Engraved misery

Fhail

Autoproduction

Dématrialisé

2020

5 titres Durée : 23’44’’

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18 décembre 2020, 14:57:27

Une petite vidéo:

Fhail est un one man band parisien ayant la particularité de mélanger moult sous genres en une seule musique dense et intense, un peu comme du chocolat noir à 120 % (oui, c’est très intense) aux cristaux de soufre. Ceci est son premier Ep, qui, il faut bien l’avouer, demande un peu de préparation mentale.
Car ici, avec un premier titre long (‘reminder’), à la lourdeur d’un cétacé obèse (à ce point, ce n’est plus pachydermique), le bougre amène une ambiance assez poisseuse, peignant un monde pas très joyeux, d’un titre pétant les presque 7 minutes, avant une première fulguration, passant d’une ambiance sludge à quelque chose de plus typé black, mêlé de noise vers les 3 minutes et qui va reprendre une lenteur par la suite, gardant ce coté black noise. Et te faire taper du pied, nom d’une pipe en bois ! Et de reproduire un cycle identique, avec une colère sous-jacente, donnant cette intensité de malade. Le titre se finit sur une furie pure. Et ce n’est ici qu’une mise en bouche, car la suite s’avère encore plus intense.
Car ‘Plebeian threat’ ne prend plus de pincettes (ou alors te les enfonce dans le dos…) et lâche les enfers sur un titre rapide, viscéral et intense, où la noise marque l’ADN du titre de son emprise, mais avec des relents qui vont taper aux confins de grind, du black, en une sorte de fulgurance qui s’étale dans le temps. Le titre joue la carte de la brutalité, avec une rage sans faille et une virulence accrue qui ne se s’atténue qu’à la toute fin, pour s ‘ouvrir sur ‘Ecstatic field’ qui apporte un autre élément : l’ambient. Ai-je dit que les titres sont imbriqués les uns dans les autres, avec des transitions invisibles ? Non ? Ben c’est fait.
Donc ce troisième titre nous amène dans une sphère plus calme, une sorte de répit dans une atmosphère à la fois légère et un poil dérangeante (par un malaise sous-jacent) mais non dénué d’une beauté désincarnée. Ca se pose là, sans que l’on s’y attende. On est dans la subtilité totale, en contraste avec celle à la pelle à neige des trois titres précédents. Pas de paroles, juste une musique dégageant de la mélancolie et une certaine tristesse, qui se trouve raccord pourtant avec le reste par quelque chose de difficilement explicable mais faisant le lien avec le reste. Profitez bien de ce moment de poésie car ‘Price of Guilt’ va vous arriver en pleine gueule, sans prévenir.
On retrouve ce coté noise un peu sale, mais cette fois, il y a de l’indus qui se mêle au début du titre, avec un coté plus synthétique, sorte de transition courte (1’24’’) vers le dernière titre. Courte mais qui ajoute des couches d’éléments à la mixture que Fhail propose.
‘Farwell limbose’ clôture cet Ep, avec une intro en finesse avant un break qui annonce que, désolé mon lapin, ça va poutrer. Mais pas de façon brutale et directe. Ici c’est plus insidieux, toujours avec ce coté entre black et noise, très sombre. Le tempo n’est pas le plus rapide du morceau car l’ambient revient se nicher à l’intérieur, offrant le titre le plus sombre de l’Ep, avec un coté rémanent appuyé, nous donnant une sorte de synthèse malsaine de la globalité du disque. Le coté rugueux dominant depuis le début est ici plus marqué, devenant presque une sorte de genre à lui seul, qui se dissout dans la masse. Le morceau se finit sur une sorte de litanie qui rappelle le début du premier morceau, dans une forme différente et qui ferme la boucle.
Les vocaux sont clairement torturés, venant des confins du black, du hardcore et peut-être même d’une sorte de grind primitif. Ils sont appuyés, puissants et apporte clairement un des éléments marquant de Fhail, qui n’est pas là pour déconner. Car là aussi, le coté intense s’exprime, la noirceur se développe, avec une sorte de colère sourde. La voix est assez écorchée mais il est clair qu’une autre forme n’aurait pas fait l’affaire.
Le son est super massif, bien puissant, très propre, jouant avec une certaine saturation nous venant de l’esprit noise, sans jamais tomber pourtant dans un son brouillon, bien au contraire. Tout est soigneusement calculé, réfléchi.
Il est clair que tout amateur d’extrême et de musique torturée se doit de poser les oreilles sur ce projet qui vaut le détour et agrémente cette fin d’année de bien belle manière. Et comme c’est la fête, voici un lien à copier coller dans ton navigateur préféré pour écouter cette pépite : http://hyperurl.co/fhail.