

MARGOTH 5
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(re)M.A.Z.E.d
Memories of a dead man
Season of mist
11 octobre 2020 à 08:14:52
Dématérialisé
2020
10 titres Durée : 47’40’’
Une petite vidéo:
Memories of a dead man est un groupe formé en 2006, venant d’Île de France et proposant son 4è album. Œuvrant dans un registre post, le postcore dans ce cas, ajoutant un coté progressif. Ne connaissant que de nom, quand le label m’a proposé de chroniquer la bête, je me suis dit pourquoi pas. Je ne veux pas mourir bête ou ignorant.
Des groupes de la sphère post que j’ai pu découvrir et écoute, ça me change brutalement. Car je ne retrouve pas cette puissance, à la lisière de la violente colère chez MOADM (flemme de réécrire à chaque fois le nom, préservons les doigts et les touches de clavier). J’ai néanmoins écouter l’entièreté et même plusieurs fois car même si j’ai du mal à accrocher, il y a des choses qui sont foutrement intéressante, outre l’approche qu’offre le groupe. Rester jusqu’à la fin où je révélerai l’avenir de cet album dans mes écoutes futures (hop, pour faire le buzz et maintenir un suspense!).
Le premier titre, ‘Shapeshifter’ ouvre le bal des titres, avec un rythme pas très rapide, me déstabilisant un peu, étant habitué à des groupes post ce que tu veux vachement plus énervés. Ceci s’explique que d’entrée de jeu, il y a un coté progressif très marqué, qui pondère directement le coté agressif, offrant un titre certes lissé mais non sans intérêt et qui semble vouloir dépeindre des ambiances. Ce titre semble servir à mettre en place des éléments, préparer le terrain. L’un des atouts que j’y trouve est la voix de Maya, en plus de l’idée de la dualité opposition qui apparaît un peu, ainsi que de la tonalité de la voix masculine, oscillant entre chant clair et chant saturé allant raclé le fond de gorge.
Et on laisse défiler l’album où l’on retrouve ces éléments. Mais pas que. Accroche toi à tes sous-vêtements, ça va être un peu chaud peut-être à suivre à partir de maintenant. Car le groupe, nom d’une pipe en bois, va loin dans certains aspects, en plus de brouiller des règles établies au début de l’album (bande de petits coquins!).
L’un des aspects majeurs qui est clairement identifiable est un coté mélancolique qui s’écoule de bout en bout sur l’album. Cette mélancolie se retrouve aussi bien à travers la musique, des ambiances (on va y revenir plus loin) mais aussi à travers les chants et les variations de chants de Thierry et Maya, sans compter les changements de structures et de la dissonances qui peut arriver soudainement ou encore par une simple mélodie au piano avec un chant posé là, sans rien de plus, hormis du talent. Cette mélancolie est peut-être d’ailleurs ce qui pondère réellement le coté agressif. Mais sans être un point négatif, bien au contraire car le groupe s’oblige à créer de la matière et une certaine cohérence, tout en jouant sur des contraste.
Cette mélancolie se déploie aussi à travers un coté presque psychédélique (aidée aussi bien par le clavier que les sonorités ou les riffs). L’un appuie l’autre, intelligemment tout en gardant en point de mire que les autres aspects ne doivent pas disparaître. Et le groupe joue aussi avec, quand il ne va pas nous foutre un passage progressif soudain, très jazzy et ultra barré soudainement (‘Do you accept’) à la fois très décousu du reste mais paradoxalement renforçant le morceau et l’ambiance qui s’en dégage.
Le coté progressif est aussi un des éléments clés ici, ne regardant pas vers quoi il va, se contentant juste d’être, en osmose avec le reste. Ici, on se fout complètement du registre, tant que ça fonctionne, toujours avec cette tonalité de mélancolie qui habille l’album. Et que l’on retrouve dans les deux chants (là aussi je vais y réserver un petit passage…), nous éloignant en finesse du metal pur et dur vers un rock progressif voir un coté presque sudiste/doom, jouant sur les codes mais sans jamais vraiment se trahir. Ici le progressif va vous menez sur des chemins foulés par des groupes venant sûrement des années 70 et jouant sur des émotions plus subtiles et plus actuelles. Quand il n’y a pas un coté presque pop (mais pas niai) qui se fond dans la mélancolie (‘so shine’).
