

MARGOTH 5
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De l'infâme et du trépas
Supplices
Chapitre XIII
15 juillet 2026 à 09:48:33
Dématérialisé
2026
8 titres pour 46'49''
Une petite vidéo:
Supplices est un groupe montpelliérain qui suit son bonhomme de chemin, depuis leur démo 'Supplices' et l'excellent premier album 'Alogie funèbre', navigant dans un black metal mélancolique. Et ce nouvel opus place la barre plus haut, allant plus loin dans certains aspects, tournant toujours autour du moyen-âge, de la religion et du pouvoir (et d'une certaine manière, du rejet des deux) mais explorant des segments plus sombres.
'Marasme et résipiscence' ouvre l'album et pose d'emblée certains éléments, apportant plus de modularité, intensifiant l'aspect mélancolique, nous enfonçant plus nettement, avec finesse, dans la noirceur du moyen-âge, dans son aspect le plus sale. Et qui laisse comprendre que cet album est la suite logique de 'Alogie funèbre', explorant dans le même temps la folie d'un individu brisé (c'est du moins comme ça que je le vois, le groupe laissant la place à l'idée que c'est le même individu qui narre sa vie).
Ce premier titre met en place des mécaniques précises et expose une structure où alternent des passages atmosphériques très mélancoliques et des fulgurances black incisives, virulentes, regardant vers le DSBM. Cela permet de tisser une trame où la subtilité et l'émotionnel se partagent l'espace avec une forme de colère et de noirceur, découlant à la fois de la colère, du contexte et de la folie qui s'exhale des titres (surtout des textes). Le premier titre esquisse une perte de contact avec la réalité, ce qui se confirme par la suite (mais impliquant que c'est la réalité de la folie qui prend la place). Je vais détailler plus la musique avant d'aller plus loin dans le déroulement de l'album, car les deux aspects sont extrêmement riches.
On a donc cette base d'un black metal atmosphérique et mélancolique, proposant des passages soutenus, vindicatif, tissant une ossature de base où des circonvolution vont apparaitre, évoquant des aspect parfois martiaux / militaire ('Rex Franciæ'), apportant une dimension très immersive car nous plongeant vraiment dans l'univers de l'époque, jouant sur certains aspects à introduire quelque chose évoquant plus nettement le moyen-âge (à travers quelques structures). La signature du groupe est reconnaissable, à travers son approche mélodique et cette mélancolie, apportant des rythmiques variées et des structures parfois plus singulières. L'aspect est plus sombre, marquant de manière nette la descente aux enfers. C'est une approche très enveloppante, qui capte vraiment.
Cela induit des jeux de rythmiques particuliers et des structures changeantes, permettant de poser des atmosphères puissantes, très prenante, apportant une sorte de suspension consentie de l'incrédulité, participant à rendre palpable l'univers. On a ainsi des passages fait pour se foutre sur la gueule (en concert, la musique du groupe fonctionne très bien et avec cet album, il est possible que ça remue vraiment devant la scène à certains moments). Les riffs, sur cette base, sont conventionnels, avec de l'efficacité et ce sens mélodique propre à Supplices, avec un aspect esthétique sonore (qui se retrouve aussi à travers les artwork ou les textes). Mais cet ensemble n'est qu'une partie de l'album. Car, comme je l'ai dit, Supplices va plus loin, explorant à fond le concept.
Il est clair que le groupe injecte des éléments venant du DSBM, de part les thématiques explorées, dans cette logique d'aller plus loin avec la mélancolie et la noirceur. C'est cohérent, apportant plus de matière à la musique et mettant en exergue certains aspects émotionnels particuliers et singulier. On le retrouve dans des jeux de riffs, certaines rythmiques, apportant une densité plus profonde. Cela structure nettement certains passages, étant de base plus marquant.
Il y a aussi des passages qui regarderaient vers une sorte de black death mélodique, de manière brèves, offrant un ressenti qui m'évoque Anthropovore, plus par le chant, où la musique n'est qu'un substrat d'évocation marqué. Mais voilà, ce n'est pas tout.
Supplices injecte clairement des éléments évoquant le funeral doom, de par des lourdeurs que le black ne peut expliquer, ni certains passages abyssaux. Et là où ça devient très fort, c'est que ces éléments coexistent ensembles, pouvant être liés les uns aux autres, aussi bien par des transitions ou par des mécaniques plus complexes, jouant sur des altérations, des dissonances ('Terre de larme' y va bien franchement) ou des ruptures soudaines, jouant avec les tonalités et les tessitures. Cette approche est singulière mais fonctionne foutrement bien, étant pour moi totalement cohérente avec l'approche et les thématiques du groupes, d'autant que c'est aussi une évolution logique et un lien plus marqué avec l'atmosphère et ce que l'idée que l'on a de certaines époques moyenâgeuses mais aussi un moyen de transcender la mélancolie et d'aller plus loin, sans pour autant perdre les repères ni nous perdre à l'écoute (ce qui est aussi un tour de force).
Et Supplices dessine ainsi quelque chose de nettement plus ambitieux, grandiose, jouant vraiment la carte du 'j'y vais à fond' mais avec de la réflexion, jouant sur les émotions, les contrastes et cette folie qui imprègnent les titres et la musique, permettant d'introduire ces éléments funeral doom à travers des rythmiques ou des riffs singulier, jouant sur le tempo et l'idée des contrastes marqués. Cela donne une trame particulière à l'album, la musique esquissant une toile sur laquelle les paroles apportent la vision et les détails. Cela amplifie l'aspect mélodique et la mélancolie, nous emmenant vraiment au de-là de ce que l'on a l'habitude pour du black.
