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Disconnect society

Sinister Days

Autoproduction

27 janvier 2026 à 16:13:01

CD

2025

6 titres pour 17'15''

Une petite vidéo:

Sinister days est un groupe nantais formé en 2013, avec une histoire un peu compliquée (line-up, approche...) et qui marque vraiment un tournant décisif pour le groupe lui permettant de sortir un premier Ep en 2021 (Serve/destroy). 2023, coup dur avec le départ du membre fondateur et amène ainsi une maturation plus nette de la musique. Et 2025 nous offre cet Ep.

D'emblée, pas de mystère. Le groupe lâche un gros metal hardcore méchant, puisant dans des éléments death et black, jouant avec les codes musicaux. La marque du metal se fait par ce biais alors que le hardcore va plus lorgner vers une forme assez radicale, usant de beatdown. Le mélange nous donne un concentré de violence accompagné de réflexion et d'un engagement, à travers les textes. Mais il y a aussi quelque chose de sombre, qui s'associe à la brutalité protéiforme du groupe.
L'Ep offre six titres à l'intensité marquée et, elle aussi, protéiforme. cela joue avec les tempos, pouvant être très lourds, écrasants ou être de soudaines déflagrations plus rapides, amenant un contraste marqué (bien que le côté dominant est celui de la lourdeur allant parfois à quelque chose d'un peu plus rapide qu'un mid-tempo). S'arrêter sur cette description ne serait pas vraiment rendre grâce à la musique du groupe. Alors je vais aller plus dans le gras, d'autant que le groupe a une approche plus complexe qu'il n'y parait, d'autant que les éléments sont souvent imbriqués, un peu comme des poupées russes.

Le groupe amène un metal extrême mêlé à un hardcore sans vraiment de concession. La part du metal extrême repose sur du death et du black, les deux styles apportant des éléments spécifiques. On retrouve la lourdeur du death, avec une approche abrupte, venant plus d'un death lorgnant vers le brutal death option morbide, qui amène une partie du côté sombre de la musique. L'aspect death apporte aussi un côté rugueux, assez abrasif, avec des éléments sonores (qui se partagent avec le hardcore). Il y a aussi un appel à certaines rythmiques particulières, se mélangeant à celles plus typées hardcore.
Le black se fait plus ressentir dans des dissonances et des altérations ici et là, en plus d'offrir des riffs typés par moment. Ca apporte quelque chose à l'atmosphère de l'Ep, avec une évocation de l'aspect sombre du black. Mais sans utiliser celui-ci avec une facilité qui aurait été convenue. C'est plus diffus, plus malsain, d'autant que le black va aussi s'incarner dans certains vocaux. C'est quelque chose de plus pernicieux, appuyant aussi sur l'aspect sombre du projet.

Le côté hardcore est orienté vers un hardcore violent, où du beatdown s'invite (garde en tête que tout est imbriqué), jouant sur la lourdeur et mettant en exergue le côté syncopé marqué, amenant des idées rythmiques très intéressantes jouant avec les codes et les possibilités offertes par le style. Il va marqué des éléments très caractéristiques du genre, incarnant là aussi l'aspect sombre et aussi le côté engagé / réflexion, dans une logique dévastatrice. Le groupe ne va pas laisser un instant de répit, mêlant les éléments de diverses manières (mais de façon cohérente). Il y a un aspect chaotique qui ressort du hardcore, qui se mêle à celui venant des éléments black, faisant une sorte de fusion ayant pour but de bien faire mal (un coup de pied qui fait gencives / dents / bronches en un seul voyage).

Et cela induit une approche rythmique singulière, axée principalement sur de la lourdeur, jouant parfois plutôt mid-tempo. L'aspect beatdown explose ici (mais aussi le côté death, avec certaines rythmiques bien lourdes du genre). Le groupe installe, vicieusement, une sorte de routine rythmique. Dans le but de bien t'exploser quand des fulgurances apparaissent ici et là, le tempo augmentant d'autant que le contraste est marquant. Le contraste passe aussi par des moments où une sorte de mélodie (ne t'enfuit pas, ce n'est pas du power metal) se fait plus présente, jouant sur un système de strates.
Les titres suivent une construction où une sorte de chaos existe ici et là mais de manière calculée, associant le côté sombre, qui se retrouve mis en exergue par des moments nettement plus structurés ou jouant sur un changement soudain de paradigme, apportant quelque chose de plus lumineux qui, en toute logique, renforce l'aspect sombre de la musique. Et c'est d'autant plus logique que les textes abordent des thèmes très actuels, ancrés dans la société et ses dérapages ou ce qui ne va plus du tout (mais alors plus du tout).
Il y a une volonté de vouloir pousser à la réflexion, de nous mettre face aux paradoxes et autres bizarreries de notre époque déliquescente. D'où le travail des rythmiques et ces structures parfois inattendues, où la brutalité n'est jamais en reste.
La brutalité passe par les rythmiques (la lourdeur ou les fulgurances), des structures bien spécifiques, les textes mais aussi le son. Le groupe incarne la brutalité un peu comme un cinquième membre, indissociable de la musique. Les cervicales vont souffrir.

Le chant principal est un chant très typé hardcore auquel s'ajoute quelques éléments death, plusieurs fois black (marquant l'oreille du coup). Il met en avant la violence et la brutalité, les éléments plus death ou black ajoutant à la noirceur de l'Ep. Cela marque quelques moments gutturaux, ici et là. On comprend les textes sans vraiment de difficulté (vu mon niveau d'anglais, les paroles sont utiles mais même moi je captais des chose, c'est dire). On a ici et là des chœurs, typés hardcore mais pas que car ils amènent parfois quelque chose de plus malsain.
Le son est excellent. C'est très massif, puissant, avec une basse bien présente, au son gras et métallique, ne laissant pas de répit (et un brin de dissonance jouissive). La guitare pour un son plus abrasif, mêlant des codes venant du black et du death tout en gardant un lien avec le hardcore. La batterie joue sur l'association avec la basse dans certains de ses éléments (les toms, la grosse caisse), mettant en valeur la lourdeur dominante et jouant les contrastes parfois plus marqués avec des passages bien spécifiques. Les vocaux sont bien audibles, offrant un travail sur les codes des styles musicaux et apportant un élément malsain particulier, restant à l'équilibre avec le reste (ce qui relève vraiment de la gageure).

Je découvre Sinister Days avec cet Ep. C'est bourrin, méchant, sombre et à l'efficacité redoutable. Mêlant les styles, le groupe nous balance un metal hardcore assez extrême dans l'approche, tout en offrant une dose de brutalité sans équivoque et un moyen de réflexion sur notre époque (lisez les textes). Indispensable!!

© Margoth PDF

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