Le groupe développe aussi un coté ambient sur l’album, qui se retrouve dans les ambiances (et donc qui appuie le coté mélancolique mais aussi qui explique le progressif…) que le groupe dessinent le long des titres ponctuant l’album. Les ambiances dégagent un coté lourd, qui lui est peut-être ce qui pourrait nous relier ça à une forme de violence, renforçant ainsi la mélancolie mais dessinant aussi un coté assez sombre, qui brouille encore un peu les repères. Ce coté ambient, pour ne pas échapper à la règle, va se mêler aux éléments susmentionnés plus haut, appuyant encore plus le coté psychédélique parfois, le teintant vraiment d’un truc doomisant léger. Le groupe est clairement dans la subtilité, comme la musique le prouve.
Sauf qu’en fait, le groupe n’est pas que subtilité mais aime aussi la violence. Et si celle-ci est quand même atténuée, elle transparaît ici et là dans différents aspects, ponctuellement. A part lorsque le groupe s’énerve vraiment, genre très méchant, ça va chier dans les chaumières. Parce que depuis le début, on l’attend. Car mine de rien, il y a une certaine montée en puissance, on ressent de façon diffuse qu’il y a une colère à cracher. Et celle-ci explose avec ‘Inner shout’, clairement le morceau le plus violent de l’album (et ce n’est pas une plaisanterie). Le titre est nettement plus rapide, la lourdeur qu’il distille est nettement plus rugueuse, jouant aussi sur les contrastes (chants et mélodies), qui amplifient les phases plus agressives du titres. Le titre concentre cette colère diffuse des autres titres, offrant un putain d’exutoire, avec un coté flirtant avec du thrash et qui va te faire taper du pied.
Mais la magie de l’album vient aussi des chants. Si celui de Thierry est plus souvent dans un contexte saturé, il n’hésite pas à offrir un chant clair, les deux aspects se complétant, au besoin des structures que dessinent le groupe. Pouvant aller vers un chant hardcore écorché, il jouant sur la tessiture de celle-ci, jouant avec les codes que le groupe pose le long de l’album. Thierry va ainsi nous mener vers des horizons très éloignés les uns des autres, liés entre eux par la musique et les ambiances, appuyant au besoin sur la mélancolie. Mais aussi par la dualité, opposition et complémentarité de la voix de Maya.
Maya va vous emmener loin avec sa voix, posant quelque chose de presque onirique lorsque la musique est plus mélancolique (‘Shapeshifter’ par exemple), permettant à Maya d’exploiter son chant clair, ultra efficace. Mais voilà, MOADM est aussi un groupe post, pour rappel. Et Maya va aussi dans un chant saturé, très agressif, lors de phases plus lourdes et appuyant sur cette violence diffuse, cette colère rampante (‘hold your breath’). Aussi à l’aise que Thierry, sa voix n’a pas vraiment le même rôle, les deux chants offrants des panoramas à la fois identiques et différents, avec pourtant un objectif commun.
L’album nous offre beaucoup de densité, renfermant moult recoins (ce qui est logique dans le cadre d’un labyrinthe mémoriel). Et du coup, j’en viens à me demander si il n’y aurait pas quelque chose de plus subtile, qui s’étire le long des albums…
L’artwork vaut aussi le détour. Il est très graphique et semble amené une autre clé en lien avec l’album, utilisant sûrement une symbolique.
Le son est massif mais sachant être lui aussi dans la subtilité et la finesse, lorsque le besoin s’en ressent, laissant la basse être parfois plus présente, pour appuyer à la fois le coté mélancolique et cet aspect doom qui parfois surgit. Ce serait autrement, la magie ne se ferait pas avec les voix.
Alors est-ce que cet album, je l’écouterai encore ? Oui, complètement. Car même si on est loin de mes styles de prédilections, l’équilibre offert par cet album et ce coté mélancolique fait mouche, en plus du fait que la voix claire de Maya y apporte autre chose.
Si vous êtes amateurs de voyages à la fois onirique, de violence contenue, de colère sourde mélancolique et que vous aimez ce qui brouille les pistes intelligemment, foncez ! Il vaut le détour, vraiment !