L'album se structure progressivement, nous enfonçant dans le cauchemar d'un esprit brisé qui n'en a pas conscience et qui a un paroxysme qui fait un lien avec le premier album. Et c'est là que le déroulement de l'album prend sens, avec en arrière plan ce qu'il y a avant cet album, qui découle, pour moi, de l'album 'Alogie funèbre'.
Et putain, même si 'Alogie funèbre' y allait assez franchement, là il est clair que Supplices explose tout. La folie est assumé, associé au rejet de la religion et du pouvoir royal, étant certain que le narrateur est celui du premier album (certains éléments textuels offrant un contexte ou un lien). C'est là que ça devient à la fois savoureux et intéressant.
L'album suit une trame qui se veut une descente aux enfers d'un esprit brisé, ancré dans sa réalité face à un monde impitoyable, d'une noirceur absolue (le contexte fait-il un lien avec l'épisode des pestes successives ou des périodes spécifiques troubles de certains rois de France (la guerre de cent ans et le règne du roi fou Charles VI)?) où chaque titre va explorer un aspect bien spécifique, cultivant la noirceur par quelque chose qui tourne autour de la mort (évocation à bas mot de la guerre , frontalement la mort avec Cercueil de pierre, Thanatophobia, une sorte de déclin avec 'L'enfer de Dante' (et son évocation de Kyrie Eleison, distillant le doute et le rejet, manifestant une sorte de blasphème (collant avec l'univers du groupe et le black)), du rejet de la religion, évoquant un bannissement celle-ci dans la vie de l'individu mais aussi de son altération à la fois social et mental. Social, au contexte des titres, évoquant un labeur particulier où les fossoyeurs n'étaient pas vraiment accepté par la société (alors qu'ils étaient essentiels) et mental, à travers les titres, qui tissent une déliquescence certaines, sans pour autant être abrupte, laissant trainer l'idée de la progression. A cela s'ajoute des éléments jouant sur les parallèles, les paraboles et les symbolismes, parfois entremêlés. Je pense à 'Cerceuil de pierre' revêtant un double sens (un cercueil minéral mais aussi celui de l'apôtre, d'autant que la fin du titre place une sorte de doute, évoquant son démon de ses nuits noires - faisant un lien avec le rejet de la religion (déjà présent sur 'Alogie funèbre' et la démo 'Supplices').
Les titres suivent une sorte de cheminement qui s'enfoncent dans un enfer, à travers un esprit brisé et certainement au bout de sa résilience, n'ayant aucun espoir (d'où la noirceur dominante, même si il y a un aspect romantique quelque part, jouant de nouveau sur un blasphème (on peut faire un lien avec la nécrophilie évoquée sur 'Alogie funèbre').
L'album se finit, comme 'Alogie funèbre', sur un titre fleuve grandiose, 'De l'infâme et du trépas', ne laissant guère de doute sur ce qui va suivre. Le titre est très implicite, parlant de mort, peut-être du suicide, bousculant des tabous du moyen-âge mais avec un titre fleuve où les éléments les plus sombres de la musique se retrouvent dans une valse incroyablement efficace. Car il est certain que ce titre fusionne la base black mélancolique du groupe avec le DSBM et le funeral doom, du fait de sa structure particulière, jouant avec des mécaniques déjà présentes sur l'album mais en introduisant d'autres repoussant les limites et permet aussi de mettre en avant la folie du narrateur par le chant. Le titre clôture de manière sublime et ambitieuse l'album, fermant un chapitre mais en ouvrant très certainement un autre.
Le chant de Gévaudan est juste excellent. Il navigue dans différents aspects du black, introduisant des moments où c'est plus vers le funeral doom qu'il faut regarder ou exprime une folie (ces deux aspects venant par un chant clair). Cela structure l'album, en même temps que cela nous ouvre la porte d'un univers de plus en plus sombre où la réalité d'un individu s'altère. Les textes étant en français, c'est d'autant plus immersif et efficace, d'un point de vue émotionnel, dans le panel vocal que nous offre Gévaudan, m'évoquant parfois Anthropovore ou Muertissima dans certaines intonations, apportant ainsi une dimension plus abyssale. Les textes sont vraiment réfléchis et cohérent, induisant forcément un chant adaptatif et efficace où l'émotion et la noirceur se doivent d'être présent.
Le son est excellent. Il y a un soin apporté à chaque instrument, de par les styles se rencontrant que par la volonté d'offrir une atmosphère immersive. Si les guitares ont la part belle, pour les structures et les atmosphères, la basse est bien audible, jouant un rôle important, au-delà de l'aspect rythmique. Elle apporte quelque chose de profond (et qui permet d'introduire les éléments funeral doom), amplifiant la lourdeur ou la noirceur à certains moments. Un soin est aussi apporté à la batterie, sur tous ces éléments, permettant d'offrir un jeu de patterns variés, lié aux genres se rencontrant au sein de l'album. Un équilibre est fait avec les instruments, posant un son propre, pertinent, sans pour autant oublier la notion de noirceur. Le chant est clairement compréhensible, même dans où la folie l'emporte parfois, participant à cette atmosphère singulière qui suinte de l'album.
Supplices nous offre un putain d'album excellent, tu l'as bien compris. Le groupe place la barre plus haut, continuant l'exploration de son concept en préparant l'arrivé d'un nouveau chapitre (ou segment). L'album est efficace, extrêmement bien réfléchi et s'avère être une pépite. Sortant des sentiers battus, il invite à l'exploration d'un univers sombre, avec un esthétisme particulier et une vision mûrie. Cet album va rejoindre ma collection.