
Un petit rappel concernant Seum. Il s'agit d'un trio québécois de doom'n'bass, déjà passé par ici et qui le refera encore, sans le moindre doute (oui, je spoile à mort du coup). Et voici leur nouvel album, qui, une fois encore, dépote dans le genre!
Le titre de l'album Double double fait référence à un terme spécifique au Canada utilisé pour décrire une bombe calorique remplie de caféine - un mélange noir de café avec deux cuillères à café de sucre et deux crèmes. Vous allez rapidement comprendre pourquoi l'album porte ce nom.
'Torpedo' ouvre directement les hostilités, avec ce rythme à la pesanteur dantesque, repoussant les limites du doom de Seum. On retrouve ce chant caractéristique au groupe, Gaspard offrant même un chant plus possédé. C'est massif, poisseux et assez direct. Et c'est l'une des nouveautés qui va vous titiller agréablement l'oreille, si vous êtes familier de ces québécois. Car rapidement, on va déceler quelque chose de très intéressant et plutôt bien vu, puisque collant complètement à leur univers.
On retrouve donc ce côté appuyant sur le sludge bien gras (à cette lisière embrumé et boueuse avec le doom), qui va servir de charpente aux titres, jouant sur le tempo, plutôt lourd. Ca structure forcément les morceaux, en plus d'avoir aussi ce petit côté pété du bulbe que j'affectionne chez eux, car n'étant qu'une apparence, ce qu'ils proposent étant nettement plus profond, comme le son que le trio a. Mais l'aspect doom / sludge s'avère plus marqué, plus présent, nous enfonçant plus loin dans leur vision. Et ça, c'est le premier Double. Car je ne peut pas continuer plus loin la chronique si je ne parle pas de l'autre double.
Le groupe a toujours intégré à sa base doom / sludge différents styles, apportant une force par le jeu des structures pouvant s'altérer et jouer ensemble. Une sorte de quête qui trouve ici son but: le style adéquate qui va venir s'imbriquer dans leur musique. Et le trio n'y va pas avec le plat du lamier de la tronçonneuse: il s'agit de punk hardcore. Et là, je peux enfin continuer plus sereinement ma chronique, qui va être du coup plus claire pour vous!
Le groupe intègre donc des riffs venant du punk hardcore (mais aussi des éléments de chants - j'y reviendrai), amenant une notion de contraste avec des breaks entre le coté doom / sludge et les emballements soudain qui peuvent jaillir. Alors que déjà à la base, on a envie de taper du pied et de se niquer les cervicales, le trio intensifie cet aspect, jouant sur les notions des styles et les possibilités qui s'offrent à eux. Je rappelle aussi que le groupe se limite à une basse et une batterie. C'est d'autant plus respectable. Et intense.
Car le groupe nous livre des titres pouvant offrir une certaine vélocité, ponctuer de break douloureux ou bien jouer sur la rythmique, lui offrant une modulation intéressante car pouvant passer de la lourdeur d'une étoile à neutron à la fulgurance d'un train à pleine vitesse dans la gueule. Des titres vont ainsi bien être surprenant par ça et même jouissif, comme par exemple, au hasard 'Dog days' ou 'Dollorama' (putain, le démarrage du titre!!). Le trio s'amuse ainsi avec les contrastes et les jeux de structures des titres, jonglant entre le doom et le punk hardcore. Quand il n'a pas l'idée complètement folle d'y fusionner les deux et de donner une autre nature, hybride et incroyablement jouissive. Et là, ces quelques moments ne sont pas facilement descriptibles. Il faut les écouter. Et c'est assez bluffant!
Piotr se lâche avec sa basse et se permet des expérimentations, amenant des spécificités qui vont coller plus à un style ou un autre mais aussi en jouant avec les codes (et c'est assez balèze puisque c'est juste une basse) et offrant à la profondeur de leur doom'n'bass une densité nouvelle, une richesse plus complexe. Et la batterie est forcément aussi impactée, son jeu offrant des moments complètement fous, les deux musiciens amenant des transitions sans fioritures, en quelques notes ou bien par un changement de paradigme dans la nature et la forme du tempo ou du jeu lui-même, pourtant sans trahir sa nature profonde. Oui, le cerveau va péter.
Et certains paternes de la batterie vont même titiller certains styles moins aisé, en prenant des accents ritualiste ici et là ('Dog days') ou en glisser des contrastant dans la forme mais qui colle complètement au fond. Il y a une plus grande richesse dans les possibilités, puisant aussi bien dans l'essence du doom que dans la furie du punk hardcore, tout comme le groupe intègre des notions plus abstraites venant du style, notamment dans quelque chose de moins palpables, entre le son et les sensations (je l'ai dit, c'est assez abstrait comme notion).
Mais il y a aussi une notion de tonalité que le groupe explore. Car les deux styles ayant leur spécificités, le trio joue avec la tonalité, à travers le son et certains petits gimmicks, glissés ici et là, de façon subtile (oui, c'est assez étonnant, compte tenu du contexte musical, mais c'est le cas). Et on touche là quelque chose de balèze, mine de rien. Car le groupe ne trahit pas son essence: ça reste du Seum pur jus. Qui est plus évolué, encore plus aboutit voire mature. Et cela se retrouve dans les titres, où l'on saisit cette notion au fur et à mesure de l'écoute. Et c'est quelque chose de fou, on en conviendra. Seum contrôle pleinement son univers, son style, tout en s'offrant le luxe de la nouveauté qui reste cohérente à sa base. C'est plus fou et vivant que jamais, plus accrocheur!
Le chant de Gaspard se reconnait aisément. Aucun doute sur ça, mais il intègre lui aussi quelques variations qui suivent cette évolution, amenant une évolution de son approche te se laissant aller à des expérimentations réussies (juste ce qu'il faut). Son chant reste caractéristique, avec ce côté possédé, ce grain de folie enfoui. Il s'adjoint les services d'un acolyte sur 'Dog days', ouvrant une porte sur une sorte de dualité improbable qui fonctionne pourtant, car même si différent, il y a une convergence de but.
Le son est excellent, là encore. Il a une profondeur intense, porté par le son de la basse mais va aussi intégrer une part de l'essence punk hardcore qui donne une autre dimension à celui-ci, sans le trahir. C'est massif, puissant et le son nous enveloppe pourtant dans quelque chose de chaleureux, malgré l'approche du trio. Il y a un coté percutant mais il y a aussi le mixe qui permet d'entendre les subtilités existantes dans la musique, avec les structures et les changements de tonalités. La voix est à l'équilibre du tout. Cohérent sur toute la ligne.
Seum livre un album jouissif et incontournable, qui apporte une évolution qui enrichit leur approche. Ne passez pas à côté, allez découvrir cet album!