

MARGOTH 5
PDF5
A feu et à sang
Tagada Jones
Enragés productions
11 octobre 2020 à 08:21:45
CD
2020
14 titres Durée : 44’52’’
Une petite vidéo:
Tagada Jones nous revient avec ce nouvel album. Et malgré leur 27 d’existence, on n’ira pas par 4 chemins : Tagada Jones a toujours le feu sacré !
C’est l’un des groupes que j’apprécie fortement, depuis longtemps et du coup, ce nouvel album fait plaisir, juste parce que c’est déjà un nouvel album. Mais même si on reconnaît indéniablement que c’est du Tagada Jones, il y a des petites subtilités (comme à chacun de leurs albums en fait). Si on peut rattacher les bretons au punk hardcore, plus que jamais ici, le groupe mélange les influences. Et puis merde, c’est Tagada Jones bordel !
D’entrée de jeu, il y a un coté énergie positive qui se dégage (malgré les thématiques du groupe), apportant à l’album l’idée d’une lumière au fond du tunnel. Ne voyez pas de la part du groupe un traite moyen de se faire plus doux ou plus politiquement correct, car il n’en est rien. Le groupe a toujours ce regard acerbe, pointilleux et va taper directement là où ça fait mal. Mais comme chacun de ces albums, comme Georges Romero avec ses films, chacun est inscrit dans la période de sa sortie, et celui-ci n’échappe pas à la règle.
Si on reconnaît les yeux fermés que c’est du Tagada Jones pur jus de Bretagne 100 % enragé, cet album marque un peu plus le coté mélodique, ultra accrocheur, qui offre un contraste plus marqué avec l’aspect plus énervé qui est la marque de fabrique du groupe. Mais résumé l’album juste à ça serait une grosse erreur qui ne rendrait pas vraiment grâce à l’œuvre de nos 4 bretons.
‘A feu et à sang ‘ ouvre le bal, apportant justement ce coté mélodie/énergie mis en avant et qui distille une énergie positive directement, sans se prendre vraiment la tête. Pas vraiment de surprise sur ce titre, si ce n’est que le coté mélodie, comme sur le reste se retrouve sur une balance à l’égalité avec le coté virulent du punk hardcore. Un peu surprenant au début (mais logique), Refrain très mélodique opposé à des corps plus agressifs, le titre dessine un peu ce qu’il va y avoir dans l’album.
Les titres s’enchaînent alors, toujours sur cette base mais apportant son lot de détails qui font la différence et offrant des titres se ressemblant tout en étant paradoxalement totalement différenciables les uns des autres (impossible en écoutant ou réécoutant de dire qu’ils sonnent pareil).
Le groupe nous dépeint une réalité pas très glorieuse, où la musique va prendre la tonalité correspondant aux paroles (‘Le dernier baril’), offrant une forte cohérence entre les deux et permettant ainsi de créer des atmosphères comme le groupe sait le faire, toujours avec ce coté percutant et accrocheur. Les titres s’offrent des trouvailles ici et là, entre des lignes de guitares différentes en tonalités ou même des injections de styles différents ou jouant sur les voix (‘L’addition’ est un solo de basse ou le coté blues rock) Et pourtant à l’écoute, je me dis que, bordel, il manque quelque chose.
‘Bordel, où sont les hymnes ?’ ai-je hurlé de désespoir dans ma voiture, comme un con. Oui, comme un con. Parce que, de un, c’est con de gueuler ça dans sa voiture et de deux, ‘Les éléments’ est alors arrivé. Et là, même si ce titre n’est pas mis en avant, c’est clairement le premier qui va s’incruster dans votre cervelle (putain, le refrain est terriblement efficace!), appuyant clairement que c’est bien du Tagada Jones que l’on a ici et que si tu avais le moindre doute, tu peux le mettre à la poubelle. Et les hymnes, il y en a quelques uns, dont notamment ‘De rires et de larmes’, qui est le premier titre dévoilé par un clip simple et efficace, contrastant entre un refrain presque mélancolique face au reste à l’énergie et aux codes punk.
On arrive du coup à ce qui fait la force de l’album (et aussi une partie de la signature de Tagada Jones) : la diversité et les hymnes car certains titres ne sont pas directement des hymnes mais s’immisce de façon plus vicieuse (garantit que ‘le dernier baril’ va hanter vos esprits, en plus des paroles…). Car Tagada Jones sait offrir des titres très ouverts, qui sont enrichis par d’autres influences que le groupe à intégré depuis longtemps dans son ADN. Comme de l’électro, très subtile car parcimonieux sur ‘ De rires et de larmes’.
Le groupe n’est pas non plus assagit, comme le prouve ‘Un lion en cage’, un titre plutôt rapide. Même si les autres titres peuvent avoir un coté plus rugueux (musicalement), celui-ci marque plus le coup (avec ‘le dernier baril’) et m’évoquant l’esprit de l’album ‘Descente aux enfers’, dans sa structure et son approche plus sauvage. D’ailleurs celui-ci précède ‘La biche et le charognard’, avec des codes punk, une tonalité plus sombre et plus chargée de colère, avec des chœurs appuyant la sauvagerie humaine.
En parlant de plus sombre, l’album se finit sur un titre plus détonant car cassant complètement les codes, avec une teinte plus sombre et une lourdeur étonnante et pourtant dégageant un coté plutôt poétique dans l’approche, sombre mais très chargé émotionnellement.
L’une des caractéristiques du groupe sont les paroles des titres. Et là, plus que jamais, le groupe martèle fort des thèmes pouvant être puissants, avec des paroles incisives, faites de paraboles ou même avec une approche plus poétique parfois. Le groupe développe des textes pointus, en lien avec l’époque, abordant le thème des agressions sexuelles (‘La biche et le charognard’), la problématique de la fin des énergies fossiles (‘Le dernier baril’) mais avec des textes qui peuvent avoir une double lecture, à l’image du titre catchy ‘Zombie’ et le thème de l’exclusion. Le groupe aborde des thèmes forts (mariage forcé par exemple) et d’autres plus légers mais surtout l’écologie, un des thèmes importants pour le groupe (que l’on retrouve dans plusieurs chansons, pas nécessairement au premier plan).
Le groupe distille ici et là des éléments qui vont évoquer des titres de précédents albums, plus dans la tonalité ou la musique, sans être une copie ou via les thèmes, de façon très subtile, apportant une plus grande densité encore, tout en gardant en point de référence le coté punk hardcore qui est le cœur du groupe.
‘A feu et à sang’ signe le retour de Tagada Jones, toujours aussi en forme, continuant son évolution tout en gardant son intégrité et rappelant que sa liberté de pensée reste l’essentielle. Un album efficace, certes assez dense mais qui est indiscutablement du Tagada Jones et qui, mine de rien, malgré les thèmes, fout une énergie de malade.